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Atelier: Enterrer la culture de la croissance, c'est à dire la culture inculquée par le libéralisme

Par Guillaume Desguerriers, Christian GAUDRAY

article publié dans la lettre 586

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Tout est là, sous nos yeux. Emeutes de la faim, flambée des cours des matières premières alimentaires et industrielles, accroissement des inégalités, dégradation de la santé du fait des causes environnementales, réduction rapide de la biodiversité, apparition des conséquences non linéaires des changements climatiques, augmentation irrémédiable des cours des énergies fossiles, crise financière, accélération du processus de privatisation et de marchandisation de toutes les activités humaines, travail de sape détruisant toute solidarité, culture de la consommation, retour de l’idéologie du travail, etc., etc. Le lien entre tous ces éléments n’est pas toujours évident et pour cause : la culture déversée chaque jour par le libéralisme masque les possibilités de liens, endort les esprits et travaille à l’affaiblissement des réactions constructives
Notre monde ne tourne pas rond. Tout le monde le sait ou le ressent. Tout le monde peut le constater s’il se donne la peine de regarder. Et pourtant l’inaction perdure. Pourquoi ? Avant tout parce que les dirigeants actuels cumulent (au moins...) deux grandes tares.
Primo, ils ont tous peu ou prou fait leur apprentissage politique pendant les trente glorieuses. C’est à dire qu’ils sont formatés par la vision d’une société de forte croissance, de plein emploi et de désintérêt total pour les ressources et le monde environnant.
Secundo, ces hommes politiques sont engoncés dans les dogmes néolibéraux qui les ont fait renoncer à l’intérêt général pour servir la domination, l’émiettement social et l’enrichissement toujours plus grand d’une oligarchie de la finance.

Dans ce contexte, qui est le notre, il est urgent de définir le projet de société qui va permettre d’apporter des réponses à tous ces graves problèmes. Contre la division des citoyens, la séparation des savoirs, notre arme doit être une vision globale et systémique. Il ne peut y avoir de petite recette, de tour de passe-passe, de petit projet de relance. L’approche globale est nécessaire pour repenser notre rapport au monde et construire une société sur d’autres bases que les dogmes libéraux. Car depuis la révolution industrielle, l’éthique et la culture du libéralisme conçoivent le monde comme un objet inépuisable avec lequel les êtres humains n’ont aucun lien véritable. Suivant cette éthique, l’activité des êtres humains ne vise que la production de " valeurs ", et non la production de " richesses "...

Soyons résolus de ne plus servir, et nous voilà libre.

Aussi, face aux changements dont nous serons les acteurs, nous, individus, devons prendre leur part. De fait, un vaste projet d’éducation populaire et citoyenne est nécessaire. Là où le libéralisme déshabille l’individu-citoyen pour en faire un être social solitaire, seule l’éducation populaire, la transmission du savoir et l’élévation des connaissances, peuvent armer l’individu pour qu’il soit à nouveau apte à prendre sa part dans le débat public, pour qu’il soit à nouveau un citoyen. Et le chantier populaire de notre époque est celui d’un renversement culturel et éthique. Nos valeurs sont entretenus par le libéralisme : dogme de la croissance, consommation, gaspillage, valeur de l’argent et de la possession, marchandisation du " temps de loisir ", culte du travail, autant de comportements qui alimentent l’état actuel du monde. De fait, nous devons ensemble redéfinir un projet social et pour réussir cette révolution, le temps consacré à l’information, au débat et à l’élaboration commune est incontournable. Notre temps est celui d’un changement de culture et d’éthique pour lutter contre ce qui fonde le libéralisme.

Nos valeurs ne doivent plus être les leurs.

Dans ce projet, le " développement durable " est le nom du domaine alliant à la fois l’économie, le social, l’écologie et les savoirs scientifiques au sens large. Il ne peut pas être réduit à la seule écologie car la réflexion pour changer le fonctionnement du monde passe par une nouvelle conception de la politique qui doit se faire " par l’homme et pour l’homme ". Cette politique doit assurer une solidarité synchronique et diachronique sur des bases humanistes et démocratiques, mais doit aussi reposer sur une assise forte, c’est à dire sur une culture et une éthique individuelle contraires à celles que rabâche à longueur d’antenne les tenants du libéralisme.

Ne rien faire...

C’est à court terme porter atteinte à la santé, creuser les inégalités, bouleverser et appauvrir irréversiblement le monde vivant.
A moyen terme, c’est devoir gérer des mouvements de population, des famines, une nouvelle géopolitique pleine de tensions.
A long terme, c’est mettre un terme à toute possibilité de démocratie et entériner l’instabilité planétaire pour des dizaines d’années.
Mais alors que tout montre que nous allons droit dans un mur, nos dirigeants appuient sur l’accélérateur au lieu de regarder vers où tourner pour éviter le mur que dresse le libéralisme.
Toutefois, si nous commençons à y travailler suffisamment à l’avance (c’est-à-dire maintenant) afin d’anticiper ce virage nous serons à même de boucler nos ceintures, et ce virage (certainement assez sec) ne sera pas grand chose comparé au mur que l’inaction rapproche rapidement de nous. Comme toujours, l’anticipation est la solution pour prévenir ce qui peut arriver. Le projet d’éducation populaire sur le développement durable n’a d’autre but que de donner à chacun des lunettes afin qu’il puisse voir ce mur se rapprocher. Gageons que les citoyens ainsi armés et avertis ne laisseront pas les chauffeurs ivres continuer à foncer droit dans le mur.


Aussi, à l’heure où le gouvernement ne veut plus que la solidarité rembourse le prix des lunettes, le secteur développement durable de l’UFAL vous convie à vous réunir à l’UPL de Mazères pour que les citoyens ainsi assemblés testent leur vue et leur sagacité sur les problèmes de notre temps et de notre avenir.


Rendez-vous samedi 10 mai de 9h à 12h : « Réflexions sur le dogme de la croissance », avec Guillaume CAMPIONI, Christian GAUDRAY, et dimanche 11 mai 9h à12h « Kyoto et l'économie du carbone » par Aurélien BERNIER.

par Guillaume Desguerriers
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Christian GAUDRAY
Responsable du secteur développement durable de l'UFAL voir tous ses articles

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