Débats républicains
Par Guylain Chevrier
Mardi 3 avril 2007
article publié dans la lettre 525
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Concernant l'affaire de la directrice d'école qui a été en garde à vue à Paris, il faut différencier les choses, me semble-t-il, vis-à-vis de la lecture à sens unique qu'en font quelques organisations, en laissant de côté une question au coeur de cet événement.
- D'une part, il est normal que des enseignants qui connaissent les enfants en cause réagisse en s'opposant aux agents venus arrêter leurs parents sans-papiers à la porte de leur école, un lieu qui devrait être tenu à l'écart de ce genre d'action qui ne peut qu'être violente ne serait-ce que psychologiquement, et inspirer un sentiment de révolte. Il y a même à pratiquer ainsi dans de telles conditions, comme une sorte de provocation de la part de la police.
Il est tout aussi normal de s'indigner de la mise en garde à vue d'une directrice d'école qui en s'opposant ainsi à de telles pratiques, ne fait que faire respecter l'esprit d'accueil de l'école.
- Mais l'émotion créée par cette situation ne doit pas nous amener à éluder un problème qui est au coeur de ce débat. Certains disent, et c'était le cas à la manif d'hier, que, puisque la loi française permet à tous les enfants d'être scolarisés sans que l'on demande des papiers à leurs parents, il suffirait de régulariser ces derniers afin que soit stabilisée la situation des enfants. Il y a eu, je crois, une petite dizaine de familles de l'école en question qui ont été récemment régularisées selon les critères du ministère de l'intérieur.
Mais regardons les choses telles qu'elles sont, en suivant cette logique de régularisation, ce serait ni plus ni moins décréter que tous les sans-papiers qui ont des enfants seraient libre de s'installer en France. Ceci constituerait l'initiation d'une nouvelle dynamique de l'immigration dans notre pays, une sorte d'appel aux familles candidates au départ, de venir s'installer en France. Ce climat pourrait inciter certains sans-papiers résidant en France à avoir des enfants pour profiter de ce mouvement. Serait-ce une bonne chose pour ces enfants ? Doit-on encourager la libre installation en France de toute famille immigrée sous cette logique? Est-ce que cette logique ne risque pas à terme de porter des coups terribles aux politiques sociales par un apport croissant de personnes socialement démunies avec des réponses en termes de moyens qui ont nécessairement des limites, que ce soit dans le domaine de l'action sociale, de l'accès au logement ou à l'emploi, qui alors seraient mise en cause pour tous, y compris les familles immigrées elles-mêmes.
Autrement dit, la difficulté à intégrer un nombre croissant de personnes immigrées sous cette logique de l'encouragement à l'installation en France, par manque de réponses, ne risque-t-elle pas, à plus ou moins court terme, de créer les conditions de la promotion d'un communautarisme qui détruise toute idée de pacte républicain, de laïcité et même rende caduque tout combat pour l'égalité? Ne serait-ce pas aller à l'envers de nos buts?
On doit pouvoir accueillir des populations nouvelles en France mais pas sans règles et sans limites, à moins de vouloir livrer la république aux communautaristes et aux chantres du libéralisme qui trouveront leur compte dans la division communautariste de la société au lieu de s'affronter à la lutte des classes. Il y a des équilibres à maintenir.
On ne peut se contenter, encore une fois ici, du seul sentiment d'humanité pour justifier de la libre installation des immigrés en France que prônent certain derrière cet événement, qui serait une pure fuite en avant. On doit pouvoir se rende compte que ce n'est pas en ouvrant le robinet de l'immigration que l'on résoudra le problème des causes terribles qui la génèrent, mais en organisant des réponses là où l'essentiel de ceux qui voudraient partir restent et ont besoin d'un autre espoir que d'immigrer et d'une autre cause commune qui leur rende la dignité de leur vie, de leur terre.
par Guylain Chevrier
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