Elections
Par Guillaume Desguerriers
Mercredi 2 juillet 2008
article publié dans la lettre 594
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Face aux résistances maladives et surannées, aux rivalités claniques, le principe de réalité et la volonté de faire sont des lumières inébranlables : il n'y a guère que les aveugles pour ne pas les voir.
Et en terme d'union de la vraie gauche sur le modèle de la campagne de 2005 contre le TCE, les élections municipales de ce printemps 2008 nous laisse l'exemple d'Évreux.
Dans la préfecture de l'Eure, un certain Jean-Louis Debré, proche du grand Jacques, a le titre de maire depuis quelques années. Tout au plus pouvons nous parler de titre puisque les fonctions de la capitale sont toujours plus intéressantes que celles du bas peuple (qui plus est s'il s'agit de la Normandie où il pleut partout un peu tout le temps... ).
Face au fils de Michel (proche du grand Charles... ) se trouve un PS local, miniature exacte du PS global national : appareil noyauté par de nouveaux adhérents toujours à quant il faut, ségolénisme ou hollandisme le coeur ballance et une majorité des adhérents (on ne parle plus de militants...) votera oui au TCE alors que la ville votera non à 55% le 29 Mai 2005. la ville vote Sarkozy contre Royal, et élit deux députes UMP dans la foulée. La population d'Évreux étant d'environ 51000 habitants : On est dans le monde du modélisme à l'échelle 0,00083.
La section local du PS est studieuse et colle scrupuleusement à la ligne du PS national : flou complet, débats inexistants, tendance Mme Royal, l'appel au centre modem n'est pas très loin. Arrivent les municipales ! Par le truchement de nouveaux adhérents (dont Gérard Majax a le secret) le candidat officiel de la direction du PS est désigné en la personne de Rachid Mammeri. Pour la ligne : on fait confiance au national, c'est dire l'ampleur de la misère...
Outré et refusant la mascarade, l'absence de débats, le dévoyage clair à la ligne social-libérale, le militant socialiste Michel Champredon consulte le club « rive gauche » qu'il anime. S'y trouvent des militants socialistes, des communistes, des non encartés, etc. un vrai collectif 29 Mai ! Décision est prise : Michel Champredon quitte le PS et lance sa candidature : la vraie gauche a une liste.
Rapidement, le groupe agrège d'autres personnes et gagne en importance. Comme pour la campagne contre le TCE, la volonté de construire, de trouver des terrains d'entente, de proposer et de militer autour d'un vrai programme de gauche sont le ciment qui fédère les individus. Hors de l’appareil socialiste se constitue ainsi une large union de la gauche. Elle prend pour nom emblématique : « La Gauche rassemblée » et affiche l'ambition de conquérir la mairie d’Évreux.
L'histoire d'Évreux ou quand le local donne des leçons de volontés et de courage au global...
Le déclic a certainement eu lieu lors d'une réunion publique, le 30 janvier 2008, sur traité de Lisbonne. Marc Dolez vient, se joignent le PT, le PCF, la LCR et des élus socialistes de gauche. La discussion sur l'Europe ramène 3 ans en arrière, et apparaît alors qu'entre les grandes familles de la gauche le consensus est bien là sur toutes les grandes orientations. Encore une fois, la campagne de 2005 contre le TCE est le contraire d'un hasard de circonstance. Elle est le rassemblement de forces appelées à se rejoindre. De toute évidence, les gens constatent leurs affinités, leurs ententes, leurs volontés communes à poser un programme de gauche et d'en découdre avec la droite et le social-libéralisme.
En quelques jours, les militants du PCF, de PRS, du PT et les socialistes de « rive gauche » se retrouvent. L'accord est conclu : Évreux aura une liste de gauche, « une gauche de gauche », pour les municipales.
La liste est le rêve de tout cet espoir soulevé au lendemain du 29 Mai 2005. Composite, on y retrouve toutes les tendances de la gauche, des militants PT jusqu'à ceux de PRG (on admirera la prouesse !), des socialistes de gauche, des communistes, des non encartés. Mais il ne s'agit pas que d'agglomérer des individus, encore faut-il que cela prenne. Et le processus politique est long, la maturation prend du temps et est parfois difficile tant les rancoeurs claniques ont marqué les cultures. Apprendre à se parler dans la confiance, apprendre à se regarder comme frères et non comme alliés de circonstance demandent de réels efforts. On ne chasse pas 80 ans de rupture en un clin d'oeil.
Les militants de longue date savent à quel point les rivalités peuvent rompre tout processus. Le prétexte à dénigrer, enfoncer, rejeter les autres issus d'autres cultures de gauche sont légion. Mais la volonté de bâtir une vraie gauche ensemble est bien réelle. Chacun s'exprime tout en écoutant les autres avec le désir de comprendre, de trouver l'accord et de construire. Ces militants sont exemplaires et leur programme s'édifie, solide, sans équivoques, sur du concret, sur de l'entente.
La première leçon d'Évreux est un message du local (des militants) à l'adresse des instances nationales (des dirigeants) : « Concernant l'union, quant on veut on peut ! »
Lorsque l'on est de gauche, la droite est l'adversaire légitime. Mais lorsque l'on est d'une « gauche de gauche », un autre se déclare : le PS officiel soucieux de ses postes, de sa ligne politique sociale-libérale et d'une alliance avec les militants MODEM qui ne serait finalement pas si mal que cela.
La difficulté majeure a été, comme pendant la campagne contre le TCE, d'expliquer qu'il y a le PS officiel et « la gauche de gauche ». Dans l'esprit des gens, la fracture qui divise la gauche (fracture qui passe au sein du PS) n'est pas bien claire et un véritable travail d'éducation populaire a été nécessaire pour faire prendre conscience de cette réalité : il y a des gens qui « se disent » de gauche, et il y a des gens qui « sont » de gauche.
Le résultat sera à la hauteur des efforts : au premier tour, la liste « gauche rassemblée » a 30% des voix, le PS officiel seulement 15%. Quand on s'adresse au peuple avec un vrai programme de gauche, l'issue est connue d'avance. La liste UMP fait 36 % des voix. Donc sur le papier, la gauche est majoritaire. Mais le PS officiel reste ce qu'il est ! On ne change pas sa nature. Une tractation a lieu, des négociations où se multiplient les exigences et qui n'ont d'autres réels motifs que d'obtenir des postes. La gauche de gauche dit non, son programme restera de gauche et c'est donc une triangulaire qui se profile.
Il faudra attendre le désistement à la dernière minute du PS officiel pour que la gauche de gauche reste seule pour affronter la droite. Au second tour, elle obtient 50% des voix, l'UMP fait moins. La mairie d'Évreux est de gauche.
C'est la seconde leçon d'Évreux : « quand la vraie gauche a un programme solide, clair, précis, sans équivoque, elle gagne. »
Expérience vécue, concrète, forte d'enseignements pour qui à le courage de les voir, la campagne des municipales à Évreux est ce que tout un peuple de gauche attend depuis le 29 Mai 2005. Une union entre des individus volontaires et décidés, une programmatique claire, sans équivoques, et une fracture enfin consommée entre la gauche de gauche, et ceux qui « se déclarent être de gauche ».
C'est la troisième leçon d'Évreux : « La clarté politique est la base de toute victoire à gauche ».
Individus-citoyens, Évreux a été ni plus ni moins que le théâtre miniature des européennes qui nous attendent en 2009. Nous, membres du peuple de gauche, voulons l'union. Nous voulons le front de 2005 parce que nous savons que comme au soir du 29 Mai, nous serons les vainqueurs.
par Guillaume Desguerriers
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