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Non, Keynes n'est pas notre sauveur, et la crise actuelle n'est pas la réplique de celle de 1929...

Par Évariste

article publié dans la lettre 606

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... Car un nouveau monde émerge sous nos yeux.

Après avoir nié l’existence même d’une crise économique entre l’été 2007 et septembre 2008, après avoir prétendu à l’automne 2008 qu’il ne s’agissait que d’une crise d’ajustement, la « pensée » économique dominante reconnaît enfin sa réalité et la compare à celle de 1929.

Le vieux Keynes et ses recettes miracles est LE penseur économique à la mode, et chaque gouvernement rivalise en proposant des plans de relance dotés de centaines de milliards de dollars ou d’euros. Rassurez-vous citoyennes et citoyens car l’inquiétude n’est plus de mise : la situation est sous contrôle. Au lieu d’attendre trois ans comme nos aïeux un peu demeurés, nos géniaux gouvernants réussiront, eux, à relancer la machine économique immédiatement en nous propulsant à nouveau dans le monde merveilleux de la croissance infinie. Tout cela grâce au génial Britannique qui sauva les Etats-Unis, j’ai nommé le grand Keynes !
Tout serait parfait… sauf que Keynes n’a pas sauvé l’Amérique dans les années trente et que la crise actuelle n’a rien à voir, ou si peu, avec celle de 1929 !

Reprenons quelques faits historiques. Après trois ans d’une crise terrible, Roosevelt est élu en novembre 1932 sur un programme de droite, prévoyant surtout des baisses d’impôts et des exonérations de toutes sortes pour les trusts. Constatant au début de 1933 que ces mesures étaient inadaptées à redresser la situation, il change de programme en faisant adopter des mesures de relance surtout axées sur la mise en chantier de grands travaux, ainsi que des mesures de contrôle et d’encadrement du système financier et bancaire.
Intervenant sur une économie totalement effondrée, cette nouvelle politique connue sous le nom de « New Deal » connaît un certain succès car on partait de très bas. Il suffit de lire Les raisins de la colère ou de voir le film pour s’en convaincre. Plus qu’une relance, le « New Deal » est plutôt une stabilisation, la hausse du PIB du pays en 1933, 1934 et 1935 n’étant que de quelques % alors que la baisse précédente se comptait en dizaine de %.
Dès 1936 et 1937, les choses se gâtent et les Etats-Unis sombrent dans une sorte de léthargie que l’on qualifierait aujourd’hui de récession molle. Puis, en 1938, c’est à nouveau la crise totale : le système craque, laissant au tapis des dizaines de millions de chômeurs affamés. En fait, la fin des années trente marque l’échec des mesures de relance du plan Keynes. Les véritables raisons de la sortie de crise des Etats-Unis à la fin des années quarante s’expliquent par la Seconde Guerre Mondiale et le fait d’être la seule zone économique non dévastée en 1945. Par ailleurs, la volonté d’éviter que les aristocraties ouvrières et les classes moyennes des pays du bloc atlantique passent au communisme pousse pendant trente ans à une meilleure répartition entre capital et travail en faveur de ce dernier.
Donc, Keynes n’est pas la panacée universelle, surtout dans sa version la plus extrémiste c’est-à-dire la politique nazie. En effet, à partir de 1933 également, Hitler applique une politique de capitalisme d’état à base de grands travaux tels que la construction d’autoroutes et le réarmement, en contrôlant d’une main de fer l’économie et la finance allemande. En Allemagne comme au Etats-Unis, c’est un échec. En 1938 et 1939, l’Allemagne se retrouve en quasi banqueroute, et la Seconde Guerre Mondiale est aussi une fuite en avant devant une situation macro économique et financière ingérable en temps de paix.
Voilà pour la démystification de l’idole du dirigisme d’état.

