Débats républicains
Par Hakim Arabdiou
Jeudi 24 mai 2007
article publié dans la lettre 540
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Le renversement dans les années 1980 du régime progressiste d’Afghanistan par la coalition impérialo-islamistes
Nous aurions espéré voir, que là aussi, aussi bien le chercheur que l’homme de gauche, nous révéler les véritables enjeux de la guerre d’Afghanistan, qui avait vu s’affronter, en 1980, d’une part, le régime progressiste de Najibullah et l’armée rouge, à laquelle il avait fait imprudemment appel à l’aide, et d’autre part, la coalition islamiste et impérialiste mondiales. Or celui-ci reproduit aujourd’hui encore la mystification des peuples musulmans et d’Occident, par les impérialistes, les monarques réactionnaires du golfe et les mouvements islamistes.
Ainsi, parle-t-il de « participation victorieuse des islamistes à la résistance contre l’occupation c’est moi qui souligne, H.A soviétique de l’Afghanistan» et de « victoire des combattants » c’est moi qui souligne, H.A islamistes, dans ce pays. Rappelons, qu’en 1980, Valéry Giscard d’Estaing, le principal rédacteur de l’ultra-libéral et antilaïque Traité constitutionnel européen, avait déclaré : « Pour combattre le communisme nous devons lui opposer une idéologie. A l’Ouest, nous n’avons rien. C’est pourquoi nous devons nous appuyer sur l’islam ». Lors de cet affrontement, les mouvements islamistes du monde entier avaient participé au recrutement de mercenaires, parmi la jeunesse musulmane, encadrée ensuite par les services secrets du dictateur islamiste pakistanais, Zia el Haq, et entraîné et fortement armés par la CIA, dans les bases arrières de Peshawar, au Pakistan.
Nous nous attendions à ce que notre auteur nous montre aussi, comment cette coalition avait réussi à faire croire à ces jeunes qu’ils allaient combattre pour l’islam, alors qu’ils avaient servi de chaire à canon, pour défendre les intérêts des impérialistes, des multinationales et des milliardaires musulmans. Parmi ces « combattants » figurait l’une des créatures de la CIA, devenue tristement célèbre, par la suite ; le terroriste- milliardaire, Oussan Ben Laden. Les islamistes des pays musulmans avaient également mené la guerre de l’image sur ce conflit. Grâce aux pétrodollars, n’importe quel groupe islamiste d’un coin perdu d’Algérie (c’est très probablement le cas pour d’autres pays musulmans, en Europe et aux Etats-Unis), disposait d’un téléviseur couleur (perle rare et très chère à l’époque) et de cassettes vidéos (technologie encore hors de portée de la gauche désargentée des pays musulmans) pour montrer par exemple, comment Dieu envoyait un grand un oiseau abattre les avions Mig ou Sukhoï, et les chars d’assaut T. 60 soviétiques.
Les insinuations malveillantes de François Burgat à l’égard de l’ensemble des élites et des oppositions non islamistes des pays musulmans
La quête éperdue de cette universitaire à servir les islamistes n’a d’égale que la haine qu’il voue aux « élites » non islamistes, dans les pays musulmans, élites qu’il essaie, vaille que vaille, de discréditer, en les désignant ou en leur adjoignant systématiquement des termes disqualifiant. Il tente par cette pratique de créer un effet de contraste qui soit favorable à ses amis islamistes. Sa hantise est que ces intellectuels, ces militants et ces opposants puissent être vues comme une alternative crédible, par la gauche et les minorités musulmanes, d’Europe.
C’est ainsi qu’il les traite d’« élite acculturée », d’élite « dite laïque », d’« infime élite qui avait intériorisée » les valeurs du Nord judéo-chrétien, soit dit en passant les mêmes que celles, qu’il jure ses grands dieux, que les islamistes sont les seuls porteurs parmi les peuples musulmans. Il réduit également toutes ces élites à des « oppositions plus ou moins préfabriquées (ou cooptée) à des fins cosmétiques pour les besoins de la mise en scène d’un pluralisme destiné avant tout à l’exportation ».
Mais qui sont donc ces femmes et ces hommes, ces militantes et ces militants, ces intellectuels et ces opposants qu’il fustige tant, et dont il passe sous silence le combat, parfois de toute une vie, pour les libertés syndicales, les droits sociaux, les droits des femmes, les libertés fondamentales, combat pour lequel ils avaient payé et paient encore un lourd tribu ? Burgat sait parfaitement qu’il ne s’agit pas seulement de béni-oui-oui. Mais il n’a pas le courage de les nommer. Peut-être le fera-t-il à l’avenir ? Ces élites, qu’il maltraite, ont d’abord été et pendant des décennies, presque uniquement, les communistes et l’extrême gauche, et peu ou prou, les nationalistes de gauche qui incarnaient dans ces pays, les valeurs du progrès politique, économique et social. Font partie de ces élites, ces franges des couches moyennes musulmanes modernistes et laïques et des théologiens musulmans libéraux.
Sources :
Textes de François Burgat :
par Hakim Arabdiou
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