Développement Durable
Par Yves Durrieu
Lundi 4 septembre 2006
article publié dans la lettre 467
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Pour information, quelques arguments pour mener campagne contre cette fusion, par Yves Durrieu
L'argument principal avancé par les promoteurs du projet est la défense du consommateur à travers le maintien de prix de l'énergie décents et la sécurité des approvisionnements. A cet effet, ils soutiennent que le groupe GDF/SUEZ sera plus puissant que GDF seul face aux producteurs de gaz. Cet argument ne tient pas, du fait que les gaziers européens se sont regroupés depuis longtemps en un consortium pour discuter, dans les meilleures conditions, des termes des contrats de livraison à long terme du gaz. La Commission Européenne, après des hésitations résultant de son éternel souci de préserver la concurrence, a finalement accepté cette coopération entre entreprises gazières. Il n'y a donc pas besoin d'une fusion GDF/SUEZ pour défendre la sécurité et des prix d'achat raisonnables du gaz si ce consortium subsiste.
D'autre part, ces messieurs affirment que les actionnaires d'un groupe privé comme GDF/SUEZ ne prélèveront pas des profits supérieurs à ceux que prend l'Etat sur GDF : en fait, l'Etat se contente de rentabiliser son capital à 5%, alors que l'actionnaire privé cherche un profit supérieur à 10%, comme c'est actuellement la règle, ce qui pèsera sur les prix.
Enfin Mr.Mestrallet fait campagne pour la suppression de tous les tarifs règlementés, sous prétexte que ce type de tarif s est en contradiction avec les règles de concurrence. Pense-t-il à la défense des consommateurs lorsqu'il mène cette campagne ?
Cette défense est présentée comme partie intégrante d'un " patriotisme économique " ; il n'est que d'analyser la composition de Suez pour constater que l'entreprise à défendre n'est que de très loin nationale(constituée en partie de capitaux belges,d'un conseil d'administration dont 7 sur 15 des membres sont étrangers et dont 40% seulement du personnel est français). En fait,
Suez veut s'emparer de GDF pour s'imposer sur le marché du gaz et disposer ainsi d'une offre triple : eau, gaz, électricité. D'ailleurs le président de la nouvelle société ne serait-t-il pas Mr.Mestrallet qui pourrait ainsi mener à bien son " projet industriel " et devenir " le premier groupe énergétique européen ", comme il le proclame sur ses nombreuses publicités ?
L'ambition de Suez est de l'emporter sur EDF, dans le cadre d'une " saine concurrence " et d'obtenir le démantèlement de cet opérateur historique, déjà affaibli en France par la division verticale de l'entreprise, la perte de 10 à 20% de ses clients industriels et, si la fusion Suez/GDF se réalise, le démariage EDF/GDF, suivi de la privatisation d'EDF. Des hommes politiques, de droite comme de gauche, ont déjà dénoncé la man½uvre : Mr. Gonnot (UMP) a déclaré : " Comme il y a difficulté à laisser filer les prix vers le haut, la volonté de maintenir le plus de gens possible dans un tarif ne va-t-il pas conduire un jour à abaisser la participation Etat à 34% dans EDF " ( Enerpresse 20/07/06). Mr.Bayrou (UDF), quant à lui, s'est dit tout simplement hostile à la fusion Suez/GDF parce qu'il y voit un danger majeur pour EDF.
A contrario, n'est ce pas le moment opportun pour reprendre le projet alternatif de fusion EDF/GDF, en l'habillant de propositions préservant les règles concurrentielles, chères à la Commission européenne ( du type umbunding transport-distribution ) ?Dans un contexte où les fusions entre firmes gazières et électriques se multiplient,il faudrait tout particulièrement se prévaloir de l'antécédent EON-Rhurgas (dont le poids financier est plus lourd que celui d'EDF/GDF), accepté en 2003 par la Commission européenne, qui doit, d'après les traités européens, appliquer les mêmes règles aux entreprises publiques qu'aux entreprises privées
A votre disposition pour toute collaboration sur ce grave sujet.
par Yves Durrieu
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