Elections
Par Gaël Brustier
Lundi 14 mai 2007
article publié dans la lettre 537
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1% des ouvriers ont voté pour le Parti Communiste Français. Thorez, réveille-toi, ils sont devenus nuls ! 24% des ouvriers ont, cette fois, voté pour Ségolène Royal contre 11% il y a 5 ans. Le PS serait-il en rémission ? Ou bien s’agirait-il de ce léger mieux que l’on constate presque toujours à la fin d’une agonie et juste avant la mort ? Derrière ce chiffre faussement rassurant, perce une réalité : à 66% les ouvriers ont voté à droite (UDF - UMP - MPF - FN - CPNT). Au second tour de 1965, le Général de Gaulle – qui avait pourtant créé les comités d’entreprise et la Sécurité sociale et qui reprochait au patronat de ne pas avoir été à Londres – rassemblait 45% des ouvriers. Un chiffre historique pensait-on… Parmi les employés, Ségolène Royal recueille 27% des suffrages. Les droites recueillent, quant à elles, au premier tour, 61% des voix… Peu importe disent les optimistes ! Il n’y a plus d’ouvriers ni d’employés en France ! C’est vrai ! Il n’y en a plus que 60% !
Ces scores du premier tour laissaient donc entrevoir que le second tour était difficilement gagnable et que tous les efforts de la candidate du PS ne pouvaient suffire à compenser la crise structurelle qui touche l’électorat de la gauche. Il y a d’abord cette opposition des deux géographies françaises : celle des zones périurbaines, des marges des aires urbaines, celles qui le 29 mai avait donné la victoire au " non " sur des bases éminemment égalitaires et " sociales " et qui, cette fois, ont voté pour Nicolas Sarkozy. Les communes de ces zones périurbaines connaissent une augmentation majeure du nombre de foyers ouvriers sur leur territoire. Bien souvent précarisés, ils sont ceux dont le temps de trajet pour aller au travail est également le plus important. La France des marges vote Sarko. C’est un fait et c’est un cruel échec pour la gauche. Il y a, c’est vrai, l’exception des " cités ", qui donnent des scores importants à Ségolène Royal… Il y a l’exception de l’ex-ceinture rouge qui voit les villes de Saint Denis ou Montreuil passer du PCF au PS, signifiant une fois de plus à un Parti Communiste aux abonnés absents que l’ère ouverte au Congrès de Tours est refermée… Cités + bobos = vote Ségo… Les villes-centres votent PS : est-il primordial que les socialistes soient majoritaires dans le centre de Paris entre la Rue de Montorgueil et Beaubourg ? C’est sympathique mais pas suffisant, voire inutile ! Car, le PS se fait dépouiller de tous ses bastions ouvriers à l’exception du Pas de Calais. Le grand bassin parisien passe donc au Sarkozysme, comme la Lorraine , comme le Nord… Personne, n’en déplaise à Emmanuel Todd, n’aurait gagné dans ces conditions…
Ajoutons à cette nouvelle implantation géographique de la droite française, un problème " culturel " majeur… La gauche paye, disons-le clairement, une forme de " prolophobie ". Eric Conan avait parlé de " Gauche sans le peuple "... On peut parfois parler de " gauche contre le peuple ". Certains, comme Serge Halimi, ont déjà mis en relief l’extraordinaire astuce d’un Nicolas Sarkozy qui a su s’implanter dans les bastions de gauche comme le Parti Républicain américain a su s’implanter dans les anciens bastions démocrates (ceux des Appalaches par exemple). Cette astuce tient au discours populaire - voire populiste -, simple – voire simpliste – du candidat sarkozyen – mais elle tient aussi aux " goûts simples " du candidat qui préfère Johnny à Cali, Bigard à Bedos ou même Steevie à BHL… Quand on a les goûts du peuple (ou supposés tels), on peut être le copain des milliardaires. Cela, Berlusconi, Bush, Reagan, Haider et quelques autres l’avaient compris avant le maire de Neuilly qui, comme son illustre ancêtre Louis-Napoléon le Petit, " n’a rien de sorcier ", convenons en… Il y a donc aussi, avouons le, un problème de mépris du peuple à gauche. On ne peut pas décrire son peuple comme un tas de beaufs, estimer les ouvriers forcément racistes et vulgaires, imposer aux classes populaires une vision moralisante du monde – pétrie de bons sentiments culpabilisateurs - et s’étonner ensuite que la " Révolte des élites " entraîne celle des masses. Il y donc bien un problème d’osmose entre le parti organique de la gauche et la gauche sociologique.
On peut placer le curseur plus à gauche ou moins à gauche, psalmodier les vertus supposées de la " social-démocratie " (qui n’est jamais qu’un socialisme impuissant mais satisfait), la vérité est fort simple : c’est de logiciel qu’il faut changer pour renouer avec notre histoire : celle des Républicains, celle du Socialisme.
En sociologie ce qui est latent s’exprime souvent le plus violemment qui soit. Chers camarades, la sociologie de notre pays vient de nous péter à la gueule… Cela ne peut que nous faire du bien…
par Gaël Brustier
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