Europe
Par Michel URVOY
Vendredi 18 janvier 2008
article publié dans la lettre 575
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« Non » à la réforme constitutionnelle mais « oui » au traité de Lisbonne : le parti de François Hollande se prend une nouvelle fois les pieds dans le tapis européen.
Acte I, le 8 janvier, Jean-Marc Ayrault, le président du groupe à l'Assemblée, annonce que le PS boycottera le congrès de Versailles qui doit modifier la Constitution (le 4 février) avant la ratification parlementaire du traité européen (le 6). La raison : « Marquer sa désapprobation face au refus de Nicolas Sarkozy de ratifier par référendum. » Voilà relancée la guerre des « ouistes » et des « nonistes ». François Hollande croit bon de laisser à chacun « sa liberté de conscience ». Manière idéale d'ajouter de la cacophonie à la confusion.
Acte II, hier, le même Jean-Marc Ayrault, après une longue réunion du groupe, fait savoir que les socialistes iront finalement à Versailles... « après quelques hésitations ». Ils s'abstiendront sur la réforme constitutionnelle, mais voteront la ratifi- cation. 68 députés approuvent, 30 refusent et 8 s'abstiennent. « Les choses sont simples, ose le « patron » du groupe. Nous sommes très majoritairement pour le traité et pour le référendum. C'était la promesse de Ségolène Royal à la présidentielle. C'est une question de cohérence politique » Simplicité, cohérence ? Ô que non !Un vrai faux compromisPrimo, environ un tiers des socialistes ne suivent pas la position majoritaire. Donc, à Versailles d'abord, au Parlement deux jours plus tard, on aura des votes PS dans tous les sens, toute idée de sanction pour indiscipline étant écartée. Exemples, Jack Lang votera « oui » à Versailles et au Parlement. Jean-Luc Mélenchon et Henri Emmanuelli deux fois « non ». Secundo, réclamer un référendum - seul l'Irlande y aura recours par obligation constitutionnelle - relève de la pétition de principe, du combat d'arrière-garde. Tertio, prôner l'abstention prive le PS d'apparaître comme le grand parti européen qu'il fut et assure à la droite un résultat sans suspense : avec quelques dizaines d'abstentions - seuls les suffrages exprimés étant pris en compte - la majorité des trois cinquièmes est arithmétiquement acquise.Commentaire de Manuel Valls, le jeune loup de l'Essonne que Nicolas Sarkozy rêve d'enrôler : « Chaque fois qu'il y a un sujet un peu compliqué, faute d'une volonté et d'une autorité à la tête du parti, nous sommes tout de suite en difficulté. » « C'est pire qu'un problème d'autorité, ajoute le Sarthois Stéphane Le Foll et bras droit de François Hollande. C'est un problème lié au respect des règles du PS. » Cette affaire européenne aura été triplement ravageuse. D'abord, elle rend les socialistes coresponsables d'un traité (de Lisbonne) (...) qu'ils vont majoritairement voter. Que fait l'arbitre ? Ensuite, le PS se prend les pieds dans le tapis, alors que les municipales et le pouvoir d'achat commençaient à le rendre audible. Enfin, à quelques mois du congrès de la succession, François Hollande, arbitre inexistant des sujets qui fâchent, prend le risque d'une bataille généralisée sur le terrain. Les trois cas confirment que le PS est d'abord victime de son fonctionnement, de son leadership mou, de son incapacité à organiser des vraies confrontations et à faire respecter les décisions. Le successeur est prévenu. Michel URVOY.
par Michel URVOY
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