Si la recette n’a pas fonctionné voilà 75 ans, elle ne fonctionnera pas davantage aujourd’hui car, second paradoxe, la crise dite des « subprimes » n’est pas de même nature que celle de 29.
Tout d’abord, l’état économique des années vingt est pour l’essentiel celui d’une société de production, en particulier en Europe. En grande partie encore rural, le système productif est orienté vers les biens d’équipements agricoles et industriels, la machine-outil, les transports et l’armement. Les biens de consommation individuels tels que l’automobile n’en sont qu’à leurs balbutiements, excepté aux Etats-Unis avec le début du fordisme.
De nos jours, il s’agit d’une économie de consommation de masse où l’essentiel de la production est orienté vers la production de biens et de services individuels.
Cette constatation a des conséquences sur le système financier des époques respectives. Au cours des années vingt, la masse monétaire est suffisante pour une économie de production… alors même que commence à émerger progressivement une autre économie, celle du fordisme justement et de la consommation. Donc, en 1929, le système financier est en fait rudimentaire et inadapté aux nouveaux temps qui s’annonçaient et qui verront le jour entre les années cinquante et soixante-dix. Si le déclenchement de la crise est lié comme aujourd’hui à un manque de confiance dans la solvabilité des créanciers, le système financier et bancaire manque cruellement de liquidités monétaires, et cela de manière récurrente, tout au long des années vingt. Ainsi, le krach du jeudi noir est d’abord une crise de manque de liquidités. En effet, le rapport entre PIB et la masse monétaire globale aux Etats-Unis avait tendance à se tendre : la monnaie « courait » après la production, par manque d’émission de crédit aux entreprises et aux particuliers.
La crise actuelle est quasiment l’exact contraire de cette référence historique, car il s’agit d’une crise d’hyper expansion monétaire : le monde est littéralement inondé de liquidités pour permettre justement l’existence de cette société de consommation de masse compatible avec une baisse relative des revenus du travail. Nous vivons totalement dans une économie de la dette. Les particuliers, les entreprises et les états sont en cessation de paiement virtuel par exemple aux Etats Unis, en Grande-Bretagne ou en Espagne. Ainsi, l’injection massive de milliers de milliards de dollars de liquidités ne peut résoudre la crise, bien au contraire. C’est comme combattre une inondation à la lance à incendie ! L’effet à terme de cette aberration est connu par avance : d’ici peu, viendra naturellement une période d’hyper inflation monétaire.
Ainsi, nos dirigeants veulent-ils sauver « l’économie de la dette » en procédant à un endettement supplémentaire. Sur le plan idéologique, ils se servent du vieux Keynes pour donner une pseudo base scientifique et rationnelle à cette aberration.

Alors me direz-vous, où est la solution ?

Pour sortir du cercle vicieux (plus de dette pour sauver l’économie de la dette !), il faut d’abord admettre qu’un monde nouveau est en passe de naître de manière inéluctable : l’Economie Global en Réseau. C’est une révolution d’égale ampleur à celle du 16ème siècle au moment de « La Renaissance ». Toutes les forces passéistes sont à l’œuvre pour nier cette révolution et faire croire que les règles du passé perdureront dans un présent permanent. A droite comme à gauche d’ailleurs, ces forces du passé cherchent à sauver une histoire économique obsolète en lambeaux. Cette attitude est vaine et dérisoire. Tel un enfant qui croit arrêter le ruisseau d’un barrage de sa main, les Keynésiens ne sauveront pas le turbo capitalisme contre lui-même. De nouveaux rapports de production sont en train d’émerger sous nos yeux et nous devons l’accepter sans nous raccrocher à un turbo capitalisme moribond. Nous, partisans de la République sociale, nous ne serons pas des Keynésiens de gauche… ou d’extrême gauche. Nous laisserons cela au Parti Socialiste, toujours en retard d’une crise, comme d’autres sont en retard d’une guerre.
Notre combat politique vise essentiellement de rendre humaine et juste cette future, et de plus en plus présente, « Economie Globale en Réseau ». Pour cela, la République sociale doit être le garant politique, en dernière instance, de ce nouvel ordre économique. Pour éviter que cette « Economie Globale en Réseau » ne soit en fait qu’une nouvelle jungle où liberté, égalité et fraternité soient des simples vues de l’esprit, le combat politique s’impose. La condition essentielle de sa réussite réside dans l’acceptation du nouveau monde et non dans le rafistolage de l’ancien.
Dans les semaines et les mois prochains, Respublica explicitera ce nouveau combat pour une « Economie Globale en Réseau » humaine et juste.

par Évariste
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