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Extrême-droite islamiste

Pour François Burgat, l’islamisme est « une régression féconde » (IIIe partie)

Par Hakim Arabdiou

article publié dans la lettre 537

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La violence des islamistes : peut-être responsables, mais sûrement pas coupables, selon Burgat

Dans un débat organisé par le magazine l’Express, entre la journaliste et spécialiste du fondamentalisme, Caroline Fourest, et François Burgat, la première n’a pas manqué d’interpeller le second au sujet de ses positions sur le terrorisme du FIS en Algérie. « Dans tous vos écrits, lui avait-elle reproché, vous avez soutenu le Front islamique du salut. Les massacres, selon vous, étaient uniquement imputables à l’armée et au gouvernement. Autrement dit, les islamistes seraient de doux agneaux… », et le fait aussi qu’il ait mis toute « son énergie à dénoncer le complot de l’armée (algérienne) ne sert qu’à une chose : disculper les intégristes de leurs crimes… ». Elle avait un peu plus tôt défini l’islamisme, comme un « mouvement politique qui instrumentalise la religion à des fins liberticides et réactionnaires. »

Voici la réponse du mis en cause. « Nous serions d’accord (…) si vous évoquiez la composante « salafiste », c’est-à-dire la frange sectaire du courant islamiste, et non pas sa totalité. (…) Elle existe. Je la dénonce et je la combats comme vous. »

Voyons maintenant comment François Burgat « dénonce » et « combat » cette tendance de l’islamisme. D’abord, il omet volontairement de porter à notre connaissance que le FIS et ses nombreuses bandes armées sont des salafistes, pure jus. Ensuite, il absout ces mêmes salafistes de leurs longues listes d’atrocités en Algérie : égorger des citoyens, enfourner des bébés, faire exploser des voitures piégés devant les marchés et les lieux populeux, transformer dans les maquis les sabayas (les captives) en esclaves du travail le jour et en esclaves sexuels le soir pour tous les membres du groupe, violer ou sodomiser une femme parfois devant son mari ou ses enfants, avant de la découper, etc. Il fait également endosser la « …responsabilité massive, systématique (c’est moi qui souligne, H.A) de l’armée algérienne dans les massacres qu’elle a attribués aux islamistes ? »

Notre chercheur ne se contente pas de blanchir, comme neige, a posteriori les assassins se réclamant de l’islam politique. Il excuse aussi a priori leurs crimes, en les présentant, comme des victimes. Leur violence ? Elle n’est que le fruit de l’oppression passée et présente du colonialisme, du néocolonialisme et de l’impérialisme qui sont de « véritables machines qui fabriquent des poseurs de bombes » et à « produire de la violence politique ». Malgré cela, les « salafistes » qu’il dit « dénoncer » et « combattre » ne seraient pas passé à l’acte, s’ils n’ont pas été forcés à dessein de se « radicaliser », et s’il ne s’était pas agi de « manipulations, souvent massives, des franges extrémistes de l’opposition islamiste » de la part des régimes musulmans.

Par dépit que les islamistes aient échoué à instauré une islamodictaure à la soudanaise en Algérie, notre politologue décharge sa rage en traitant de « laïco-éradicateurs »[1] les démocrates républicains algériens[2], constituées d’une partie de la gauche et des laïques, ainsi que de l’écrasante majorité des organisations féministes, syndicales et des anciens résistants anti-colonialistes.

Notre auteur cache également à ses lecteurs qu’en Algérie (et dans quelques autres pays musulmans), la répression contre le terrorisme islamiste est menée, depuis les débuts des années 1990, avec la pleine collaboration des Frères musulmans algériens, du MSP, qui comptent plusieurs ministres, dont Abou Djerra Soltani, le président actuel de cette formation politique, dans le gouvernement islamo-conservateur algérien.[3]

Précisons au passage que l’armée algérienne est d’extraction populaire (60% d’appelés du contingent) et ne se réduit aucunement à une poignée de généraux véreux. Elle compte en son sein des milliers d’officiers républicains et une minorité de laïques qui ont combattu le terrorisme islamiste sur une base idéologique : la préservation du caractère républicain de l’Etat algérien.

