Extrême-droite islamiste
Par Hakim Arabdiou
Mardi 22 mai 2007
article publié dans la lettre 539
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Le révisionnisme de Burgat concernant la paternité des luttes d’indépendance de certains pays arabes
L’intéressé va jusqu’à émettre une grossière contre-vérité, concernant la paternité des indépendances de l’Egypte, de la Tunisie et de l’Algérie. Selon lui, le pouvoir aurait dû revenir de droit aux islamistes, lors des indépendances de ces trois pays, en nous expliquant que : « Les premiers islamistes modernes seront en effet écartés, dans tous les cas, au bénéfice des élites indépendantistes « laïques », au terme d’un processus dont toutes les dimensions (et notamment le rôle joué par les puissances coloniales dans la cooptation de leur « interlocuteurs-partenaire » indépendant) n’ont pas encore été éclaircies ». Autrement dit, l’Egyptien, Gamal Abdelnasser, le Tunisien, Habib Bourguiba et l’Algérien, Ahmed Ben Bella, ainsi que leurs compagnons nationalistes, et parfois des éléments de gauche et des marxistes ne seraient en fait que des fantoches des puissances coloniales, qui les ont parachutés à la tête de ces Etats, nouvellement indépendants.
Pourtant, voici ce que racontent Olivier Carré et Michel Seurat à propos des Frères musulmans égyptiens[1]. « Les premiers dons reçus cette année-là, en 1928, sont le fait de la compagnie du Canal de Suez. 500 livres égyptiennes ; outre le permis de construire du premier local des Frères, mais aussi une mosquée …. Banna niera plus tard ces dons de la Compagnie du Canal, après s’être justifié auprès de Frères qui le quitteront ». Banna avait collaboré avec le roi Farouk, et « garder pendant toutes ces années des contacts suivis avec la puissance coloniale ». Les deux auteurs montrent aussi comment ces intégristes avaient été instrumentalisés aussi bien par le Palais que par le chef de l’université d’El Azhar contre le Parlement, le gouvernement, les partis politiques, en particulier, le Wafd, pionnier de la revendication de l’indépendance de l’Egypte. Il perdra plus tard son crédit pour sa conciliation avec les Britanniques. Ce parti avait une « tare » supplémentaire : il était laïque. Sa devise était : «La religion est pour Dieu et la patrie est pour tous».
Quant à l’Association des ouléma algériens, composée aussi d’islamistes (leur figure de proue fut Bachir Ibrahimi), elle réclamait la liberté du culte musulman et l’égalité des droits dans le cadre de l’Etat colonial français. Elle n’a de surcroît rejoint que tardivement la guerre de libération nationale, déclenchée en 1954, par les nationalistes du Front de libération nationale. Malek Bennabi (1905-1973), intellectuel islamiste francophone et père du fondamentalisme de l’Algérie indépendante, explique la domination coloniale du peuple algérien par la « colonisabilité » de celui-ci. Il récidivera à l’indépendance, en parlant de «néocolonisabilité » du peuple algérien. La revue, au titre aussi séduisant que trompeur, Humanisme musulman, de l’association islamiste algérienne, Al Qyam el islamia, avait publié un article qui disait entre autres ceci : « Qu’est-ce que le mouvement hitlérien ? … Le mouvement nazi n’est au fond qu’une réaction, brutale certes, contre un état de fait ; l’Allemagne était en décomposition, il fallait sauver l’Allemagne. Le régime nazi étant le seul régime capable de sauver l’Allemagne, le régime était l’Allemagne, et ses ennemis étaient les ennemis de l’Allemagne, et qu’il fallait détruire sans pitié. »[2]
En Israël, et bien avant les révélations (en 1987) de l’hebdomadaire israélien, Koteret Rashit, et de Charles Enderlin, correspondant de France 2, en Israël, dans le journal Le Monde (du 4 février 2006), nous, militants de gauche algériens, à Alger, étions déjà au fait de la collusion des islamistes palestiniens avec les autorités israéliennes, contre la résistance palestinienne, incarnées alors par les seules nationalistes et les marxistes laïques. Ainsi, dès les débuts de 1980, nous lisions, dans les organes centraux, El Hadaf (le But) et El Houria (la Liberté), des organisations d’extrême gauche, respectivement le Front démocratique pour la libération de la Palestine et le Front populaire pour la libération de la Palestine, des articles relatant les agressions physiques des membres de la résistance palestinienne par des commandos des Frères musulmans, avec la bénédiction du Shin Bet et du Shabak, ou le fait que ces fondamentalistes se portaient ou soutenaient les listes des élections syndicales professionnelles de l’ « administration » (israélienne) contre celle de la résistance.
En 1979, le leader islamiste palestinien, Fathi Shqaqi,[3] écrit un ouvrage, dans lequel il critique l’OLP, pour son inefficacité dans sa lutte contre Israël, et surtout la « discrétion des Frères musulmans de Palestine, qui avait sacrifié le combat politique contre Israël au confort de la prédication et de l’action sociale ». La mémoire arabe se souvient encore de Septembre-Noir, ce tragique mois de 1970, où les islamistes jordaniens avaient apporté leur soutien à leur roi, dans le massacre des fidayine et des réfugiés palestiniens, en échange de prébendes et de « strapontins » dans le pouvoir.
(à suivre)
Textes de François Burgat :
[1] Olivier Carré et Michel Seurat : les Frères musulmans (1928-1982), éd. L’Harmattan, 2001, Paris
[2] revue Hamanisme musulman d’août 1965 (Alger), cité en note a, p. 225, par Saïd Bouamama : Algérie : les racines de l’intégrisme, éd. EPO, 2000, Bruxelles
[3] Fathi Shqaqi : Komeini : l’alternative islamique, cité en pp. 199-200, par Gilles Kepel : Jihad : expansion et déclin de l’islamisme, éd. Gallimard, 2000et 2003, Paris.
par Hakim Arabdiou
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