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Une laïcité « positive pour les religions » est négative pour la République

Par Évariste

article publié dans la lettre 579

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Il y a toujours un mélange de rires, d'agacements et d'abattements à voir quotidiennement les contorsions des publicitaires pour nous faire avaler le nouveau sandwich qui assurera un bon moment en famille, ou acheter la nouvelle voiture qui assurera de montrer le taux de testostérone du conducteur à la gente en mini jupe sortie tout droit d'un défilé de mode. Cependant, le but caché est toujours le même : gaver des actionnaires qui eux se garderont bien d'éduquer leurs chérubins à l'obésité galopante des fast-foods et de payer leur voiture avec 10 ans de prêt. La démarche pour « vendre un concept ou un produit » vise toujours, par un bel enrobage de paroles, de signes et de gestes, le détournement de l'esprit critique, de l'intelligence et du savoir. En somme, travailler la forme pour cacher le fond.

A ce jeu de publicitaire, l'église a toujours été leader (2000 ans d'expérience feront toujours la différence... ). Passées maître (mettre) dans l'art de préoccuper les gens avec des histoires à dormir debout tout en leur enseignant que leur vie en dépend, le rêve du publicitaire est le travail des prêtres depuis la nuit des temps. Depuis toujours, les religions savent euphémiser un terme pour le rendre en apparence inoffensif, et même désirable. Un exemple ? Le mot « humble » est une superbe marchandise religieuse si bien assimilée que tout le monde, ou presque, trouve que c'est même une qualité que d'être humble. Pourtant il suffit de lire les mots qui entourent le sens pour voir une toute autre signification et comprendre le réel but de l'église lorsqu'elle vante l' « homme humble » : simple, réservé, timide, honteux, piteux, penaud, déconfit, tremblant, mortifié, froissé, petit, rampant, bas, plat, servile, obséquieux, vil... à la lumière des termes, c'est à dire avec le savoir, avec la réalité et non la publicité de l'église, on comprend quels hommes les religieux aiment.

De même, l'invention du concept de « laïcité positive » est de cet ordre. Le adjectif « positif » étant supposé montrer le progrès, l'avancée. Qui voudrait d'une « laïcité négative » ? Et l'utilisation du terme « laïcité » n'a d'autre but que de le vider de son sens. Comme pour le mot « humble », sous le bel emballage, on met ce qui sert au mieux les intérêts du pouvoir religieux. Ainsi, comme les publicitaires dont le travail est de nous faire dépenser, les religieux travaillent à se faire adorer. Dans les deux cas, le principe pour bâtir un argumentaire reste toujours le même : nier la réalité du monde, la cacher, la faire disparaître sous de la glose, des bons sentiments, la travestir, la transformer. Lorsque ce travail a été fait, diriger les gens et leur faire avaler n'importe quoi est alors un jeu d'enfant. La preuve : tout le monde pense ( pensent) que dire d'une personne qu'elle est « humble » c'est lui faire un compliment... La solidité du Pacte Républicain et ses évolutions à venir doivent donc toujours trouver leurs fondements dans la réalité du monde, dans les faits. À partir de là – et à partir de là seulement ! –  un travail de construction est possible car il repose sur le réel, et non des mensonges. En tant que individu-citoyens, membres du Pacte Républicain, notre devoir est de toujours défendre ce qu'est le savoir et la science, et de ne jamais laisser la croyance se faire reconnaître comme une « forme de connaissances ». Le savoir et la science partent du réel, décrivent le réel, travaillent sur le réel pour mieux le comprendre et construire à partir de lui. Les croyances sont des fantasmes (d'ailleurs leur seul argument n'est-il pas la foi ? C'est à dire la demande de crédulité la plus totale). Preuve que le savoir est un socle de la République : L'église, elle, ne s'y est jamais trompée, elle n'a eu de cesse de dénoncer (dénoncée) les Lumières, et encore dans les années 90, celui qui allait devenir l'actuel Benoît XVI, défendait le procès intenté à Galilée quelques 400 ans après ! Tout un symbole.