Selon lui, la violence islamiste serait de tout façon un moindre mal, dans la mesure, où elle vise à l’avènement de la « modernité islamique ». C’est ainsi qu’il cite entre autres le cas de l’interdiction de force, en 1979, par les commandos islamistes, de la mixité dans les excursions à l’université du Caire. Il affirme sans sourciller que cette interdiction correspondait à l’aspiration de la « population universitaire féminine- en l’occurrence une large majorité- pour qui la pratique de la mixité hors mariage n’est pas acceptée ». Il ajoute que « Pour toutes celles pour qui ce qui se passe « sous le voile » (C’est moi qui souligne, H.A) ne se passe à bien des égards que grâce à lui, cette réconciliation va paradoxalement permettre de goûter aux bénéfices d’une indiscutable… modernisation. » D’après lui donc, si ces étudiantes avaient rejeté la mixité, c’était en vue d’échapper au contrôle de leurs familles et d’accéder par conséquent à un mode de vie moderne, notamment de pouvoir satisfaire leurs désirs sexuels, grâce aussi au port du hidjab, qui éloigne d’elles tout soupçon de fornication.

Premièrement, sur quoi Burgat s’est-il fondé pour affirmer qu’une « large majorité » d’étudiantes égyptiennes de cette université avaient refusé la mixité hors mariage ? A-t-il effectué un recensement, parmi elles ? De plus, la citation ci-dessous montre que Burgat confond entre les étudiantes non voilées et les étudiantes voilées, qui sont soit des militantes ou soit des sympathisantes islamistes. Deuxièmement, comment ces mêmes étudiantes utilisaient, d’après lui, le stratagème du port du hidjab, pour pouvoir faire l’amour avec leurs camarades étudiants, en même temps qu’elles refusaient de les côtoyer. Troisièmement, la présence même de ces étudiantes dans cet établissement, où règne la mixité, atteste que cette dernière ne constituait pas un obstacle majeur pour leurs familles.

De plus, le rejet de la mixité par les islamistes ne concerne pas seulement cette enceinte et ce seul milieu, bien au contraire. Dans toutes les universités des pays musulmans, où ils disposaient d’un minimum de puissance (avec l’apport des islamistes non universitaires ou du lumpen-prolétariat), ils avaient imposé ou tenté d’imposer la séparation des sexes. Ils ont également appliqué cette politique en dehors du milieu universitaire. C’est ainsi qu’en Algérie, dans les municipalités qui disposaient de régies de transport, et que le FIS avaient gagnés, en 1990, comme celle de Blida, ce parti avait installé une cloison en plexiglas, au milieu des bus, séparant les femmes (à l’avant) et les hommes (à l’arrière). Nous l’avons vu aussi en France avec leur réclamation, à l’instar des intégristes juifs, des séances de piscine non mixtes, ou la soigneuse séparation des femmes et des hommes, lors des rassemblements et des réunions organisées par eux, même en présence d’un Tariq Ramadan, qu’on présente faussement comme un islamiste modéré ou un musulman libéral.

Voyons maintenant comment François Burgat justifie-t-il la théorie de la violence de Qotb, l’un des idéologues les plus en vue des islamistes du monde entier ? Celui-ci avait appelé, au milieu des années soixante, à suivre l’exemple de l’expérience guerrière du prophète Mohammed, qui avait détruit les symboles du paganisme de la période préislamiste, en Arabie. Qotb en avait tiré la conclusion que pour prendre le pouvoir d’Etat, les « musulmans » (c’est-à-dire les islamistes) devrait recourir à la violence, qui est pour eux plus qu’une nécessité, une obligation. Burgat justifie cette « radicalisation » par les tortures que lui avait infligées le régime de Abdelnasser, avant de l’exécuter, en août 1966. Or Qotb ne pouvait pas ne pas s’inspirer de ses maîtres à penser : Ibn Taymiya, considéré comme le grand théoricien du djihad et Mohammed Ibn Abdelwaheb, dont la doctrine, le wahabisme, fait des ravages dans le monde musulman.

