Lutter contre le néo-libéralisme
Par Lacaze
Mercredi 8 octobre 2008
article publié dans la lettre 600
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A l’heure où nous bouclons ce numéro de Respublica, voilà le monde de nouveau suspendu à la « dictature du court terme ». Cette fois, il ne s’agit pas du taux de rentabilité qu’un fond de pension impose à une entreprise, mais d’éteindre l’incendie qui s’est propagé au système bancaire: si les autorités politiques et les banques centrales ne réussissent à enrayer la « crise de liquidités » dans les jours à venir, le risque d’un basculement vers un scénario de type 1929 existe. Avec des entreprises contraintes de mettre la clé sous la porte parce qu’elles n’ont plus de trésorerie, et toutes les conséquences au niveau social.
Quels que soient la tournure que prendront les évènements et le degré de récession qui nous attend, rien n’exonérera dans les semaines et les mois à venir d’une réflexion sur le fond du système. Car ce qui se déroule sous nos yeux ne peut être considéré comme un simple épisode de dérive spéculative, ou comme une phase basse, naturelle, du cycle économique... Cette fois, c’est bien un type de capitalisme, un « mode de régulation » qui est en train d’exploser, comme l’analyse entre autres l’économiste Jacques Sapir.
On a beaucoup parlé de la dérèglementation du système bancaire et financier pour caractériser le néo-libéralisme. Une autre donnée importante de ce modèle, au niveau mondial, est la compression des salaires, corollaire d’une fiscalité favorable aux profits et aux revenus de la rente financière. Le transfert en 25 ans de dix points de PIB des salaires vers le capital est là pour en attester.
Comment maintenir son niveau de vie si les salaires sont moindres ? Par l’endettement. C’est là que les fameux subprimes interviennent. Ces crédits hypothécaires sont destinés aux familles américaines déjà surendettées ou qui n’ont pas d’apport personnel. Transformés en titres, ils sont diffusés à l’ensemble du système bancaire mondial, sans que personne ne sache très bien où et dans quelles proportions exactes. Le jour où les ménages américains concernés ne peuvent plus rembourser leurs emprunts, ces titres perdent de leur valeur. Mais il est trop tard. L’infection est généralisée.
Pour refonder un nouveau système économique, il ne suffira donc pas simplement d’interdire les crédits hypothécaires et tous les crédits basés sur l’abus de confiance des gens. Il faudra travailler en profondeur, à savoir sur la répartition capital/travail, pour revenir à un équilibre favorable aux salaires et à l’investissement, plutôt qu’aux actionnaires. La seule force des syndicats n’y suffira pas. Il faudra une gauche avec une vision macro-économique forte, capable de convaincre ses partenaires européens de la pertinence d’un modèle qui limite les inégalités de revenus. Une gauche suffisamment armée intellectuellement pour résister aux arguments fallacieux du monde de la finance. Une gauche qui a pour source d’inspiration le New Deal de Roosevelt plutôt que le code éthique du Medef version Laurence Parisot. Une gauche qui a pour ambition de rapatrier ces dix points de PIB du capital vers le travail. Ce qui signifie, dans le modèle français en particulier, plus de cotisations pour la protection sociale, assurance-maladie, retraites par répartition…
Ce modèle romprait avec la croissance basée sur l’endettement excessif des ménages. Quant au financement des entreprises, c’est un enjeu bien trop important pour qu’il soit soumis aux états d’âmes des boursicoteurs moutonniers. L’Etat, qui semble devoir reprendre une large part dans la capitalisation des banques en perdition, aura un rôle primordial sur ce point. Comme sur beaucoup d’autres.
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