Le dernier numéro 606

Chronique d'Evariste

Économie

Politique française

Laïcité

Droits de l'homme

École publique

Université

Courrier des lecteurs

Voir tous les numéros

Articles

Elections

La tromperie ne dure qu’un temps, les français découvrent enfin l’aposématisme* sarkozien.

Par Alexis Secondat

article publié dans la lettre 581

Lien permanent vers cet article

* L’aposématisme est une caractéristique du monde animal qui consiste à arborer des couleurs très voyantes pour avertir ses prédateurs d’un danger.

Sarkozy n’a qu’un prédateur, le peuple.

Le patronnat en a fait son poulain. Après le fiasco du CPE et la déroute du CNE, il lui donne une mission : casser le code du travail. Les riches ont misé sur lui, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont été bien payés en retour (3 kerviels -15 milliards d’euros- obtenus 3 mois après la mise, qui dit mieux ?). Une bonne partie de la presse est aux mains de ses amis, il peut donc compter sur une couverture médiatique que ne renierait pas Ben Ali. La gauche s’embourbe dans un néant idéologique et s’entête dans ses impasses organisationnelles. Si elle continue ainsi, elle n’est pas prête de représenter un danger pour l’omniprésident.

Sarkozy n’a qu’un obstacle : le peuple. Il a su l’amadouer pour accéder au pouvoir grâce un discours populiste qui n’avait d’égal que la vacuité du programme de la gauche. Il a su parler aux français de ce qui les préoccupaient. Ils attendent toujours la traduction en acte des beaux discours d’alors et commencent à comprendre qu’ils risquent d’attendre longtemps. « Les caisses sont vides », circulez, l’espoir, c’était bon pour la campagne.

Mais les français n’en peuvent plus de souffrir au quotidien et de subir la remise en cause systématique des acquis sociaux des soixante dernières années. Aussi, depuis trois mois, la cote de popularité sarkozienne s’est effondrée et est au plus bas depuis sa nomination comme ministre de l’intérieur en avril 2002. Encore un effort, et il retombera au niveau de son score aux élections européennes de 1999.

Sous le bling-bling, une politique mortifère pour la République laïque et sociale.

Le président flambeur se complait dans le luxe, tel un enfant gâté qui jouit de l’opulence sans se soucier du monde qui l’entoure. Le bling-bling est un moyen de détourner l’attention. Et pourquoi faudrait-il détourner l’attention sinon pour mener la politique la plus antisociale depuis l’après guerre ? Mais si l’attention a bien été un temps détournée, aujourd’hui, c’est le vent qui tourne !

C’est dans ce contexte que Sarkoléon a lancé une vaste offensive, la première de son quinquennat qui ne vise pas le court terme : attaquer la laïcité. Avec deux objectifs : poursuivre la division du peuple pour continuer à pouvoir régner, et détruire l’héritage des Lumières et de leurs descendants de la troisième République pour promouvoir à sa place le modèle états-unien et faciliter la pénétration des sectes dans notre pays. Cette attaque est tout sauf une surprise pour ceux qui ont eu le courage de lire « La République, les religions, l’espérance » et qui ont suivi l’opération commission Machelon, mais elle a destabilisé certains, car pour une fois, ce ne sont pas les forces cléricales ou leur représentants politiques qui sont à la barre. Il faut l’analyser telle qu’elle est : une offensive politique qui vise à s’affranchir du devoir d’assurer l’espoir et de garantir la cohésion sociale et la sécurité publique. Cette offensive n’est que le pendant du plan de privatisation de notre protection sociale par la destruction méthodique de notre système solidaire.

La méthodologie ne varie pas : discours chocs provocateurs, répliques violentes face aux critiques, testage des réactions en envoyant en première ligne un conseiller, et attente des résultats des sondages d’opinion.

