Le dernier numéro 604

Chronique d'Evariste

Politique française

Entretiens

Laïcité

Combat féministe

Travail de mémoire

Courrier des lecteurs

Voir tous les numéros

Articles

Chronique d'Evariste

600ième numéro de Respublica: la fin du libéralisme

Par Évariste

article publié dans la lettre 600

Lien permanent vers cet article

« En tant que rédacteur en chef, en ce début d’année, j’aurais pu écrire une fois de plus sur la politique désastreuse de notre pays. Mais pour ce premier numéro de l’année 2008, j’ai eu envie de vous écrire que nous allons vivre une époque extraordinaire, car elle sera celle du changement. Le monde de notre enfance s’en va. Il est éteint. Bientôt il ne sera plus que des lignes dans les livres d’histoire des écoles primaires, des noms de rues pour lesquels les enfants interrogeront leurs aînés, de vieux souvenirs partagés au coin d’un feu. Notre monde s’en va, et c’est un autre qui s’ouvre à notre regard. Ce monde est vierge. Il est neuf ; à peine foulé par ceux qui ont été les plus prompts à se l’approprier. » Ainsi commençait l’éditorial n°574 du 11 janvier 2008, le premier de cette année 2008. Et soyons honnête, il était d’une clairvoyance qui dépasse de très haut l’auteur de ces lignes...

Nous vivons la fin d’un monde

Ce 600ième numéro de Respublica marque le début d’une crise ; de « LA » crise. De celle qui va emporter le libéralisme, et notre monde avec lui. En 1929, la crise avait terrassé un système économique, plongeant le monde dans le chaos que l’on sait et préfigurant une seconde guerre mondiale que le traité de Versailles avait inscrite dans le fil de l’Histoire dès 1919. La nouvelle politique économique de Franklin Roosevelt (le fameux « New Deal ») avait sorti les occidentaux de la crise et installé un régime économique qui allait survivre à la grande guerre et perdurer jusqu’au début des années 80, date du virage économique vers le libéralisme anglo-saxon. Thatcher en Angleterre, puis Reagan aux États-Unis d’Amérique colportent alors sur la totalité de la planète l’ultra-libéralisme des think-tanks néoconservateurs. Économiquement, ce libéralisme anglo-saxon n’est pas une rupture avec le capitalisme, il en est simplement le prolongement poussé à l’extrême : extrême voracité, extrême psychose de la possession, extrême névrose de gagner toujours plus.

Mais pour qu’un tel système économique se propage, il lui faut une base éthique, une assise culturelle forte, une réalité factuelle à laquelle l’ancienne gauche, dominée par la super structure socio-économique, s’est toujours refusée de voir. Le libéralisme anglo-saxon martèle donc ses valeurs à travers le monde : peur et méfiance d’autrui, possession comme but de l’existence, égoïsme comme pensée de l’individualisme, socle religieux comme référent du savoir, et le sécuritaire pour seul horizon de la société. Plus que jamais, la vérité profonde de l’individu libéral ne se trouve pas dans un manuel d’économie, mais bien sur le divan du psychologue qui met à jour toute la névrose de celui qui ne se définit que par la peur, la possession et le gain monétaire compulsif. Aujourd’hui, cette culture et cette éthique de vie ont mené le monde au bord du gouffre et ont fait faire un dernier pas en avant : celui de la chute.
Et cette chute va être dure ! Elle va bouleverser l’ordre économique mondial, amener une crise sans précédent depuis 192 car elle concerne le monde entier tel qu’il a été construit depuis 1932. 45 000 milliards de dollars pour les produits liés aux créances douteuses : même le figaro reconnaît l’ampleur du désastre. Déjà dans un précédent éditorial (n°572 fin décembre 2007), Respublica expliquait l’ampleur de la crise et son inéluctabilité... nous y sommes. Dans les médias, seuls les spécialistes bon ton et les politiciens s’interrogent, évitant d’expliquer véritablement ce qui arrive. Peur de la panique, impossibilité à réaliser que leurs idées les ont menés au gouffre... qu’importe ! Les faits sont là, et rien ne pourra plus empêcher l’effondrement.

Vers un autre monde !

Alors quel message faire passer ? Un éditorial de Respublica serait bien étrange s’il invitait à la misère et au découragement. Ce 600ième éditorial rappellera donc que depuis des années nous militons pour que le règne de l’ultra-libéralisme cesse, pour que nous puissions changer ce monde et nos vies. Et il faut croire que le monde change radicalement par des crises comme celle qui arrive. Vérité terrifiante... peut être. Mais face à ce qui nous attends, comprenons que cette crise est la porte du monde de demain. Plusieurs fois, nous avons parlé de la nécessité du deuil, de la nécessité de tourner une page pour qu’un autre monde soit concevable. Cette crise est une page qui se tourne. Une page de l’histoire avec un grand «  H  », car dans deux ou trois ans, notre monde sera radicalement différent de ce qu’il est aujourd’hui, fin 2008.

