Débats politiques
Par René Andrau
Vendredi 25 avril 2008
article publié dans la lettre 588
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La déclaration de principes du PS relève d’une rhétorique à deux faces, qui est celle de Tony Blair (voir Norman Fairclough). Elle consiste à affirmer simultanément deux objectifs contradictoires, à savoir l’acceptation sans réserve des contraintes de la mondialisation libérale d’une part, baptisées modernité, et le respect des valeurs de ce qu’il appelle la vieille gauche d’autre part. Ce qui, au niveau du style, se traduit par une structure d’équilibre de type " et… et… ", cousine de la structure " ni… ni… ". Sont ainsi posées comme devant être impérativement assumées, et revêtues de la même dignité, les règles libérales absolues et les droits sociaux. Au nom sans doute du principe d’équité, le pot de terre et le pot de fer luttent ainsi à armes égales.
Cela se traduit, dans le texte de la déclaration de principes du PS, par l’emploi de termes comme indissociables
(§2), forment un tout
(§5), concilient
(§3 et 8), allier
(§14), conjuguer
(§7), régule
(§6). Ce dernier terme est intéressant : le PS entend réguler une économie qu’il a fortement contribué à déréguler, et dont il entérine la dérégulation à travers le prétendu mini-traité européen qu’il a accepté. Quant à la puissance publique
qui reçoit de l’article 6 la mission de régulation, on se demande ce qu’elle peut être : est-ce l’Etat républicain, qui n’a plus son mot à dire face aux Grandes Orientations de Politique Economique ou à la Banque Centrale européenne ? Est-ce la Commission Européenne, dont la mission explicite et de s’opposer à la régulation du marché ? L’ambiguïté n’est pas levée par le maigre paragraphe consacré à l’Europe, qui est pour l’essentiel un satisfecit que le PS s’accorde à lui-même. Comme Tony Blair, le PS se contente d’habiller en rose pâle la mondialisation libérale.
Ce qui vaut en matière économique vaut également en matière politique. C’est une grande satisfaction de voir apparaître dans cette déclaration l’éducation de la raison, vieil objectif de la Constitution de 1793 ignoré par toutes les Constitutions successives ; c’en est une également de voir brosser comme horizon de la politique l’émancipation des personnes
, même si le mot personne gagnerait à être précisé (Jaurès était plus clair). Mais dans la philosophie politique républicaine, l’un et l’autre sont indissociables de la souveraineté populaire. Or celle-ci est la grande absente. Certes, le citoyen peut participer à la vie publique (§7), il peut intervenir dans le processus de délibération et de décision, mais en vertu du principe européen de subsidiarité, il n’a pas accès à ce qui relève de l’économie, de la monnaie ou de la finance, et le PS oublie ce détail ! Le citoyen n’est plus " membre du souverain " ; sa souveraineté se borne à l’exercice d’un droit de vote sur de vagues promesses qui ne sont pas forcément destinées à être tenues, ce que Bourdieu considérait comme l’équivalent d’un acte solitaire d’achat dans un supermarché. La liberté active, celle du peuple souverain, que Benjamin Constant appelait la liberté des anciens et qu’il jugeait aussi nécessaire que la liberté passive, la liberté des modernes, celle de rester tranquillement dans son coin à l’abri des abus de l’Etat, est ainsi réduite à sa plus simple expression. Ce qui est conforme à l’hallucinant document de la Commission Européenne " Pour une citoyenneté active " de 2000, pour qui la citoyenneté active consiste essentiellement à cultiver son employabilité.
Il n’est donc pas étonnant que le dépassement des contradictions du capitalisme, que le texte se donne pour objectif, ne soit pas envisagé en termes de lutte. Le texte se contente d’énumérer les caractéristiques du capitalisme rhénan, que le PS a contribué à éliminer, par son action interne et européenne, au profit du capitalisme anglo-saxon. Or un retour en arrière n’est guère envisageable dans le rapport de forces actuel, surtout du point de vue d’un parti qui a contribué à le créer. Car même si le texte fait implicitement référence à la nation civique selon Renan, il en atténue la portée par une ambiguïté qui n’est pas nouvelle : qu’est-ce que prendre en compte la diversité culturelle
, mantra de tous les multiculturalismes ? Est-ce accorder des droits particuliers à des groupes, comme le fait la Charte des Langues Régionales ou Minoritaires ? Est-ce simplement garantir à chacun la pleine jouissance de ses droits, auquel cas l’expression serait parfaitement inutile?
Les auteurs du texte cultivent le flou et l’ambiguïté, quand ce n’est pas la pauvreté. Le préambule, en effet, nous dit que les socialistes cultivent le souvenir de…
L’expression est très insolite. S’agissant de la Commune de Paris, revendiquent-ils ses luttes et son mode d’organisation politique, ou un simple album photographique ? S’agissant de tous les gouvernements de gauche depuis 1981, en revendiquent-ils sans réserve les alignements libéraux ?
Sans doute le PS réserve-t-il pour son Congrès les propositions concrètes qui donneraient du sens au triptyque révolte… espérance… action
du paragraphe 1. Peut-être que ce Congrès nous permettra de penser que la volonté de rassemblement qu’affirme ce texte n’est pas un pauvre moyen de faire l’impasse sur les affrontements de plus en plus cyniques qui se développent tant au plan national qu’au plan international et qui, n’en déplaise aux âmes délicates, ont bien des allures de lutte des classes.
par René Andrau
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lundi 7 juillet 2008, 17:30
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