Le dernier numéro 606

Chronique d'Evariste

Économie

Politique française

Laïcité

Droits de l'homme

École publique

Université

Courrier des lecteurs

Voir tous les numéros

Articles

Politique française

Unamuno… ou se taire est mentir.

Par Jean-Paul Beauquier

article publié dans la lettre 580

Lien permanent vers cet article

Tels des Ubus obtus les thuriféraires habituels de la droite française, éditorialistes du Point mais pas seulement, continuent de délirer sur les conservatismes des corps intermédiaires voire du peuple tout entier pendant que le patronat le moins entreprenant du monde prétend assurer et augmenter sa rente en pesant sur les salaires, le droit du travail et la protection sociale…

Des patrons…

Madame Parisot déjà immortalisée par une formule aussi péremptoire que fausse sur la précarité, a cru devoir justifier les très hauts salaires des grands patrons du cac 40, au nom de la nécessaire présence des « talents » à la tête des entreprises françaises. L’exemple, après d’autres, des dérapages de la Société Générale montre pourtant une fois de plus que ni le talent, ni le sens des responsabilités ne caractérisent vraiment lesdits chefs d’entreprise : qui peut dire que la personnalité d’un chef d’entreprise et ses choix stratégiques sont les causes uniques de la croissance de l’entreprise qu’il dirige ? Dans combien de cas le choix d’un homme a-t-il été déterminant ? Quand l’école ne permet pas à tous les jeunes accès à la culture et à l’emploi, les bonnes âmes incriminent les professeurs ; quand le commerce extérieur est déficitaire ou que le taux de croissance est à la traîne derrière nos voisins européens comparables, les mêmes s’en prennent aux structures, pour les réformer, sur le dos des salariés, mais jamais aux patrons qui pour le coup, n’échouent jamais ! Vous avez dit «  Bizarre » ?

Car enfin qu’est-ce qu’un bon manager ? Quelqu’un qui développe l’emploi et la richesse collective du pays par son investissement dans la recherche et sa présence sur les marchés mondiaux ou quelqu’un qui se contente et ne s’assigne pas d’autre but réel que de distribuer des dividendes à des actionnaires dont la prise de risque personnelle est quasi nulle ? Quelqu’un qui se constitue une fortune personnelle par un volume de stocks-options attribué par un comité secret et contre le droit de propriété des petits actionnaires ou quelqu’un qui assume la présence de l’entreprise dans le tissu social et reconnaît que les services publics, les conditions environnementales, la formation initiale des salariés, les normes comptables et la fiscalité sont des éléments constitutifs de l’activité de l’entreprise ?

Dans la France de 2008 personne apparemment ne se soucie de ces distinctions au point d’en tirer un programme politique. La mondialisation vous dis-je ! A moins que l’Europe.. ? La commission Attali ne s’est pas penchée sur ces questions car elle ne visait nullement à favoriser la croissance en France, quelques-unes de ses décisions étant franchement de l’ordre de la provocation (évaluation des professeurs, casse de l’ institution scolaire, suppression des départements…) : son objet était de donner un semblant de justification à une politique de réformes qui ne fait qu’accompagner les intérêts à court terme des possesseurs de patrimoine et sans autres nuances que les reculs que pourrait imposer le mouvement social ; la défense qu’en a tentée M. Orsenna honore sa loyauté à l’égard de M.Attali mais certainement pas sa lucidité politique.

… A l’œuvre au noir

Il n’est d’ailleurs pas possible et, disons le crûment, pas sérieux de proposer des recettes de prospérité à une équipe gouvernementale qui a déjà accumulé avec un troupeau affolé d’élus godillots autant de sottises et de bassesses législatives.