Sarkoléon est persuadé qu’il n’a rien à perdre, puisque si l’opération échoue, il pourra toujours profiter de l’agitation et des polémiques pour accélérer la casse sociale et l’asservissement de la France à ses amis états-uniens. Un peu plus d’un mois après l’inauguration de l’historial Charles de Gaulle, il participera (une première sous la Ve République) au sommet de l’OTAN du 2 au 4 avril à Bucarest où il devrait annoncer que la France rejoint la structure militaire intégrée de l’OTAN, envoie de nouveaux renforts de troupes en Afghanistan, et participera travaux communs de planification des forces de l’OTAN, le tout sans débat parlementaire bien entendu.

La tâche principale de l’heure pour les républicains et les laïques est de lui montrer qu’il a commis une grosse erreur en s’aventurant à remettre en cause la Loi de 1905, en assurant un large front laïque faisant descendre plus d’un million de personnes dans les rues de Paris avant l’été.

Les municipales: les français peuvent confirmer dimanche l'envoi d'un premier signal fort.

Avant l’été, les français ont l'occasion de sonner la fin du sarko-show, en amplifiant dimanche le résultat du premier tour des élections municipales et cantonales.
Du fait de la proximité avec l’électeur, l’échelon local est le dernier à être encore porteur de démocratie et de citoyenneté. Avec l’intercommunalité, les champs d’actions toujours plus larges des conseils généraux, les sénatoriales à venir, c’est un échelon qui a une portée qui va bien au-delà des frontières de sa circonscription. Face aux défaillances parlementaires et aux dérives despotiques présidentielles (il vient de montrer qu’il commençait à se trouver à l’étroit dans le cadre constitutionnel), les conseils municipaux et les conseils généraux, doivent devenir le socle institutionnel de la résistance aux politiques antisociales.

Peu importe la valeur de ceux qui vont recevoir notre vote, du moment que nous exercerons un droit de suite citoyenne pour qu’ils appliquent ce pour quoi nous allons les élire : entrer en résistance contre l’entreprise de casse des néolibéraux et de leur poulain Sarkoléon. Après la trahison du 4 février 2008, le peuple du non de gauche de 2005, qui dispose d’une majorité relative dans le pays, doit mettre la gauche face à ses responsabilités. Le peuple du non de gauche est aujourd’hui divisé dans les urnes du fait de l’absence de représentation politique, mais il est pourtant probablement plus important encore qu’en 2005, car la paupérisation croissante des classes moyennes renforce les communautés d’intérêt avec les classes populaires.

Dynamisme associatif et éducation populaire, le terreau de la reconquête sociale.

Chat échaudé craignant l’eau froide, il faut en parallèle consolider et développer le tissu associatif et s’engager dans un nouvel essor de l’éducation populaire sur l’ensemble du territoire. C’est aujourd’hui le seul moyen qui permette d’éveiller les consciences et de s’émanciper des média « voix de Sarko » et des lancinants discours des principaux responsables politiques, qui sont au néolibéralisme ce que Tom Cruise est à la Scientologie.

La question, c’est de savoir comment le système sarkozien va chercher à rebondir pour regagner la confiance des français et pouvoir ainsi poursuivre son œuvre : les contre-réformes au profit de l’aristocratie de la richesse ?

Dès lors, il faut travailler à la seule réponse qui vaille : la gauche républicaine doit enfin se mettre en situation de devenir une force de proposition et de défense des acquis sociaux audible par le peuple. A nous de la contraindre. Nous sommes peut être des « pauvres cons », mais c’est Sarkoléon qui doit se « casser » !

par Alexis Secondat
voir tous ses articles

Rubriques liées

Lettre d'information

Agenda

Voir toutes les dates



Dossiers

Nous mettons à votre disposition des "dossiers" regroupant les différents articles parus sur plusieurs numéros sur un même sujet. Déjà en ligne:


L'affaire du voile dans le gîte des vosges,

ou l'affaire dite "Fanny Truchelut" du nom de sa propriétaire, dernier article paru: Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky, Par Marie Perret, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler Voir le dossier...

Soutien à Robert Redeker

La collection d'articles parus dans ReSPUBLICA autour du soutien à Robert Redeker Voir le dossier...

L'urgence énergétique

Série d'articles sur la question énergétique
Voir le dossier...

Voir tous les dossiers