Politique française
Par Lucette Jeanpierre
Jeudi 14 juin 2007
article publié dans la lettre 545
Lien permanent vers cet article
L’article, fort bien argumenté, de Nicolas Voisin, expliquant qu’au premier tour, on doit choisir, mais qu’au deuxième tour, on doit éliminer la droite, et se rassembler, en toutes circonstances, derrière le candidat de gauche arrivé en tête au premier tour appelle, de ma part, quelques commentaires. D’abord, n’étant pas un élu de la République, et ne devant rien à personne, il m’est plus facile d’être politiquement incorrect qu’un militant socialiste connu qui doit peser ses propos avec davantage de prudence. Je sais que dans la rue, dans les combats sociaux, on trouve plus souvent les élus de gauche à ses côtés que les élus de droite. Par ailleurs, je partage l’essentiel du texte du maire-adjoint de Montreuil, proche de Jean-Luc Mélenchon, notamment sur l’exemple qu’il cite, et sur le fait que l’intérêt général doit l’emporter sur les considérations locales.
Mais je tiens quand même à amener quelques bémols à son discours, liés à mon expérience passée, et à mon état d’esprit actuel. Jusqu’en 1995, j’ai toujours voté à gauche contre la droite. Souvent PC ou extrême gauche au premier tour, et PS au deuxième. Dans ma commune, en 1995, la gauche unie nous a présenté un danger public comme tête de liste. C’était un socialiste, anti-communiste primaire, qui allait à la messe tous les dimanches matins, et nous disait que Jean-Paul II était progressiste. Plus grave, cet abruti nous expliquait qu’on était socialement des privilégiés, et qu’il allait procéder à des constructions massives d’immeubles de dix étages dans notre petite commune pour rééquilibrer socialement la ville. Il nous faisait le coup de la repentance, et il se sentait coupable de vivre en pavillon. Il était prêt à détruire sauvagement l’âme de notre ville, pour ses problèmes de mauvaise conscience. J’ai prévenu les gens de gauche que je ne voterai pas pour un fou furieux pareil, par ailleurs incompétent notoire, et, pour la première fois de ma vie, j’ai voté, à une municipale, pour un candidat centriste, qui me paraissait bien moins dangereux, et qui a gagné. J’ai vu ce qu’un Jean-Jacques Anglade, maire PS, a fait d’une petite ville comme Vitrolles, sans parler des catastrophes provoquées par certains maires communistes. Dans ma ville, la gauche a depuis changé son fusil d’épaule, et j’ai pu revoter et militer pour elle en 2001.
Au-delà de cette anecdote municipale, aujourd’hui, je n’aurai plus le même systématisme dans le choix d’un candidat, même si dans la très grande majorité des cas, je voterai à gauche pour battre la droite.
Mais il y a des fois où je me m’abstiendrai, et tant pis si, dans ce cas, la droite gagne. Si en 1995, la gauche avait présenté Delors aux présidentielles, comme cela a failli se faire, je n’aurai pas voté pour lui au deuxième tour, alors que j’ai voté Jospin.
Si la gauche présentait, aux prochaines régionales, des listes unitaires attrape-tout, où il y ait des « Indigènes de la République », comme en région parisienne, à cause du PCF, je m’abstiendrais, je me refuse à ce que mon vote porte à l’assemblée une seule de ces personnes !
Si je déménage en Bretagne, ce qui peut arriver, et que les socialistes faisaient liste commune avec l’UDB, je m’abstiendrais, je ne voterai pas pour donner aux autonomistes bretons des moyens financiers pour casser l’unité de la République et donner des deniers publics aux écoles Diwan.
Si je devais voter à Lille aux prochaines municipales, avec Martine Aubry tête de liste, je ne voterais pas pour une socialiste qui a installé des piscines communautaristes dans sa commune, et qui marche main dans la main avec l’imam UOIF de la ville.
Si je devais voter dimanche à Sarcelles, je ne voterai pas pour Strauss-Kahn, qui, au-delà de ses choix économiques très droitiers, cultive le communautarisme dans sa ville, et va caresser dans le sens du poil les évangéliques, après avoir favorisé les écoles privées juives.
Si les communistes avaient présenté Mouloud Aounit dans une circonscription, j’aurais vraiment eu du mal à ne pas voter à droite pour barrer la route au copain de Tariq Ramadan.
Si je devais voter à Boulogne, je ne voterai pas pour un pantin comme Lang, avec le palmarès qu’il a accumulé depuis qu’il fait de la politique, dont les accords Lang-Cloupet et le financement de la cathédrale d’Evry ne sont que la partie visible de l’iceberg.
Si un accord local faisait que je doive voter pour une Voynet ou un Bové, ce serait non, je ne vais pas donner ma voix à des gens qui incarnent pour moi un nouvel obscurantisme et une société dans laquelle je n’aurais pas envie de vivre.
Je considère que l’étiquette « gauche », si elle est nécessaire, n’est pas suffisante pour gagner ma voix, car quand un élu de gauche ne se comporte plus, nationalement ou localement, en républicain, en laïque et en défenseur de la justice sociale, à quoi bon voter pour lui ?
J’avais heurté quelques lecteurs en expliquant les raisons de mon abstention aux présidentielles, il y a quelques semaines. Quand je vois l’état de la gauche, de toute la gauche, je ne regrette rien et je frémis à l’idée d’imaginer aujourd’hui un gouvernement Strauss-Kahn-Bayrou-Voynet-Lang.
Cela ne m’empêchera pas, ce dimanche, de voter à gauche, parce que le candidat est un vrai socialiste, tout simplement.
par Lucette Jeanpierre
voir tous ses articles
L'affaire du voile dans le gîte des vosges,
ou l'affaire dite "Fanny Truchelut" du nom de sa propriétaire, dernier article paru: Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky, Par Marie Perret, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler Voir le dossier...
Soutien à Robert Redeker
La collection d'articles parus dans ReSPUBLICA autour du soutien à Robert Redeker Voir le dossier...
L'urgence énergétique
Série d'articles sur la question énergétique
Voir le dossier...