Lutter contre le néo-libéralisme
Par Guillaume Desguerriers
Jeudi 9 octobre 2008
article publié dans la lettre 600
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Le fonctionnement du monde n’est pas un long fleuve tranquille. N’en déplaise aux restes de monothéisme encore frénétiquement encastrés dans nos outils de pensée : l’évolution du monde n’est pas continue, progressive, fluide, lente et harmonieuse. Les traditions orientales ont sur ce point quelques siècles d’avance : quand le XIXième siècle européen parle du « sens de l’Histoire », cela faisait bien longtemps que le mouvement cyclique du temps avait été proposé par les sages orientaux.
En effet, nul besoin de se faire bonze (ou « bonzesse » !) pour constater que toute évolution se fait par une succession de zone calme entrecoupées de révolutions (physiques ou conceptuelles), de période de bouillonnements et de fractures parfois fort brutales. Et que périodiquement ces crises surviennent. La crise des années 1930 a enterré un système économique à bout de souffle, et cette même logique de « remise à l’heure de la dette » – que Karl Polanyi décrit si bien – est à l’œuvre aujourd’hui. Notre monde économique est né de la crise des années 1930. il va s’éteindre dans une nouvelle. Pour donner... ? Et telle est justement la question !
Une crise est une période de remise en cause profonde, de brassage, de perte de repères. Parce que ce déséquilibre global traverse toute la société et les individus, alors ce qui était « établi », « sûr », « définitif » et « normal », « évident » ou « universel » ne l’est tout simplement plus. Parce que les grandes tables sont ébranlées (voire s’écroulent...), de nouvelles idées jusque là écrasées, minorées, oubliées ou simplement en gestation, peuvent remonter à la surface, éclore, se diffuser, se développer et occuper une place dans le débat citoyen ; une place qu’elles n’auraient jamais pu avoir si la crise n’avait pas cassé la chape de plomb de la normalité et de la conformité (il suffit d’écouter les média dominants...). Aujourd’hui, nous pouvons proposer la fin du libéralisme ! Une idée encore impossible à soutenir il y a seulement 5 ans. Aujourd’hui, des révolutions conceptuelles concernant ce qu’est un individu, le Pacte Républicain et la souveraineté, le progrès, le bien-être et le bonheur, sont possibles et nous devons les mettre en mouvement.
De fait, la première leçon d’une crise est que les individus doivent se réapproprier le discours, la formation politique, l’éthique et la culture. Ceux qui sont dans les groupes sociaux tenus à l’écart de la culture (parce que le pouvoir en place les avait mis à l’écart) doivent sortir de leur isolement, réclamer la culture, le droit à la parole et à la création. Et ceux qui sont dans les bibliothèques doivent sortir des papiers et aller au devant des autres apporter ce que les livres leur ont appris. Ceux-là doivent se souvenir d’un Pierre Bourdieu sortant dans la rue pour les grèves de 1995. Il y a un temps pour tout. Et dans l’échange, les uns recevront les fondations du savoir, les autres l’énergie d’inventer.
Une crise est un arrêt dans la vie d’une personne : elle nécessite de stopper les affaires courantes, de rediriger ses forces, son temps et son énergie vers d’autres activités. D’une phase d’accumulation et de préparation, on entre dans une phase de dépense et de consumation. C’est le temps de l’épreuve, la même que l’alpiniste qui se prépare pendant des années et un jour décide qu’il doit utiliser tout ce qu’il sait pour gravir le sommet. Refuser cette phase dans nos vies, refuser la logique de crise, c’est n’avoir acquis pour rien.
De fait, le bouillonnement d’idées de Mai 68 doit nous inspirer... Alors l’individu redevient individu-citoyen ; alors la culture de « l’individualisme-égoïste » est contrecarré par celle de « l’individualisme-républicain » qui est la base fondamentale de notre construction politique. La crise qui nous arrive est l’opportunité de révolutionner le mouvement social, d’éduquer les masses et les élites intellectuelles, de construire du politique et de l’individu.
par Guillaume Desguerriers
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