Chronique d'Evariste
Par Évariste
Vendredi 6 avril 2007
article publié dans la lettre 526
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On peut se faire une idée somme toute assez juste de Sarkozy en épinglant deux traits : Sarkozy est d'abord un aventurier, c'est-à-dire un homme sans principe. Il va où souffle le vent, il adopte un discours à géométrie variable, il est prêt à retourner sa veste à la moindre occasion. Mais Sarkozy est aussi une redoutable machine politique : il est doté d'un excellent radar pour capter l'opinion. Sa dernière reculade l'atteste. Après avoir répété à l'envi qu'il fallait " toiletter " la loi de 1905, après avoir affirmé que l'Etat devait garantir l'égalité des religions en incitant les municipalités à subventionner les cultes, après avoir confié à Machelon la mission de donner une traduction juridique à ses propositions, Sarkozy recule. Dans une interview accordée hier au journal La Croix (mercredi 4 avril 2007), le candidat UMP se prononce contre la modification de la loi de 1905. A la question " Vous renoncez donc à modifier la loi de 1905 ? ", Sarkozy répond : " Oui ". Et pour faire bonne mesure : " Je poursuivrai la discussion avec l'ensemble des religions. C'est un sujet sur lequel on ne peut avancer sans consensus ". Sarkozy est devenu plus royaliste que le roi : voilà qu'il qualifie la loi de 1905 de " monument " !

Cette décision est, bien sûr, purement opportuniste. Sarkozy n'est pas devenu Jaurès en une nuit. Il suffit, pour s'en rendre compte, de lire la suite de l'interview : Sarkozy prône le dialogue des grandes religions avec l'Etat -comme si les religions pouvaient être les interlocuteurs d'un Etat républicain qui ne connaît, par définition, que les citoyens ; Sarkozy, avec des accents marxistes, " souhaite que la République soit une République des droits réels et pas virtuels " -comme si le droit d'exercer le culte de son choix, droit garanti par la Constitution, était un droit-créance : la liberté de culte est et doit rester un droit-liberté, c''est-à-dire un droit de, qui fait limite à la puissance publique ; il ne saurait être un droit-créance, un droit à, qui, à l'instar du droit à l'instruction ou du droit à la sécurité sociale, obligerait la puissance publique. Et Sarkozy de secouer sa marotte préférée : les religions, c'est l'espérance. Face à la montée de la violence dans les banlieues, quoi de plus salutaire que les discours des pasteurs, des prêtres, des imams et des rabbins ! Devant la commission Stasi, Sarkozy avait déjà déploré que ces " lieux de lumière " que sont les lieux de cultes soient " devenus bien rares ". Comme si les " jeunes " des quartiers avaient davantage besoin des " lumières " de la révélation et de la foi que de celles de la raison et de l'instruction. Comme si les prêches pouvaient se substituer à la loi républicaine. Comme si les églises pouvaient remplacer les services publics. Comme si la charité était la même chose que la solidarité. Mais le meilleur est pour la fin : Sarkozy, nouveau chantre de l'identité nationale, félicite Mitterrand d'avoir compris que " la France, c'est deux mille ans de chrétienté, intégrés à la morale laïque ". Quelle bonne idée, en effet, d'avoir fait figurer " sur son affiche de campagne une église ". Comme si la République, c 'était la France des clochers, des campagnes, des terroirs ! Après Marx et la critique des droits formels, c'est l'ombre de Maurras et de la France réelle qui passe sur l'interview. Comme défenseur de la laïcité et du modèle républicain, Sarkozy peut mieux faire ! Tiens ! Je lui conseille la lecture décoiffante du dernier livre de Catherine Kintzler (Qu'est-ce que la laïcité ? Paris, Vrin 2007).
Pendant que les laïques se réjouissent de la reculade de Sarkozy, Matthieu Grimpret se désespère sur le site oumma.com. Qu'il était heureux, le temps où Sarkozy était " prêt à faire beaucoup pour les croyants, pour qu'émerge enfin dans ce pays une laïcité bienveillante à l'égard des religions -toutes les religions ". Qu'il était chouette, le Sarkozy qui tendait la main à l'UOIF ! Qu'est-il devenu cet homme politique original, " qui semblait prêt à ouvrir les yeux et à mettre son énergie, son habileté, son intelligence au service d'une politique inventive " ? Mathieu Grimpret connaît la réponse : ce Sarkozy-là a été victime de " l'influence du mauvais génie de la droite française, le laïciste Henri Guaino ". Je suis sûr que Mathieu Grimpret prépare l'exorcisme.
Je vais sans doute le désespérer encore un peu plus : si Sarkozy s'est rangé à l'avis de Guaino, ce n'est pas parce qu'il est sous l'emprise d'un gourou. Ce serait bien mal connaître les machines politiques. Si Sarkozy a engagé Henri Guaino, c'est parce qu'il a compris ce que Chirac avait compris en 1995 : à savoir que pour remporter les élections, il faut endosser le rôle du défenseur du modèle républicain. Voilà la vérité de la reculade de Sarkozy : il ne sait que trop l'attachement des français à la République laïque et sociale. Cet attachement a d'ailleurs quelque chose d'étrange et d'un peu émouvant : les principaux médias, les élites -intellectuelles, politiques, économiques- participent, depuis 30 ans, à la déconstruction du modèle républicain. Et pourtant, rien n'y fait : les français ne veulent pas le lâcher, ce modèle que tous s'entendent à ringardiser.
Je vais donc boire un verre à la santé de Sarkozy, qui a été un bon entendeur, et qui mérite donc un salut. Qu'il sache néanmoins qu'il ne dupera ni Evariste, ni aucun défenseur de la laïcité. Car Nicolas Sarkozy a encore bien des efforts à faire pour être républicain.
par Évariste
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lundi 7 juillet 2008, 17:30
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