Débats républicains
Par Johannès Robyn
Vendredi 18 mai 2007
article publié dans la lettre 538
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Une première lecture du texte sur le nucléaire (1 – l’urgence énergétique) suscite immédiatement chez moi quelques réactions.
1 - l'argument de la "surcapacité de production".
Il n'est pas recevable: il faut évidemment évaluer la consommation totale d'énergie (y compris celle utilisée au moyen de combustibles fossiles !) et la comparer à la production d'électricité par les centrales nucléaires. Un "tout électrique" suppose évidemment que nos véhicules par exemple fonctionnent aussi à l'électricité (et que même les avions ne consommeraient plus de kérosène). Toute utilisation massive de combustible fossile est supposée arrêtée.
2 - les comparaisons des coûts de d'investissement, de fonctionnement et de maintenance:
ces études sont souvent fantaisistes. Il suffirait d’essayer de calculer par exemple les mêmes coûts pour un véhicule automobile produit en 1895, supposant qu'il ait les mêmes performances, la même fiabilité et le même confort que les meilleurs véhicules actuels.
Ce genre d’évaluation hors du contexte historique et technologique est généralement très approximatif.
3 - production d'électricité par "parcs d'éoliennes".
Il est très aléatoire d'imaginer que ce genre de parcs puisse assurer toute la production pour alimenter en énergie une ville, même de moyenne importance (éclairage, transports, chauffage des bâtiments publics etc.).
Et même, si on multipliaient ce genre de "parcs", sans même songer aux coûts d'entretien pour ce genre d'engins qui sont généralement fort sous-estimés, on ne tient jamais compte des nuisances (sonores et visuelles) assez appréciables générées par ce genre d'engins. On oublie généralement aussi qu'il faut dans ce domaine assurer les pointes de consommation (les pics), et qu'un calcul sur une production moyenne (annuelle) n’est pas valable.
De plus, afin d'assurer également un débit de production suffisamment soutenu (stable), il est nécessaire de recourir à l'usage de puissantes batteries qui sont génératrices d'une pollution (acides, plomb…) que l'on néglige toujours dans ce genre d'étude.
4 - l'industrie nucléaire génère peu d'emplois
Cet argument est difficile à comprendre. En effet, on pourrait considérer que c'est un "plus" pour le nucléaire. Un produit qui nécessite beaucoup de main d'oeuvre est évidemment toujours cher.
Aussi, les antinuc seraient-ils pour l'esclavage "éternel" ? Utiliser un produit qui consomme un maximum de main d'oeuvre constitue-t-il un "progrès" pour l'humanité ?
5 - le nucléaire et l'effet de serre.
Ici, on semble utiliser une argumentation curieuse. On oublie que l'énergie nécessaire pour la construction et pour le fonctionnement aussi bien que pour le démantèlement d'une centrale serait évidemment majoritairement d'origine nucléaire aussi ! On peut se demander alors d’où proviendrait la production de CO².
Comme plus haut, on ne peut effectuer ce genre de comparaison dans le contexte technologique actuel.
On peut aussi se demander sur quels paramètres repose la comparaison entre le nucléaire et une centrale au charbon, voire même une centrale à cycles combiné à gaz naturel avec cogénération.
J'aime bien les "études sérieuses" et "les données les plus récentes" mais j'aime encore plus savoir d'où sortent les données et comment ces études ont été menées.
6 - Lutte efficace contre le changement climatique.
Les "cerveaux" qui l'étudient, en discutent et en tirent des conclusions hasardeuses oublient-ils qu'il y a à peine 10 siècles le Groenland n'était pas couvert d'une banquise comme aujourd’hui. On peut donc supposer que le pôle sud comportait aussi beaucoup moins de glace.
Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a à peine 4 ou 5 siècles, les hivers dans nos régions tempérées étaient bien plus rudes qu'aujourd'hui, et d’autre part, nombre de villes situées maintenant loin à l'intérieur des terres étaient des ports florissants.
L’effet de serre est indéniable, mais il n ‘est pas seul en cause. La pollution générée par l’usage immodéré des combustibles fossiles est bien plus grave. La recrudescence des maladies respiratoires ou même des allergies chez les enfants le montrent bien. D’autre part, il n'y a pas que les grands cycles de glaciation, il y a aussi des perturbations cycliques plus mineures. Et qui dit "cyclique" ne parle pas de "catastrophe". Je suppose qu’il n’est pas dans nos intentions de modifier les cycles climatiques de la terre.
7 - le déficit hydraulique
Actuellement, le globe terrestre perd des tonnes d'hydrogène par jour, et c'est là que se situe le vrai problème et un des facteurs principaux du réel dessèchement de la terre.
La fonte des glaciers aura pour effet, dans un premier temps (qui va quand même durer un "certain temps" !) d'augmenter considérablement le débit d'une majorité de grands fleuves. D'autre part, ce "réchauffement" aura aussi pour effet de rendre nos hivers plus froids (le climat sera plus continental), et de plus, on ne voit pas en quoi une centrale nucléaire serait consommatrice d'eau, elles ne participent en rien au "déficit hydraulique".
L'argument évoqué dans le texte est plutôt d'ordre écolo sentimental : le réchauffement de certains cours d'eau qui changerait la "biodiversité " de nos fleuves aujourd'hui si purs. Venant de la bouche d'un professeur renommé, on reste pantois devant l'argument : en quoi une eau plus chaude abriterait-elle une moindre biodiversité ? Une modification sans doute, mais un amoindrissement ?
Le dernier paragraphe est tout à fait démagogique et ne fait que s'adresser aux émotions provoquées chez les braves gens par des discours (mensongers) "catastrophe".
En effet, si on relit bien la dernière phrase, elle argue du fait que l'eau devenant de plus en plus limitée, précieuse, coûteuse et indispensable à tous les acteurs économiques (y compris le tourisme !), "il est impensable que les français acceptent de la sacrifier au refroidissement des centrales nucléaires quand on pourrait produire autant d'électricité par les énergies renouvelables tout en l'économisant".
On le répète, en quoi une centrale nucléaire rend-elle l’eau plus rare ?
Rien qu'à la lecture de cette phrase, tout le texte perd de sa crédibilité : d’une part l'eau de refroidissement n'est pas "détruite", mais tout au plus réchauffée, et d’autre part les énergies renouvelables ne pourraient produire toute l'énergie nécessaire à tous nos besoins énergétiques.
par Johannès Robyn
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