Politique française
Par Thierry Duval
Vendredi 4 avril 2008
article publié dans la lettre 584
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L’analyse d’un vote est un enjeu politique en soi. L’avenir politique du pays découle grandement de cette bataille, culturelle, post élection, puisque les analyses dessinent une grille de lecture.
Au sortir de cette élection, on a le sentiment que la droite, mais aussi une partie de la gauche, a spolié la réalité du vote. Dès le soir du 1er tour, la conclusion, que chaque citoyen devait retenir, était la victoire de Bayrou et de son MoDem, alors même qu’il plafonnait à 3,5% sur le plan national. La droite y avait tout intérêt pour éviter de se déclarer giflé par le peuple. Plus étonnant, à gauche, certains annonçaient la nécessité absolue de s’allier avec un ovni politique, avec un parti que les électeurs boudaient pendant la tempête. Car n’oublions pas que le contexte de cette élection était un fond de crise financière, de mobilisation sociale pendant la campagne, de baisse du pouvoir d’achat, …
La pouvoir explique depuis le soir du 2nd tour que ce léger revers est un appel à l’accélération de la politique libérale. Véritable renversement des valeurs : ce qui est refusé est « désiré », ce qui est rejeté est « souhaité ». Le libéralisme est une culture de la négation des faits, et donc Sarkozy fait venir davantage de fidèles autour de lui et annonce que les français accepteront sa politique si un seuil de réformes est atteint.
La lecture des résultats est un exercice politique primordial. Celui qui ne regarde pas l'histoire se condamne à la revivre.
Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que le vote politique est celui des cantonales plus que celui des municipales. Point d’analyse ambigüe sur le bonus accordé ou non à la liste sortante, point de circonvolution sur les effets des alliances parfois farfelues d’une liste. Pour les cantonales, l’électeur se réfère surtout à l’étiquette du candidat dont il ignore souvent tout et dont il découvre bien souvent le nom sur le bulletin. Voilà pourquoi les élections cantonales sont un bon révélateur.
La victoire de la gauche est incontestable. 48% des votes pour la gauche, contre 41% à droite au 1er tour. L’écart se confirme au 2nd avec 51%-44%. Au passage, signalons que le ministère de l’intérieur a anormalement tarder à donner les chiffres consolidés… Le pouvoir est donc clairement désavoué, et cela 10 mois seulement après son élection triomphante sur fond de bataille idéologique gagnée. Avec cette défaite politique de la droite nous pouvons espérer un meilleur rapport de force dans la société pour protéger le Pacte Républicain.
L'échec de la droite ne s’accompagne pas pour autant d'un mouvement symétrique d'entraînement de la société vers la gauche. La participation atteint son plus faible niveau pour une élection de ce type depuis que la Vème République existe... tout un symbole. La défaite de la droite est dû à l'abstention, non au basculement de l'électorat vers la gauche. Cette abstention est plus prononcée dans les couches populaires pourtant plus mobilisées que les autres couches sociales lors du référendum de 2005 et de la présidentielle. Un cycle politique se clôt. Les partis politiques en présence ne semblent pas offrir un outil politique probant pour les désoeuvrés et les plus percutés par la crise économique et sociale actuelle. De fait, la défaite de la droite n'est pas pour autant la victoire de la gauche qui, pour les électeurs des classes populaires, n'offre pas de projet constructif social et individuel.
L’exaspération de la politique libérale actuelle provoque une radicalisation de l’électorat sous diverses formes. A droite, on constate la meilleure résistance de l’électorat « petit blanc » au contact des quartiers populaires qui eux se sont abstenus. Les électeurs de Bayrou en 2007 sont souvent allés sur un vote PS ou union de la gauche dès le 1er tour. Nous assistons à une quasi-disparition du MoDem dans les exécutifs locaux. Ce parti n’a pas tenu le choc de la crise. A gauche, la radicalisation se manifeste dans les excellents résultats du PCF mais seulement lorsque celui-ci apparaît comme le parti de l’union de la gauche aux municipales (à méditer... ) et une forte percée des listes d’extrême gauche. Des listes Vertes-alternatif-anti-libéraux-LCR recueillent 18,5% à Montpellier et 22,5% à Grenoble pour ne citer que ces 2 exemples. Les alliances PS-MoDem semblent provoquer une colère à gauche ; colère pénalisant parfois le report des voies au 2nd tour.
C’est la 4ème leçon du scrutin. Le désistement républicain qui permettait de très bon report de voies au 2nd tour connaît des jours difficiles pour de multiples raisons notamment le fait que les électeurs ne veulent plus laisser les gros partis l'emporter.
Cette élection marque le retour de l’urgence politique caractérisée par la forte abstention (le citoyen ne trouve pas son compte, ne voit pas l’intérêt de son vote) et la radicalisation politique (exaspération à l’encontre des principaux partis). Cette envie d’un projet de gauche progresse dans l’opinion. Sachons les faire éclore si nous voulons qu’un printemps fleuri succède à ce trop long hiver. Les municipales nous ont offert des rayons de Soleil. Ce fût le cas à Évreux où le rêve d’une nouvelle force à gauche est devenue une réalité locale. L'émergence d'une nouvelle force passe par le besoin de faire sauter des verrous, le local trace la voie pour le national, comme chaque individu-citoyen trace celle du Pacte Républicain.
par Thierry Duval
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