De plus, le régime de Abdenasser tortura tout autant, et emprisonna pour de longues années et parfois, assassinat des communistes égyptiens, qui prônaient et se battaient pourtant pour le socialisme, qui était la doctrine officielle du régime. Pour autant, ces pratiques inhumaines ont-elles amené les communistes égyptiens à excommunier l’ensemble des Etats et des peuples musulmans, comme l’ont fait Qotb et ses semblables ? Non.

Ce sont les communistes et l’extrême gauche des pays musulmans qui ont, depuis les années 1960 et 1970, qualifié les mouvements islamistes de fascistes. Ils l’ont fait en observant un certain nombre de caractéristiques essentielles sur les plans de l’organisation et des méthodes que ces derniers avaient copié sur les chemises brunes de Benito Mussolini et les Section d’assaut d’Adolf Hitler. Il faudrait ajouter les similitudes dans leurs programmes politiques respectifs en faveur d’un capitalisme, pure et dure. Sous couvert de char’ia, c’est-à-dire d’application des préceptes pseudo-divins (car ils sont de fabrication humaine), les mouvements islamistes visent à instaurer un ordre politique et social qui muselle les classes laborieuses musulmanes et interdisent leurs organisations politiques et syndicales de gauches. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les marxistes étaient la cible permanente et privilégiée de des calomnies et des agressions physiques des islamistes, au nom d’ « Allah Akbar !» (Dieu est grand !) et à coup de barres de fer, de gourdins, de sabres, de chaînes à vélo, d’esprit de sel, etc. Ces agressions, qui se faisaient souvent avec la complicité, active ou passive, des régimes en places, entraînaient parfois morts d’hommes. Au début des années 1980, l’étudiant, Kamel Amezal, avait été assassiné, dans la cité universitaire-garçons- de Ben Aknoun, à Alger, à coups de sabre, par un commando islamiste, qui voulait interdire toute activité dans la cité, à part les leurs.

Les islamistes cultivent aussi une véritable névrose envers le sexe des musulmanes. Les islamistes culpabilisent la plupart d’entre elles en les traitant de mauvaises croyantes, voire de dévergondées, de dénudées ou de prostituées, pour l’unique raison qu’elles ne portent pas leur uniforme politique et sexiste. Sexiste, car cet uniforme, qu’est le hidjab, considère non seulement la musulmane comme inférieure au musulman, mais aussi parce qu’il les considère tous deux, non pas avant tout comme des êtres humains, mais d’abord comme des sexes.

(à suivre)

Notes

[1] Ce sont les réconciliateurs algériens, français et des ONG des droits de l’Homme, qui ont appelé « éradicateurs », les démocrates algériens opposés à l’instauration d’une théocratie islamiste et ultra-libéral en Algérie. Ils voulaient par cette appellation leur attribuer mensongèrement la volonté de persécuter indistinctement tous les militants et les sympathisants, voire les électeurs du FIS, alors que l’objectif des forces antifascistes algériennes était d’éradiquer le terrorisme de ce parti.

[2] Les démocrates anti-islamistes s’étaient, à un moment donné de la lutte contre l’islamofascisme du FIS, autodésignés ainsi, afin de se distinguer aussi bien de la frange du pouvoir opposé au FIS que des démocrates, qui se sont compromis avec lui, et qu’ils ont rangés sous l’étiquette « réconciliateurs », parce que ceux-ci avaient pris fait et cause pour le FIS.

[3] Contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas tout le pouvoir algérien, avec ses principales composantes et centres de décisions, en premier parmi les forces de sécurité et le FLN, qui était opposé à l’accession du FIS au pouvoir. Ainsi, les réconciliateurs étaient représentés dans le pouvoir par les hommes de l’ancien président de la république, Chadli Bendjedid, y compris parmi les chefs de l’armée algérienne, par les hommes de Mouloud Hamrouche, ancien Premier ministre, par Abdelhamid Mehri, alors secrétaire général du FLN, par l’islamiste, Abdelaziz Belkhadem, alors vice-président, puis président de l’Assemblée nationale, aujourd’hui, Premier ministre…

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