Politique française
Par Guillaume Desguerriers
Samedi 24 novembre 2007
article publié dans la lettre 569
Lien permanent vers cet article
La grève dans les entreprises de transport RATP et SNCF semble sur le point de s'achever. Emblématique, cette réforme des régimes spéciaux vise à attaquer non pas des régimes ultra privilégiés, mais à faire un exemple. Sarkozy veut envoyer un signal fort : il est là pour casser du contrat social. La France républicaine, celle des services publics, de l'éducation nationale efficace et performante, des grands organismes oeuvrant pour le développement du pays, de la paix inter-générationnelle ... tout ça c'est terminé. Cet argent investi dans la nation pour le présent et le futur est une manne financière trop importante pour ne pas faire baver d'envie ceux dont la préoccupation quotidienne est de toujours gagner plus (remarquable activité... ).
Cette France républicaine a une valeur financière. L'investissement fait sur des dizaines d'années est un capital important. C'est ce capital qui motive la soif de profit. Rien que sa sécurité sociale a un chiffre d'affaire supérieur au budget de l'état. Quel assureur privé ne rêverait pas de mettre enfin la main sur ce pactole ? De pouvoir s'engraisser sur la santé des personnes. Pour ces gens, outre atlantique est le monde du rêve, et la France, un pays de merde. D'ailleurs, aucun de ces anti-grévistes ne voudrait de la retraite d'un « cheminot privilégié » ... preuve que la réflexion politique de ces personnes s'arrête au niveau du porte monnaie.
Pour faire de la France un paradis « états-unien », les régimes spéciaux doivent sauter. Ils sont un verrou. Et un à un, Sarkozy les démonte. Justice détournée, éducation au rabais, santé franchisée, fonction publique pressurée n'offrant plus que le strict minimum régalien. La France doit offrir la possibilité de piller des vies comme tout bon pays moderne qui se respecte (Belle modernité ! Comme si la modernité ne résidait qu'en cela... ). Le risque de tout cela : provoquer l'excès. C'est la faille dans le plan de Sarkozy : la France n'est pas anglo-saxonne. Sa population ne supportera pas la destruction d'une tradition, d'une culture, d'une éthique qui fonde l'identité de la France. A pourchasser la République partout où elle se trouve, Sarkozy va provoquer l'écoeurement, le ras le bol, faire déborder le trop plein.
Déjà des hommes politiques grincent et s'insurgent... à droite. Les contestations commencent à prendre de l'ampleur et des députés de la majorité menacent de ne pas voter les projets du gouvernement. C'est dire la destruction des valeurs qui est à l'oeuvre...
hélas, à gauche, c'est le vide spatial qui règne. Les grèves et le climat social sont à n'en point douter un terrain favorable pour faire passer le discours de résistance, les idées nouvelles, pour monter au créneau et opposer à Sarkozy et ses acolytes un nouveau projet sociétal, à la fois collectif et individuel. Mais rien ! A gauche, même l'écho ne répond plus. Au PS, c'est même la complicité sur le fond des réformes (seule la forme un tantinet abrupte pose des cas de conscience à la direction du parti social-démocrate... ). Au PC, en fin politologue, on joue le pourrissement du PS (ouf ! ça permet de ne pas travailler à l'avenir de la gauche). A la LCR – attention c'est subtil ! – on veut un grand parti de gauche pour s'opposer, mais pas pour gouverner (chacun à ses marottes... ). Cela dit, force est de constater que Besancenot est le seul leader de gauche à se faire entendre.
Bref, la situation sur le ring pose d'un côté un rouleau compresseur qui broie du lien social, casse du système de vie, et ouvre la porte grande ouverte à la misère individuelle. De l'autre, rien ! Le risque est une montée en puissance du mécontentement.
Pire que tout, jouer sur le pourrissement de la situation sociale pour espérer grappiller de quoi revenir à 3% des votes est une erreur colossale. Autant – n'en déplaise à Sarkozy – les citoyens de ce pays sont encore des républicains ; autant, de part cette même tradition politique, ils ne porteront jamais leur adhésion à une absence de projet. La culture française est fondamentalement politique, et cette façon de penser – cette éthique – a façonné les réflexes des citoyens de cette nation : ils ont besoin d'un projet pour voter. L'ignorer à gauche serait une erreur gravissime. Aujourd'hui, les manifestations ne sont que revendicatrices sur le terrain social. Mais au rythme des réformes du gouvernement Sarkozy, une accumulation des frustrations, des reculs et des difficultés va conduire tôt ou tard à un renversement des actions du terrain syndical vers le terrain politique. Or la gauche n'est pas prête à canaliser le mécontentement. Elle n'a pas l'ombre d'un projet de société. Et pour cause ! Nombre de personnes restent campées dans une monoculture politique héritée de penseurs du XIXe qui a conduit à l'ornière du seul terrain économique et social pour concevoir la société. L'individu n'est défini que par le collectif, par sa force de travail et son capital économique. On croit rêver ! Ce schéma, nécessaire au XIXe siècle, a fait son temps, mais certains ne veulent pas s'en défaire de peur de se perdre, comme si « changer » revenait à « trahir ». Alors que la noblesse de l'esprit de gauche est justement dans cette audace du changement, dans cet enrichissement culturel et éthique, c'est une forme inédite de réflexe conservateur qui paralyse la pensée de gauche.
De fait, la gauche est toujours l'ancienne gauche, et n'est pas encore la gauche nouvelle. Si elle compte des militants dispersés, conscients, qui trépignent du pied et veulent en découdre, elle n'a pas de têtes. Ou pire que tout : elle a des têtes qui ne pensent qu'à elles. Il est triste, par exemple, d'en arriver à espérer que les municipales seront l'occasion d'une nouvelle claque pour le PC (la présidentielle n'ayant visiblement pas suffit) et qu'elles permettront aux militants de la base désireux de construire une force nouvelle de se faire enfin entendre auprès des huiles qui grippent le moteur. La gauche ne construira rien si elle ne comprend pas que des chapelles isolées ne mèneront qu'à des guerres intestines et à davantage de fragmentations. Beaucoup l'ont déjà compris, hélas pas tous. Or, tant que la gauche ne sera pas en ordre de bataille, aucun message politique clair ne gagnera la rue, l'état de notre pays ne cessera de se dégrader, et avec lui, la vie de ses habitants.
par Guillaume Desguerriers
voir tous ses articles
L'affaire du voile dans le gîte des vosges,
ou l'affaire dite "Fanny Truchelut" du nom de sa propriétaire, dernier article paru: Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky, Par Marie Perret, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler Voir le dossier...
Soutien à Robert Redeker
La collection d'articles parus dans ReSPUBLICA autour du soutien à Robert Redeker Voir le dossier...
L'urgence énergétique
Série d'articles sur la question énergétique
Voir le dossier...