Politique française
Par Tewfik Allal
Dimanche 2 décembre 2007
article publié dans la lettre 571
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Reconduire les servitudes séculaires
Au moment même où s’élaborait un appel[1] initié par des historiens algériens et français qui « demande aux plus hautes autorités de la République française de reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie, une reconnaissance nécessaire pour faire advenir une ère d’échanges et de dialogue entre les deux rives, et, au-delà , entre la France et les nations indépendantes issues de son ancien empire colonial », le ministre algérien des anciens combattants, Mohammed Cherif Abbès, dans un entretien accordé lundi 26 novembre au quotidien algérien « Al Khabar », évoque l’origine juive du président ou de tel ou tel de ses ministres, et attribue l’élection présidentielle au « lobby juif qui a le monopole de l'industrie en France ». Rappelons que c’était le même Mohammed Cherif Abbas qui avait lu, le 5 mai 2005, lors d’un colloque à Sétif, l’incroyable discours qui assimilait la colonisation au nazisme, et les fours à chaux d'Heliopolis (Guelma, 1945) aux fours à gaz d'Auschwitz, en présence d’historiens français dont un certain nombre avaient quitté la salle.
Indépendamment du caractère grotesque de cette déclaration – qui, apparemment, n’a guère soulevé de protestations en Algérie et qui a même été soutenue par le président de l’Organisation nationale des moudjahidin, Saïd Abadou –, indépendamment de « la résurgence qu’elle manifeste des préjugés antisémites les plus nauséabonds », pour reprendre les termes du communiqué de la Ligue des droits de l’homme, elle est révélatrice d’un certain état d’esprit, dont la conclusion de cet entretien donne quelques clés : « Aujourd’hui des rapports d’égal à égal ne sont pas envisageables, les Français ne sont pas prêts, en particulier durant le mandat de M. Sarkozy. Si je devais rencontrer le président français, je lui dirais : “Faute avouée est à demi pardonnée�. »
A quoi servent « les juifs » dans la rhétorique du pouvoir algérien actuel, au prix d’un déni de l’histoire de l’Algérie dans laquelle s’inscrit l’intime du rapport entre musulmans et juifs indigènes ? A nourrir indéfiniment le ressentiment pour se légitimer et refaire du consensus – et quel consensus ! –, à faire fond de commerce d’un antisémitisme latent très sensible dans les cercles du pouvoir et dans les mouvances islamistes ; à rejouer la colonisation, et la fierté nationale sur un théâtre désert auquel personne ne croit plus ; à « reconduire les servitudes séculaires propres à un passé révolu » (Mohammed Harbi, « Une presse sans déontologie », juin 2005).
Ce sont précisément ces servitudes séculaires que l’appel « France-Algérie : dépassons le contentieux historique » (http://www.ldh-toulon.org) se propose d’ébranler, c’est cette parole d’égal à égal à laquelle il donne réalité, sans qu’il soit question de repentance, de faute ou de pardon : il est question de la reconnaissance par la République française d’un fait historique donné. C’est le déni des faits qui ouvre la porte au racisme, qu’il soit contre les Arabes ou contre les juifs : aux citoyens algériens de découvrir ce que l’antisémitisme officiel veut dénier.
Paris, le 2 décembre 2007,
Association du Manifeste des libertés
[1] Appel rendu public le 1er décembre 2007, dans « le Monde » ( [charger le lien] ), « l’Humanité », et dans les quotidiens algériens « El Watan », « le Quotidien d’Oran » et « Al Khabar », et que nous soutenons (il est affiché pour signatures sur le site de la LDH-Toulon : [charger le lien]).
par Tewfik Allal
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