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Morituri, un film policier de Okacha Touita contre la mafia politico-islamico-financière qui a saigné l'Algérie

Par Jocelyn Bézecourt

article publié dans la lettre 547

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"Morituri te salutant" (ceux qui vont mourir te saluent), déclaraient, en prévision de leur ultime souffle, les gladiateurs à César. En Algérie, les démocrates, les femmes libres, les intellectuels, les artistes et tant d'autres massacrés par les fous d'Allah n'ont jamais eu à saluer. Mais qui sont les égorgeurs, pour qui agissent-ils, dans quels réseaux se fondent-ils, à qui profite le chaos ? Dans Morituri, un film haletant, Okacha Touita tente de démêler les liens tissés entre les islamistes et la mafia politico-financière. La frontière entre les barbus (les tarés à "tête de hérisson") et les clans vivant sur le commerce de la drogue, la prostitution et autres trafics, n'est pas étanche et les passerelles sont nombreuses. Ainsi, nombreux sont les délinquants reconvertis dans l'islamisme.

Dans le marécage du fanatisme et de l'argent sale, un policier se bat. Imaginé par Yasmina Khadra, ce militaire algérien auteur, sous pseudonyme, des livres qui ont inspiré le film, Brahim Llob pourchasse les bourreaux, plonge dans la boue de la mafia algéroise, et tremble pour sa propre famille. Lui-même auteur, esprit fin autant que tenace et indépendant, le commissaire distribue aussi bien les réparties cinglantes que les coups de poings efficaces. Mais l'homme se sait à son tour traqué. La peur est partout, à tout moment.

Si le portrait du commissaire demeure finalement assez classique dans ce genre cinématographique, Morituri dresse le constat effroyable d'un pays qui sombre et se précipite toujours plus loin dans son autodestruction. Quand une société ploie sous les brutes et les salauds, la justice et l'espoir sont engloutis dans la fange. Quand des assassins sanguinaires lobotomisés par la parole coranique sèment la terreur dans un pays tout entier, les mafieux travaillent d'abord à la prospérité de leurs affaires.

Morituri est d'autant plus remarquable que le film a été fait avec de petits moyens, comme l'a déploré le réalisateur à l'issue d'une projection : recours fréquent à des prises de vue uniques par manque de pellicule, utilisation des véritables armes des policiers du commissariat central d'Alger pour économiser le coût de leur location en France, utilisation alternée du français et de l'arabe pour bénéficier d'aides variées, pas d'effets spéciaux, etc. Récemment présenté en Algérie, Morituri est actuellement visible en France, dans trop peu de salles.

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