Lutter contre le néo-libéralisme
Par Alexis Secondat
Mercredi 8 octobre 2008
article publié dans la lettre 600
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Assurément, ce qu’il est convenu d’appeler la « crise », aura des conséquences lourdes sur les citoyens et leurs familles, et pour cela, l’heure n’est pas à la réjouissance. Pourtant, non seulement l’effondrement du système était prévisible (et on ne pourra pas reprocher à Respublica d’avoir manqué de clairvoyance), mais on peut estimer qu’il arrive à point nommé.
Cette crise n’en est pas vraiment une. Elle n’est que l’aboutissement logique et inéluctable d’un système qui bientôt apparaitra à tous comme une aberration historique, fruit d’une domination culturelle et d’une aliénation des corps intermédiaires permises par les renoncements et la collaboration de la gauche. Comment aurait-il pu en être autrement ? Comment une économie basée essentiellement sur du fictif (les actifs financiers étaient valorisés à quatre fois le PIB mondial) et dont la seule finalité est le sur-enrichissement d’une minorité richissime pouvait-elle perdurer dans une fuite en avant qui la déconnectait de plus en plus de toute réalité et semait toujours plus de misère et de dégradations, en refusant toute régulation, en délaissant tout objectif humaniste, et en s’attachant une classe politique docile et servile ? Comment un système qui dans les pays anglo-saxons reposait sur une augmentation du pouvoir d’achat par un recours massif au crédit, lui-même financé par les montagnes de cash accumulées par quelques pays émergents au premier rang desquels figure la Chine, le tout pour consommer des produits fabriqués dans ces mêmes pays, pouvait-il se perpétuer ?
Cette aberration totale qui a entraîné toute l’humanité dans une course folle pour engraisser quelques uns et plonger une forte minorité dans la misère est en train de prendre fin sous nos yeux. Au regard de la richesse de ceux qui ont contrôlé ce système ces trente dernières années, nous sommes tous pauvres. On est pauvre que parce qu’il y a plus riche que nous, et cela pose problème à beaucoup parce que les riches imposent leur modèle comme un idéal. Le vrai problème n’est pas cette pauvreté. Le vrai problème, c’est la misère. La misère, c’est l’impossibilité de satisfaire ses besoins élémentaires et essentiels. Et la misère, nous la voyons tous progresser autour de nous, comme nous avons assisté à la progression de l’épidémie du sida il y a vingt ans. En détruisant méticuleusement les instruments de solidarité, en se nourrissant de précarité et de misère, en saccageant l’environnement, le néolibéralisme s’est rendu coupable de crime contre l’humanité.
Où en sommes-nous ? Le système néolibéral va tenter d’éviter l’effondrement en mettant à contribution les classes moyennes et en laissant définitivement tomber tous ceux qu’il a précarisé. Mais les classes moyennes sont désormais elles aussi victimes des politiques néolibérales et sont fragilisées. Mais comme « les caisses sont vides », on peut parier que de nouvelles taxes vont apparaître et que ces taxes concerneront l’épargne. Or l’épargne s’est orientée en grande partie vers des supports qui reposent sur les bulles spéculatives, c’est-à-dire sur du fictif. Imposer du fictif ne pourra à terme que précipiter l’effondrement définitif du système.
Dès lors, soit la gauche relève la tête et propose un projet alternatif qui tourne le dos au capitalisme financier, centré sur des nouvelles solidarités avec des objectifs sociaux et environnementaux, et axé sur la satisfaction des besoins des classes moyennes et des classes populaires, soit nous allons assister à une remontée rapide de l’extrême droite, avec son populisme pour hameçonner le peuple, et son autoritarisme pour apprivoiser les peurs.
Résumons : le néolibéralisme s’effondre après avoir semé la désolation sociale et environnementale, et il va tenter de survivre en mettant à contribution des classes moyennes fragilisées, en s’appuyant sur un appareil politique à sa solde avec la gauche qui joue aux abonnés absents et l’extrême droite en embuscade (qui sait mieux que quiconque que la situation lui est potentiellement favorable), le tout avec une vacance de pouvoir aux États-Unis (une grande partie de l’administration a déjà quitté le navire).
Après ce qui précède, affirmer que cette crise « tombe bien » peut apparaitre provocateur et choquer. Pourtant c’est un pas qu’il faut franchir, tant il y avait urgence à redéfinir notre modèle économique et nos modes de vie. Ce n’est pas être adepte de la politique de la terre brûlée que d’affirmer que l’urgence sociale et l’urgence environnementale imposaient un coup d’arrêt à la fuite en avant du néolibéralisme. Et la fin du néolibéralisme ne peut prendre que trois visages : soit l’humanité est précipitée dans la barbarie, soit un pouvoir autoritaire nous plonge dans une société de frustrations, de contraintes et de limitations des libertés, soit la gauche prend enfin conscience de sa responsabilité de définir un projet de rupture qui permet une sortie par une voie civilisée et démocratique, ce qui passera obligatoirement par la définition d’une nouvelle éthique de vie visant la recherche du bonheur et non du profit, en privilégiant l’« être » sur l’« avoir ».
par Alexis Secondat
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