« Capitalisme d’État sécuritaire » contre « économie en réseau »

Notre système économique s’effondre et il ne survivra pas. Face à nous, l’opportunité unique de changer de fonctionnement se profile, il ne faudra donc pas laisser passer cette chance. Le libéralisme anglo-saxon est mort, et une alternative s’offre désormais à nous : soit un « capitalisme d’État » héritant de la culture sécuritaire du précédent régime ; soit un mode économique plus ouvert où le rôle de chaque individu est renforcé dans une « économie en réseau ».

Le capitalisme d’État est cette forme de régime où l’Etat prend le contrôle de l’appareil économique pour diriger un pays. Nul doute à avoir que cette ligne – bonapartiste – est celle qu’est en train d’épouser Nicolas Sarkozy. Il y a un an, cet homme tentait d’introduire les fameux prêts subprime en France et voulait privatiser la Poste ; aujourd’hui il renfloue la banque Dexia en la nationalisant avec les deniers des individus-citoyens. Pantin de l’Histoire, l’homme de l’Élysée est avant tout un être vulgaire car ne possédant aucune vision historique.
Mais si le capitalisme d’Etat est un changement radical à la tête du décideur économique, l’héritage du libéralisme anglo-saxon dans la culture sociale est, lui, toujours présent. Et un capitalisme d’État signifie l’accélération de la mise en place du régime sécuritaire, autoritaire, liberticide et policier. Le pétainisme d’un Sarkozy poursuivra donc sa dégradation de la justice, sa propagande normative sur les individus, sa culture de la division des citoyens, sa répression contre les plus faibles et l’éviction de quiconque tentera d’affirmer une individualité souveraine. Sarkozy tient le levier sécuritaire, dans un capitalisme l’État il tiendra également le levier économique...

Face à ce modèle de société, une alternative se profile dans un monde tourné vers « l’économie en réseau ». Échanges et dons, ventes et prêts, communications et informations, durant ces dernières années les réseaux ont permis l’atomisation des producteurs et des receveurs. Impossible de nier que les échanges entre les individus prennent de plus en plus d’indépendance vis à vis des chemins contrôlés par les entreprises et par l’État. Le développement de ces échanges est tel que la voie judiciaire et la législation de bridage des échanges sont désormais des priorités pour les entreprises. Exemple emblématique, internet fût à n’en pas douter le moteur de cette révolution et l’efficacité de ce mode d’économie parallèle révéla toute sa puissance de feu en 2005 lors de la campagne contre le TCE. Ignoré et minoré jusque là, l’échange d’informations par le réseau fût l’arme de la victoire populaire.
Dans une économie en réseau, une part très importante des échanges se fera via internet (ou autres) ; chaque individu étant à la fois échangeur, producteur et consommateur de biens, d’énergie, de produits, d’informations. Monde angélique ? ! Ne rêvons pas trop, car les réseaux seront certainement possédés par les grandes firmes de ce secteur (le géant Google en tête). Mais à n’en pas douter, à l’inverse du capitalisme d’Etat bridant et normalisant les individus à la tache, l’économie en réseau vit des échanges, donc de la production, donc de la liberté dont dispose les individus pour être créatifs. Une marge de manœuvre plus grande s’y trouve donc.

Enfin, cette crise pose la nécessité de clairement définir une séparation économique entre ce qui relève de l’intérêt général (sphère publique) et ce qui relève de l’intérêt privé (société civile). La crise du capitalisme met ce fait en évidence, nous avons grand besoin d’une théorie claire de séparation pour asseoir une forme de régulation économique. De fait, nous avons à forger un nouveau concept pour le monde de demain : celui de la « laïcité économique ».

par Évariste
Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org
voir tous ses articles

Lettre d'information

Agenda

samedi 22 novembre 2008, 17:30

QUICK MONEY - photographies d'Elisabeth Cosimi

Confluences
190 Bd de Charonne 75020 Paris
M° Alexandre Dumas
Entrée: 3 euros
En savoir plus...

samedi 29 novembre 2008, 15:00

Meeting de lancement du Parti de Gauche

À L’ILE-SAINT-DENIS
Centre sportif Ile-des-Vannes
(métro mairie de Saint-Ouen)
En savoir plus...

mardi 9 décembre 2008, 20:00

« La séparation des Eglises et de l’Etat aujourd’hui »

Amphithéâtre DONZELOT,
Faculté des Lettres
Besançon
En savoir plus...

mercredi 17 décembre 2008, 20:00

RESISTER ET AGIR !

Centre Culturel Jacques Franck
Chaussée de Waterloo 94
1060 Saint-Gilles
En savoir plus...

Voir toutes les dates



Dossiers

Nous mettons à votre disposition des "dossiers" regroupant les différents articles parus sur plusieurs numéros sur un même sujet. Déjà en ligne:


L'affaire du voile dans le gîte des vosges,

ou l'affaire dite "Fanny Truchelut" du nom de sa propriétaire, dernier article paru: Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky, Par Marie Perret, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler Voir le dossier...

Soutien à Robert Redeker

La collection d'articles parus dans ReSPUBLICA autour du soutien à Robert Redeker Voir le dossier...

L'urgence énergétique

Série d'articles sur la question énergétique
Voir le dossier...

Voir tous les dossiers