Elections
Par Jean-Paul Beauquier
Vendredi 30 mars 2007
article publié dans la lettre 524
Lien permanent vers cet article
La campagne électorale a pris un visage nouveau depuis que la liste des candidats est arrêtée ; chacun s'est amusé à compter le nombre de candidats " nonistes " en faisant remarquer qu'à eux tous ils représentaient à peine 30% des intentions de vote, si tant est que les questions posées par les sondeurs soient si claires que cela, et qu'ils se divisaient entre les extrêmes de la droite et de la gauche ; les partis dits de gouvernement, incarnés par des partisans du oui au référendum sur le TCE, étant sans doute réputés plus homogènes dans leur composition sociale ou les motivations de leur choix. Le cinquantième anniversaire des traités de Rome a permis de reparler d'une absente de poids dans les meetings ; si en effet certains candidats ont exprimé, qui le souhait d'un traité sans valeur " constitutionnelle " soumis au Parlement, qui un nouveau référendum sur un texte incluant un véritable volet social, mais cette fois à valeur "constitutionnelle", aucun n'a précisé le contenu précis de ce qu'il proposerait aux Français sur un sujet crucial pour l'avenir.
C'est assez dire à la fois l'importance de la question européenne et le chemin qui reste à parcourir pour les candidats, qui pour faire de la politique autrement, devront d'abord considérer les citoyens, le souverain donc, comme majeur et responsable. Il n'est sans doute pas indifférent que l'Europe revienne dans le débat public avec La Marseillaise et aussi avec la question plus que controversée de l'identité nationale.
Par-delà les postures des uns et des autres, pouvons-nous rappeler la formule de François Mitterrand : " La France est ma Patrie, l'Europe est mon avenir " ? Non exempte d'ambiguïté, comme souvent chez ce politicien expérimenté, la formule intègre au moins un terme qui pour tout républicain devrait mieux parler que celui de nation, la Patrie. Si le peuple rassemblé constitue la Nation, souveraine et abstraite, et c'est ce qu'il faut entendre quand, le 21 janvier 1793, fut crié " Vive la Nation ", la patrie c'est précisément l'attachement à soi-même incarné, réel et vivant. Patrie et Nation ne sont pas synonymes et lorsqu 'au XIXème siècle, les républicains voulurent par l'Ecole, enraciner l'idée républicaine, ils firent en sorte que l'amour de la Patrie précisément reposât également sur les " petites patries " dans lesquelles naissaient, grandissaient et vivaient les citoyens en devenir.
On pourra nous dire que la société française s'est radicalement transformée, ce qui est juste, mais la thématique de la proximité, et la " justification " qu'elle induit pour un renforcement des pouvoirs délégués aux collectivités territoriales, est le masque actuel de cette réalité ; être citoyen, c'est être dans une cité concrète. Internet ou pas !
Mais cela ne doit pas nous faire oublier que la République, précisément est " une et indivisible " et que les élus gestionnaires des collectivités territoriales, comme ces échelons territoriaux eux-mêmes, ne sont que des délégataires de la souveraineté nationale ; une Europe des régions, l'exemple invoqué par les présidents des conseils régionaux des pouvoirs des régions d'autres pays d'Europe, ne sont pas admissibles s'ils négligent la racine même de la légitimité des élus, c'est-à-dire le mandat à eux confié par la Nation, tout entière, y compris à l'échelon local. On n'est pas citoyen d'une commune, d'un département ou d'une région, on est citoyen français.
L'Europe souffre d'un déficit de démocratie et du refus obstiné de ses constructeurs depuis l'origine, de poser la question de la légitimité politique d'une " structure " qui n'est en principe qu'un organe de gestion commune de traités internationaux mais qui pour certains ressemble à une fédération, pour d'autres à une confédération, et pour beaucoup à un lieu d'expérimentation d'une gouvernance mondiale pour des individus réduits à la stricte condition de consommateurs de toute chose.
A citer Jaurès, autant ne pas oublier l'essentiel : " Un peu d'internationalisme éloigne de la Patrie, beaucoup y ramène ". Alors faire chanter La Marseillaise est sans doute une idée à creuser, mais il faut la chanter soi-même et se souvenir de tout ce qu'elle porte et qui est en jeu dans cette élection.
par Jean-Paul Beauquier
voir tous ses articles
lundi 12 janvier 2009, 19:00
à la Parole errante, lieu d'Armand Gatti
Maison de l’arbre
9 rue François Debergue à Montreuil-sous-Bois
(métro « Croix de Chavaux »)
En savoir plus...
L'affaire du voile dans le gîte des vosges,
ou l'affaire dite "Fanny Truchelut" du nom de sa propriétaire, dernier article paru: Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky, Par Marie Perret, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler Voir le dossier...
Soutien à Robert Redeker
La collection d'articles parus dans ReSPUBLICA autour du soutien à Robert Redeker Voir le dossier...
L'urgence énergétique
Série d'articles sur la question énergétique
Voir le dossier...