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Combat féministe

Voile : le point de vue de deux membres du conseil d’administration du Mrap

Par Nadia Kurys, Horiya Mekrelouf

article publié dans la lettre 547

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Élues au conseil d’administration du Mrap, nous sommes particulièrement attachées au principe de laïcité dans l’espace public, et en particulier à l’école. Dans sa poursuite aveugle dans la défense du voile, le Mrap national a saisi la Halde des cas de refus opposé aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires et d’encadrer les activités extra scolaires. Il se félicite de la récente délibération de la Halde sur le sujet.

Pour nous, le voile est et reste un signe de l’oppression des femmes par la loi religieuse. La question que l’on doit se poser c’est de se demander s’il est juste d’accepter l’expression symbolique d’une discrimination sexiste. Le port du voile n’est pas un droit de l’Homme et encore moins un droit des femmes, il est une injonction de la Charria. C’est dans ce contexte-là qu’il doit être remis.

Le voile abolit la mixité de l’espace public et matérialise la séparation radicale de l’espace féminin et de l’espace masculin. Il est utilisé par les militants de l’islam politique, courant réactionnaire et politiquement d’extrême droite, comme étant la seule identité des musulmanes et devient une revendication identitaire.

Ces discours prospèrent malheureusement sur le terreau de la relégation sociale et territoriale et des discriminations.

Il appartient à la société française et aux pouvoirs publics de réfléchir et d’agir pour faire évoluer la société pour que chacun y trouve sa place.

Mais il ne faut pas occulter les combats contre l’obscurantisme qui ont traversé les sociétés arabes et maghrébines et c’est aux démocrates de notre société et aux associations des droits de l’Homme comme le Mrap de s’en faire l’écho.

En effet, Maghreb ou Moyen-Orient, les militantes féministes et démocrates ont toujours dénoncé les statuts inégalitaires infligés aux femmes. Très peu de militants arabes ont eu une démarche féministe, même si à la fin du XIXe siècle, un Égyptien, Kassem Amin, a écrit un livre intitulé « La libération de la femme ». Cet homme a initié tout un débat dans la société Egyptienne et dans le monde arabe. C’est à la suite de ce débat qu’ont eu lieu des actes très importants, comme celui de Hoda Shaaraoui qui en 1922 dans une rue du Caire a retiré son voile en public : la rue porte aujourd’hui son nom. Cet acte n’avait rien à voir avec « un dévoilement imposé » par la colonisation, il se situait en rupture avec une oppression millénaire et comme un symbole fort contre celle-ci, ce qui dans le contexte était révolutionnaire.

Au début du siècle des féministes et des militants hommes, tel Tahar Haddad, en Tunisie, posaient déjà le problème de l’émancipation des femmes et de l’égalité des droits et cela a duré une dizaine d’années après l’acte de Hoda Shaaraoui.

De nombreuses femmes ont alors jeté leurs voiles et dans la plupart des villes arabes le port du voile était résiduel. Dès la fin des années 80, et avec en toile de fond la victoire de la révolution islamique iranienne, c’est l’échec des idéologies laïques totalement discréditées par des régimes totalitaires et l’offensive réactionnaire menée à grand renfort de dollar par les États du golfe, Arabie saoudite en tête avec son idéologie wahhabite, qui participera au retour d’une soi-disant tradition qui symbolise l’assignation de la femme à son seul statut sexué.

En France, ces lois d’oppression, que dénoncent les démocrates peuvent êtres appliqués au nom des accords bilatéraux signés conjointement par les autorités Françaises et les pays d’origine. Ce qui est inacceptable car il n’y a aucune légitimité à faire prévaloir pour toutes les personnes résidant sur le sol français des législations qui tournent le dos aux principes de l’égalité de droit que les conquêtes des mouvements féministes et sociaux ont obtenu par leur lutte.

La Direction actuelle du Mrap, « comme dans d’autres associations », a occulté ce débat par un point de vue d’aveugle sur deux questions :
Le premier, au nom d’un relativisme culturel mal compris qui succède à un ethnocentrisme arrogant, on a eu tendance à oublier que le respect d’une culture ou d’une religion n’impose pas de s’y soumettre surtout lorsqu’elles légitiment des oppressions.
Et d’autre part, le fait qu’une religion ou une culture soient effectivement opprimée et discriminée dans un contexte donné, cette situation inique ne peut en aucun cas justifier d’en accepter les oppressions et les contenus réactionnaires.
Enfin, si l’on veut effectivement considérer le féminisme comme un acquis essentiel dans le mouvement pour l’émancipation sociale, revenir à une époque où seule la lutte contre l’exploitation économique devait résoudre l’ensemble des questions d’oppression, et en particulier celles des femmes seraient un recul pour l’ensemble du mouvement d’émancipation.

Avoir refuser de se poser cette question était une erreur de compréhension politique de ce qu'est la lutte pour l’émancipation : le remettre en cause aujourd’hui serait affirmer un renoncement et une trahison à toutes les luttes de libérations.

Certes, s’il s’agit de considérer effectivement les droits afférant aux libertés individuelles et de mener un débat sur ces questions. Pour autant, il s’agit de ne pas valoriser ceux qui contribuent à renforcer toutes les idéologies dominantes.

Certains parle de la liberté de porter le voile dans l’espace public comme un choix qui peut être revendiqué, il y a celles qui le subissent et celles qui en font un objet de militance, en tout cas, il doit être dénoncé sans réserve comme participant à l’affirmation de la domination et de l’oppression des femmes.

par Nadia Kurys
Vice-présidente du MRAP voir tous ses articles

Horiya Mekrelouf
Présidente du Mrap de Marseille voir tous ses articles

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