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La Laïcité c'est la République !

Par Évariste

article publié dans la lettre 595

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Dans ce climat d’attaque permanent de la laïcité, ReSPUBLICA a tenu à réaliser un numéro spécial afin d’éclairer le débat et de donner l’accès à plus d’informations. Pour introduire l’ensemble de ces textes, deux nous semblent importants à exposer tant il est indispensable d’ancrer la laïcité dans son contexte : la laïcité comme pièce constitutive du Pacte Républicain et sa place dans l’identité française.

Le Pacte Républicain et la laïcité forment un tout indivisible

Contrairement à l’idée que l’on tente d’imposer aujourd’hui, la laïcité n’est pas un artifice annexe à la République, une loi parmi tant d’autres, un ajout résultant d’un lobbying de politiques minoritaires aujourd’hui obsolètes. Bien au contraire, la laïcité est une construction philosophique et intellectuelle née d’un contexte bien précis : celui d’une République imparfaite dans sa tâche consistant à assurer la paix à tous les citoyens et entre les citoyens. Elle résulte d’une lutte - qui fût parfois violente tant les passions étaient grandes - pour imposer l’idée qu’une religion d’état ne peut garantir la tranquillité et l’égalité dont tout individu-citoyen a besoin pour mener son existence. De fait, nous constatons que la laïcité est un élément clé dans la construction du Pacte Républicain en tan que remplissant sa mission unique et souveraine : la paix.
Car la paix est la pièce centrale. Elle est le fondement de la République, son essence première et incontestable. Défendre la République sans avoir ce but à l’esprit reviendrait à un combat stérile. "La République pour la République", c’est-à-dire une position idéologique digne de n’importe quelle autre orthodoxie aveugle.
Depuis 1789, des individus ont conclu et entamé la construction du Pacte Républicain dans le but d’assurer à tous les contractant - les citoyens - l’assurance de la paix. Or, une société ne saurait vivre en paix sans que les individus qui la composent ne vivent eux-mêmes en paix, les uns avec les autres, et chacun d’entre eux en paix avec dans son existence personnelle et intime. Or, une religion d’état, de par même l’appareil social et politique qu’elle implique, interdit à tous ceux qui ne sacrifient pas aux dogmes dominants le statut égalitaire.
D’où les questions : Comment vivre sa vie en étant minoré ? Comment se concevoir comme citoyen sachant que l’on est seulement toléré ? Comment, en tant qu’individu, se construire une existence équilibrée avec soi-même lorsque l’on sait, et que l’on reçoit de toutes parts, les signaux comme quoi on est inférieur, juste toléré, mis en retrait et accepté par simple bonté ?
C’est parce qu’aucune construction sereine de l’identité individuelle et citoyenne n’est possible dans de telles conditions que le Pacte Républicain a nécessairement évolué vers cette pièce manquante : la laïcité. La paix sociale ne peut se construire, et se fortifier, sur l’inégalité et la frustration d’une partie des individus qui la compose. Tout ou tard, la guerre est le lot de telles incohérences. C’est cette lente - mais décisive ! - prise de conscience qui conduisit de 1789 à la loi de 1905, et ce raisonnement est indispensable à la compréhension de l’évolution du Pacte Républicain.
Notons par ailleurs que la laïcité, depuis son intégration en tant que loi, en 1905, est passée dans les esprits du statut de "loi" au statut de "marque identitaire" ancrée dans le Pacte Républicain. Ce changement de statut, purement symbolique dans les esprits des individus- citoyens, est la preuve que cette loi est plus qu’une simple option. Elle est un indice révélant que la laïcité était, depuis la naissance même de l’idée de Pacte Républicain en 1789, un élément qui serait tôt ou tard incontournable ; une pièce du puzzle qu’il faudrait un jour ou l’autre assembler avec les autres.

L’identité française

C’est au regard de cette problématique et de la constitution du Pacte Républicain que l’identité française est abordable. Là où la laïcité et la constitution de l’individu en tant que citoyen récusent toute identité autre qu’individuelle, la notion de groupe n’existe en France qu’à l’échelle citoyenne. Depuis 1789, la culture de notre pays est viscéralement politique, républicaine et laïque. Là est notre identité. Là est notre signature. Tout au long de notre histoire, la culture de cette identité trouve maints représentants : de Blanqui à Jaurès, de Louise Michel à De Gaulle, tous incarnent cette culture identitaire de la chose publique comme une marque de l’individu qui se reconnaît et s’affirme comme Français. Jusque dans notre tradition insurrectionnelle, nous sommes français. Même les discours que l’on a vu naître au lendemain des émeutes de 2005 affirmaient le désir "d’être dans la République", non d’en sortir. Encore une preuve que l’ancrage républicain et laïque est plus qu’un simple oripeau face aux communautaristes qui alimentent les angoisses existentielles d’individus à l’abandon.

Pour la gauche, la culture de l’identité française est une nécessité car elle répond à une réalité voulue par les individus-citoyens. Déjà aux lendemains de la révolution, la Constitution précisait que tout individu défendant la République, subvenant aux besoins d’un orphelin ou d’un vieillard, et embrassant les idéaux de la République, devenait, de fait, un citoyen français, membre du Pacte Républicain. Acte politique fondateur, d’une puissance symbolique fondamentale, cet article constitutionnel sur l’acquisition de la citoyenneté a gravé dans le marbre notre identité politique. Depuis lors, elle est pour notre pays plus qu’un simple repère individuel, elle est un atout, une force, une marque de fabrique.

Le courant de la gauche

Deux courants politiques traversent la France depuis plus de deux siècles : l’un révolutionnaire et progressiste, humaniste au sens de l’ouverture sur le monde, porteur des Lumières et d’une vision universaliste de la condition humaine, porteur des savoirs et constructeur de la paix pour tous. Ce courant éthique et culturel a façonné la laïcité.
Il est si puissant que depuis des années, il existe également des courants parmi les croyants de notre pays qui sont de grands défenseurs de la laïcité et qui s’opposent aux positions officielles de leurs propres églises des voies où leur religion doit évoluer pour intégrer la laïcité. Ces positions révolutionnaires de croyants (comparables au bouleversement qu’a été le passage du polythéisme au monothéisme) sont la preuve que la laïcité est une composante de notre identité et de notre culture, et que cette identité va jusqu’à travailler les croyances.

L’autre est un courant contre-révolutionnaire et réactionnaire, porteur de la division de la population humaine (y compris en France où il place d’un côté les "bons français", de l’autre ceux qui ne sont pas " français " même s’ils vivent et travaillent sur ce sol). Ce courant distille un discours qui engage la France sur le chemin de la déshumanisation, de la déstructuration de son tissu, de sa culture, de sa tradition, sous prétexte de la "préserver" d’un danger. Le pétainisme fut la dernière incarnation de cette politique de trahison de la France de 1789, proposant le pacte avec les nazis pour soi disant sauver la France. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy, sous prétexte de préserver la France, l’enfonce dans le libéralisme le plus sauvage, segmente notre société, brise le Pacte Républicain et attaque la laïcité. Sarkozy est l’incarnation de ce courant revanchard contre juin 36 ou mai 68 qui traverse l’histoire de France et face auquel nous devons opposer une résistance à toutes les échelles, du collectif des grandes actions jusqu’à l’individu dans les positions qui guident sa vie personnelle. Notre culture et notre identité est porteuse de cette composante laïque et politique. Le peuple de gauche doit être le porteur de cet idéal.

par Évariste
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