Elections
Par Pascal Basse
Vendredi 11 mai 2007
article publié dans la lettre 536
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La gauche confirme et amplifie en Outre-mer une progression entamée dès le second septennat de François Mitterrand: 17 000 voix d'avance sur la droite aux legislatives de 1997, 25 000 au premier tour de la présidentielle de 2002, 60 000 au premier tour de la présidentielle de 2002, près de 120 000 au second tour sur la candidature de Ségolène Royal. Notre candidate recueille 55.57 % des voix de l'Outre-mer, avec près de 11 points d'avance sur Nicolas Sarkozy (44.43 %), elle est en tête dans 5 territoires sur 9.
Nicolas Sarkozy arrive en tête dans 4 territoires Nouvelle-Calédonie (62.89 %), Guyane, Polynésie française (51.89) et Wallis et Futuna (50.17), sérieusement accroché par Ségolène Royal dans les 2 derniers (48.11 % en Polynésie française (Jospin y pesait 25.9 % des voix en 95) et 49.83 % à Wallis et Futuna). Celle-ci réalise une remarquable performance à la Réunion (63.58%), à Saint Pierre et Miquelon (60.86 %), en Martinique (60.52 %), et à Mayotte (59.78 %). Elle l'emporte de façon plus sérrée en Guedeloupe (50.83 %).
L'avance sur l'ensemble de l'Outre-mer s'explique déja par le fait que notre candidate l'ait emporté dans les espaces les plus peuplés (Réunion, Guadeloupe et Martinique).Le score obtenu aux Antilles doit beaucoup à l'investissement sur le terrain (préparation des législatives oblige )des principaux leaders des partis progressistes locaux (notamment le PPM martiniquais, appuyé par la figure emblématique d'Aimée Césaire) et à la portée de la propagande antisarkozyste relayé par des personalités comme Lilian Thuram... Les mauvais reports de voix de l'UDF vers l'UMP en Martinique, la capacité de la gauche guadeloupéenne à mobiliser sur les thèmes de l'immigration, du chômage, de la vie chère et du pseudo racisme de Sarkozy ont fait le reste. Même constat à la Réunion, auquel il faut ajouter des circonstances liées au contexte politique particulier :
Parmi les DOM, seule la Guyane retrouve des scores similaires à la moyenne nationale. La campagne s'est essentiellement déroulée sur les thèmatiques de l'immigration clandestine, de l'insécurité et de l'emploi.La gauche, a bien résisté (46.92 %), mettant notamment notre candidate en tête dans la ville du ministre du tourisme et maire UMP Léon Bertrand.
La collectivité départementale de Mayotte a crée la surprise en votant pour la première fois à gauche, et à 59.78 % (Ségolène y réalise 27.93 % au premier tour ); Dans un contexte de transition statutaire (perpective de départementalisation pour 2010 ), ce score peut être interprété comme un vote sanction contre le ténor de la droite locale, le député UMP Mansour Kamardine, accusé de ne pas faire suffisamment avancer le dossier mahorais. La récente grève des enseignants réclamant l'indexation des salaires et leur intégration compléte dans la fonction publique a joué sur l'issue du scrutin.
Dans les POM (Pays d'Outre-mer : Nouvelle-Calédonie et Polynésie française), historiquement gaullistes, la gauche a pu combler une partie de son handicap en ralliant à sa candidature les partis indépendantistes. Les scores obtenus reflètent le clivage indépendantistes/ autonomistes partisans du maintien au sein de la République. On notera pourtant la permanence d'un fort niveau d'abstention (plus de 65 %) dans les provinces majoritairement indépendantistes du nord et des îles de la Nouvelle Calédonie où Ségolène réalise respectivement 71 et 79,7 % des voix.
Nicolas Sarkozy a bénéficié en Nouvelle-Calédonie d'un bon report des voix de l'UDF et de l'UMP. Les provinces de Nouméa et du Sud lui accordent 78 et 76% des suffrages. Il est à noter que les 11 403 futures victimes du gel électoral, concentrées pour l'essentiel au sud et dans l'agglomération de Nouméa ( 80% pour Sarkozy ) n'ont pas sanctionné la droite mais ont au contraire voté contre la gauche à l'initiative du projet limitant le droit de vote aux élections provinciales aux seuls citoyens pouvant faire la preuve d'au moins 10 années de présence sur le territoire calédonien.
Décalage horaire oblige, pour la première fois, une grande partie de l'Outre-mer votait 24 heures avant la métropole ( sauf Nouvelle-Calédonie, Réunion, Mayotte ). La non-communication des résultats de métropole a eu des incidences sur la participation (20 % de plus qu'en 2002 ) et sur les choix des électeurs (on se souvient de la démotivation de l'électorat socialiste aux Antilles après l'annonce de la non-qualification de Jospin pour le second tour ). La gauche y poursuit sa conquête des espaces ultramarins d'autant plus aisément que l'électorat droitier de ces vielles terres gaullistes, longtemps tenues par une droite assimilationniste et sociale et dont l'héritage a jusqu'à présent été maintenu par Jacques Chirac et les réseaux qu'il y avait mis en place (en déclin aujourd'hui comme le système Flosse en Polynésie...), accepte difficilement la transition libérale et l'assouplissement des relations avec la métropole (accentuation de l'autonomie, risque d'évolution vers l'indépendance...). Compte tenu du niveau de développement économique, des retards sociaux et des effets négatifs de la mondialisation sur des économies longtemps protégées, la gauche possède encore en Outre-mer d'importantes marges de progression.
par Pascal Basse
Saint-Pierre, Ile de la Réunion
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