Politique française
Par Thierry Duval
Vendredi 14 décembre 2007
article publié dans la lettre 572
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La communauté internationale envisage de reconnaître l’indépendance du Kosovo. Un nouveau découpage de l’ex-Yousgoslavie pourrait donner raison aux ethnicistes à l’origine d’une guerre épouvantable au cœur de l’Europe, guerre que beaucoup espérait enfin enterrée. La Grèce et l’Espagne (et pas encore la France) s’opposent à cette déclaration qui donnerait des arguments aux séparatistes de leurs propres pays.
Au même moment, la Belgique connaît une crise sur son identité sans précédent qui pourrait aller jusqu'à remettre en cause son existence. Nul n’ose imaginer les conséquences qu’aurait l’explosion du pays, au cœur même de l’Europe, entre France et Allemagne. La Belgique fût l'un des pays fondateur de la CEE.
La Yougoslavie avait 74 ans, la Belgique en a 177. Ce sont de vieilles nations. Alors que penser que l’Union Européenne et de ses 50 ans ? Elle est passée de 12 à 27 membres en moins de 4 ans… Comment assurer la cohésion d’un tel ensemble de nations dont les histoires se sont entrechoquées, tant par les amitiés que par les guerres…
L’unité des États Nations s’est construite sur deux modèles au 19 et au 20e siècle. Certaines se sont refondées sur le fascisme et la guerre. D’autres ont choisi la souveraineté populaire et le progrès social, comme la France du front populaire. Certains États ont choisi le pire, d’autres inventèrent de nouvelles solidarités pour transformer la misère en certitude d'existences meilleures. Le libéralisme anglo-saxon joue fortement contre les espaces socialement et démocratiquement intégrés. Pour l’heure, l’Union se plie à l'impératif de cette éthique dominante : il se prépare à accepter le renoncement à l’harmonisation sociale au sein de l'Europe avec une clause non écrite qui interdit toute consultation des peuples sur leur avenir. Sur quel levier s’appuiera alors l’adhésion des individus ? Et surtout ceux qui traversent la crise à venir… Quels sentiments habiteront ceux qui subiront ce qu'ils n'ont jamais choisi ? Le Pacte Républicain assure la paix sociale notamment par sa légitimité reconnue par la souveraineté populaire. Quelle est la légitimité de la commission européenne et de la ligne culturelle et économique qu'elle destine à notre Europe ?
Une réponse face à l'angoisse est souvent le recours à la religion. Les religions savent l'avantage qu'elles tirent à détourner les mécontentements que le pouvoir politique crée par la misère qu'il instaure. Les nouveaux dirigeants polonais pensent fonder leur pays sur le catholicisme rigoureux. Tony Blair a tenté de recréer le « lien social » par la famille et les communautés. En Algérie, notre président n’est pas en reste : « Tout homme qui vient à elle (Constantine) ne peut s’empêcher, quelles que soient ses croyances, d’éprouver à son contact ce sentiment religieux d’être dans un de ces lieux sacrés où le Ciel paraît si proche et la foi si naturelle (…). La France et l‘Algérie ont besoin l‘une et l‘autre d‘une politique de civilisation qui ne produise pas seulement des progrès matériels mais qui produise aussi des valeurs, qui produise aussi de l‘identité, qui produise aussi une espérance ». Une véritable insulte aux combattants pour la laïcité, aux philosophes des Lumières, une gifle pour tous les citoyens du Pacte Républicain.
Emblème de l’histoire sans doute, le nouveau traité européen vient d'être signé dans un monastère. Comment ne pas y voir une portée symbolique lorsqu’on connaît le détail du traité de Lisbonne, son article sur « la contribution spécifique » des églises, son préambule du traité « s’inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe » trouve dans ce contexte une portée bien plus dangereuse encore.
L’histoire nous apporte de précieux enseignements face aux difficultés du présent. Ces crises d’identité, qu’elles soient nationales ou européennes, peuvent se résoudre dès lors que le peuple s’implique dans la construction démocratique. Les individus-citoyens y trouvent la canalisation de leur énergie, l'inspiration pour bâtir un avenir serein, l'envie de voir ce futur prometteur se réaliser. Ainsi, en chassant les obscurantismes, ethniques ou religieux, de la pensée politique, les citoyens ont maintes fois prouvé qu'il savent se saisir pacifiquement de ses institutions et de la constitution des solidarités. La campagne pour le référendum sur le TCE en 2005 n'en est qu'un exemple parmi tant d'autres...
Voilà pourquoi la ratification de ce nouveau traité nécessite un référendum pour que chaque citoyen puisse décider en conscience de l’intérêt général européen. N’enfermons pas les décisions dans les petits cercles de belles personnes mais produisons de l’émancipation au coeur de chaque individu, citoyen de l'Europe. Cette émancipation constitue le meilleur rempart face aux répétitions de l’histoire funeste, et la plus grande assurance de voir l'avenir, non avec l'angoisse propre à nourrir les obscurantismes sangsues, mais avec la sérénité et l'assurance d'une existence meilleure à bâtir tous ensemble.
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