Objectif France !

Un véritable travail a été entrepris par les instances de l'église catholique pour trouver comme faire rompre les français sur un des éléments fondateurs du Pacte Républicain. Et la cible française n'est pas anodine. La loi de 1905 est un exemple cité dans le monde entier, un référent qui sert de repère dans les luttes partout où des êtres humains veulent construire des paix sociales véritables et des fonctionnements étatiques sous lesquels les individus puissent se savoir protégés et garantis dans leurs croyances et vies intimes. En promulguant cette loi, presque inimaginable en 1905, la France est sortie malgré elle de son cadre strictement national : de la fille aînée de l'église elle en est devenue la première rebelle. Cette loi est depuis plus d'un siècle l'épine dans le pied des religieux de tous ordres qui rêvent de ramener l'église à sa fonction première : asseoir le pouvoir sur la vie des individus. De fait, depuis un siècle, l'église n'a jamais eu de cesse de critiquer cette loi qui est une gifle à son prétendu pouvoir universel. S'acoquiner avec Nicolas Sarkozy, voir en lui un arriviste séduit par le pouvoir, a été une démarche mûrement réfléchie ; de même que lui distiller le terme de « laïcité positive » pour mieux berner les citoyens peu avertis. Car le but reste et demeure le même : détruire l'emblème illustrant qu'un peuple peut mettre le religieux hors de la sphère publique. Tant que la loi de 1905 existera, les religieux n'auront de cesse de vouloir la combattre, car les dieux dans la sphère privée, voilà qui contredit le pouvoir des prêtres sur la totalité des vies humaines, voilà qui est inacceptable. Et on les comprend : c'est leur propre survie qui en dépend.

La croyance n'a rien à voir avec la religion.

En quoi cette loi est doublement préjudiciable pour les prêtres ? On considère d'ordinaire que leur évincement du pouvoir sur les vies humaines fonde (fondent) l'hostilité des religieux, mais une telle analyse est trop superficielle. Car le fait que l'église ne soit plus reconnue par l'état ne devrait pas changer les us et coutumes des gens qui devraient continuer à aller à la messe et continuer à croire. Mais là est le problème : croire ne veut pas dire être religieux. On peut être croyant et ne pas avoir de religion, c'est à dire sans suivre ce que dit un prêtre, sans lire les livres que lui vous dit de lire ou de ne pas lire. Or cette évidence est mal connue, mal répandue, mais l'église, elle, la connaît et la craint. Et elle craint d'autant qu'elle sait que si jamais une religion se détache du pouvoir politique, si elle n'a plus la possibilité de s'imposer dans la vie quotidienne des individus, alors des individus se (ne) mettent à ne plus avoir besoin d'un prêtre pour avoir leurs propres croyances, leurs propres visions du monde. De fait, en France, on a très clairement observé une désertification des lieux de cultes et un recul du nombre de prêtres ; et pourtant beaucoup de gens se revendiquent encore comme chrétien. Mais force est de constater que plus le temps passe, et plus les dissidences se font nombreuses, que de plus en plus de gens refusent de suivre les prêtres et réinventent leurs propres croyances à partir de la bible ou d'autres ouvrages. C'est donc la survie des prêtres qui est en jeu. L'église ne s'y trompent pas : la loi de 1905 fait en sorte que la place du prêtre ne soit plus assurée, plus obligatoire. La conclusion est sans appel : sans lien direct avec le pouvoir politique, une religion monothéiste décline. Lorsque l'on intègre cette conclusion alors il devient évident qu'aucun accord ne sera jamais possible entre les religieux et le Pacte Républicain garant de la laïcité. Leur survie dépend de notre mort.

 

« Le code moral provenant de Dieu est la base intangible de toute législation humaine dans n’importe quel système, en particulier dans le système démocratique. La loi établie par l’homme, par les parlements et par toute autre instance législative humaine, ne peut être en contradiction avec la loi naturelle, c'est-à-dire, en définitive, avec la loi éternelle de Dieu. »
Jean Paul II « Mémoire et Identité » (mars 2005)

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