Détaillons : un bouclier fiscal et quinze milliards de cadeaux inutiles car non réinvestis dans les activités productives. Une loi sur le risque de récidive qui sous le prétexte rebattu de la compassion à l’égard de victimes potentielles remet en cause le principe de rétroactivité des lois (bonjour les sections spéciales !), et confère des pouvoirs attentatoires aux libertés publiques à des experts en l’absence de toute nouvelle commission de crime ; le tout avec des prisons surchargées et sans suivi médical sérieux suffisant ! Un amendement ADN qui n’est pas très loin de refonder le droit de la famille sur le droit du sang : à quand la « limpieza de sangro » ? Une loi sur l’autonomie des Universités qui fait de présidents sans programme ni légitimité particulière des potentats fort éloignés des franchises universitaires … Des reconduites à la frontière chiffrées pour un ministre de l’identité nationale…Un militant du Réseau éducation sans frontière vient d’être condamné à une amende pour avoir comparé cela au régime de Vichy. Mais quelles sont les lois votées depuis 10 mois bientôt qui marquent clairement la volonté politique d’améliorer le sort des Français et le fonctionnement démocratique de nos institutions ? La loi TEPA qui par les heures supplémentaires contribue à dévaloriser un peu plus la valeur du travail salarié ? Le Traité simplifié qui ne fut en rien renégocié et fait un pied de nez par la méthode de ratification choisie à la volonté populaire, et cela on en est sûr puisque le référendum possible a été clairement identifié comme un nouveau risque de refus ?

Rien de bon pour qui réfléchit et n’est pas à la solde de quelque oligarque ; après tout le mot peut bien désigner les vrais maîtres de ce pays puisque le respect de la liberté de la presse ne va guère plus loin que dans la Russie de M. Poutine. Rien de bon pour qui pense en citoyen.

Rien de neuf non plus par rapport à tout ce qu’on savait du programme de la droite et des obsessions du candidat, laïcité comprise. Nous nous sommes interrogés sur le point de savoir si le président était « républicain » (blog, 21/09) ; ses élucubrations religieuses, ses dérapages morbides sur la shoah sont aussi bien des coups médiatiques que l’expression d’avis personnels qui malheureusement sont ceux du chef de l’Etat. Mais comme rien de cela n’est franchement inattendu puisque certaines choses avaient été écrites et signées par le candidat Sarkozy, peut-être pourrait-on se demander quelle insoutenable légèreté a conduit le PS à opposer à cet homme le moins efficace possible des adversaires en investissant son simple reflet de « gauche » ?

Qui se souvient du dernier discours de Miguel de Unamuno, le 12 octobre 1936, en réponse à l’exaltation fasciste du général Millan Astray criant « Viva la muerte » ?

Les esprits pondérés nous diront que la France n’est pas en guerre civile et qu’il ne faut pas exagérer la nature radicale et fondamentale des remises en cause du pacte social entreprises par les gens au pouvoir. Les esprits pondérés se trompent souvent et c’est en endormant le peuple qu’on facilite son oppression.

Le recteur de l’université de Salamanque avait dit : « Vous vaincrez, parce que vous possédez plus de force brutale qu’il ne vous en faut. Mais vous ne convaincrez pas, car pour convaincre il faudrait que vous persuadiez. Or pour persuader, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la Raison et le Droit dans la lutte. Je considère comme inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne » Celui qui était alors le plus grand intellectuel d’Espagne mourut le 31 décembre de la même année. Est-ce pour cela qu’aucun intellectuel, à défaut d’une voix de l’opposition, ne s’est dressé ? Ou bien n’y a-t-il plus d’intellectuel digne de ce nom en France, mère des arts…?

par Jean-Paul Beauquier
voir tous ses articles

Lettre d'information

Agenda

Voir toutes les dates



Dossiers

Nous mettons à votre disposition des "dossiers" regroupant les différents articles parus sur plusieurs numéros sur un même sujet. Déjà en ligne:


L'affaire du voile dans le gîte des vosges,

ou l'affaire dite "Fanny Truchelut" du nom de sa propriétaire, dernier article paru: Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky, Par Marie Perret, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler Voir le dossier...

Soutien à Robert Redeker

La collection d'articles parus dans ReSPUBLICA autour du soutien à Robert Redeker Voir le dossier...

L'urgence énergétique

Série d'articles sur la question énergétique
Voir le dossier...

Voir tous les dossiers