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Élections présidentielle américaine 2008: deux voies possibles

Par Philippe Hervé

article publié dans la lettre 564

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Les élections de novembre 2008 aux Etats-Unis sont d’une importance stratégique capitale, pour le peuple américain bien sûr, mais aussi pour nous Français, pour nous femmes et hommes de la gauche républicaine. En effet, le vingtième siècle a démontré que les expériences de gauche ne pouvaient se déployer qu’à la condition que ce moment politique entre en résonance avec une conjoncture politique progressiste de l’autre côté de l’Atlantique. Le Front populaire de 1936 aurait-il été possible sans le New Deal de Roosevelt lorsqu’on connaît les liens entre la SFIO de Blum et le parti démocrate américain ? Le gouvernement de la Libération auquel participe le Parti communiste n’a-t-il pas existé que le temps de l’avant guerre froide( 44-47) ?

Mais cette influence est plus large que sur le seul plan politique, elle s’étend aux fondamentaux sociaux et sociétaux. Mai 68, par exemple, est l’expression paroxysmique d’un mouvement mondial de la jeunesse, initié sur les campus des universités de la Côte Ouest. L’inverse est vrai également, l’action du premier gouvernement de la gauche entre 1981 et 1983 a certainement été entravée par l’influence d’un Ronald Reagan qui intervenait directement contre la politique de Pierre Mauroy.

Or, la France se trouve aujourd’hui entraînée dans un changement fondamental de sa politique étrangère. Pour bien faire comprendre ce virage, notre Omniprésident Nicolas Sarkozy a très pédagogiquement décidé de passer ses vacances aux Etats-Unis, aux frais d’ « amis américains ». Tel Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, partant en villégiature sur les bords de la mer Noire, notre dirigeant bien aimé indique clairement le jeu des alliances… et des allégeances !

Bref, le scrutin de novembre 2008 est capital pour nous.

Deux camps sont en présence, l’un clairement constitué, l’autre plus composite et reflétant des intérêts différents. Le premier camp, celui des néo-conservateurs américains, connaît une situation quasiment catastrophique après le désastre de la guerre en Irak qui devait aboutir, à coup de missiles de croisière, à construire un « nouveau Proche-Orient » follement démocratique.

Les élections de mi mandat en 2006 ont démontré la véritable révolte de la société civile américaine contre Bush et son équipe. Si ce clan veut survivre politiquement, il doit pousser à la guerre…et ce très rapidement. La crise économique menace et le pouvoir dominant du complexe militaro- industriel et la « cavalerie » financière à outrance risquent de montrer leurs limites. La tentation est grande de fuite en avant vers une guerre régionale avec l’Iran dont les conséquences seraient imprévisibles.

Mais les dés ne sont pas encore jetés car un certain nombre de forces politiques et économiques s’opposent à l’aventurisme des néo conservateurs, et cela dans tous les camps y compris à droite : Kissinger, par exemple, intervient régulièrement contre la guerre car il sait bien que celle-ci entraînerait son pays dans une spirale perdante. Si la guerre est une aubaine pour le complexe militaro- industriel, il n’est pas certain que l’économie américaine n’en sorte pas encore plus affaiblie qu’elle ne l’est après quatre ans de guerre en Irak. De plus, le bourbier afghano-irakien , et demain une guerre contre l’Iran, paralyseraient totalement les capacités américaines en laissant le champs libre à des tentatives d’autonomisation par rapport à l’hégémonisme de l’hyper puissance. Bref, sans l’Irak, il n’y aurait peut-être pas le formidable changement visant à l’indépendance des nations auquel nous assistons en Amérique Latine.

Le camp démocrate est, quant à lui, confronté à un choix décisif. De deux choses l’une, ou les démocrates ne proposent qu’une gestion plus modérée de la stratégie mise en place depuis le 11 septembre 2001, et ils risquent la banqueroute en assumant l’héritage des néo conservateurs, ou ils proposent un vrai changement nécessitant une modification des paradigmes de l’hyper puissance . Sans tomber dans le schématisme, on peut tout de même dire que la première tendance est représentée par Hillary Clinton et la seconde par Al Gore, nouveau prix Nobel de la Paix. L’épouse de l’ancien président ne propose rien de révolutionnaire sinon un retour nostalgique à l’équilibre des années 90. Or, la sortie de crise de la guerre en Irak implique un nouveau consensus de pacification qui ne peut intervenir sans un accord avec les puissances asiatiques, en particulier la Chine. D’une certaine manière, cet éventuel compromis impliquerait la fin d’un monde unipolaire. Notons enfin que rien ne serait réglé sur le plan des fondamentaux économiques tels que les déficits publics ou commerciaux.

Pour Al Gore, qui fait durer le suspense actuellement sur sa candidature aux primaires démocrates, le projet est autrement ambitieux. En utilisant le levier du « réchauffement climatique », il s’agit ni plus ni moins d’une révolution industrielle post-moderne. Le pari part du constat suivant : les rapports économiques mondiaux et la répartition géographique des zones de production et de consommation sont tendanciellement défavorables aux Etats-Unis. Pour rester leader, l’Amérique doit être à la pointe d’une nouvelle économie globale, dont elle maîtriserait l’évolution par le fait de posséder des brevets stratégiques, en particulier dans le domaine de l’énergie. Cette recomposition du capitalisme américain est un saut dans l’inconnu aussi risqué que le New Deal des années trente. Il suscite bien sûr des oppositions farouches des intérêts rentiers, en premier lieu pétrolier. Pour réunir un consensus dans la gouvernance des multinationales, Al Gore doit apparaître comme le dernier recours avant la crise économique systémique. Cela explique sans doute l’indécision très médiatique de l’ancien vice-président qui fait le compte de ses soutiens potentiels chez les grands patrons.

Les jeux sont donc ouverts et le pire, c’est-à-dire l’escalade guerrière, n’est peut-être pas sûr. Le drame de la France réside dans le fait de ne disposer d’aucune autonomie depuis la désastreuse élection de mai dernier. Au moment même ou la sagesse voudrait de ne pas prendre parti et d’attendre de saisir les opportunités, Sarkozy s’aligne d’avance sur les néo conservateurs en fin de course. Bref, nous risquons d’être à contretemps en ne négociant rien et en misant tout sur le mauvais cheval.

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