Chronique d'Evariste
Par Évariste
Vendredi 18 mai 2007
article publié dans la lettre 538
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Ce mercredi, c’était l’heure de la passation des pouvoirs entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Le nouveau président a prononcé son premier discours, sur une ligne très volontariste, où le passage fort était : « Je ne vous décevrai pas, je ne vous trahirai pas ».
Quatre cents invités, toutes tendances confondues, étaient présents. A la suite de son discours, à la télévision, j’ai regardé le président de la République serrer la main de la plupart de ses quatre cents invités. J’ai failli m’étrangler quand j’ai vu, au premier rang, André Vingt-Trois, l’archevêque de Paris, Dalil Boubakeur, le recteur de la Mosquée de Paris, et le rabbin Sitruk ! Je ne connais pas le nouveau chef des protestants, mais il devait être aussi présent. Mais que faisaient ces individus à l’Elysée, le jour de la nomination d’un nouveau président de la République ? Faut-il rappeler l’article deux de la loi du 9 décembre 1905 : « L’Etat ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Pourquoi pas les évangélistes de Bush ? Pourquoi pas l’ami de Sarkozy, Tom Cruise, au nom des scientologues ? Pourquoi pas le dalaï Lama ou le chef des Jehovah ? On sait que Bernadette avait l’habitude d’inviter les mitrés à manger, et on se souvient que « Le Canard Enchaîné » avait raconté l’anecdote de di Falco faisant une prière à la fin d’un repas, devant une cinquantaine d’invités. Certes, je me doute que si Ségolène Royal avait été élue, cela aurait été la même chose, mais cela m’a mis de mauvaise humeur pour le repas de midi.
Afin de ne pas me faire traiter d’éternel grincheux, je dois dire, pour être honnête, que la cérémonie de l’après-midi avait de l’allure. Jean-Pierre Chevènement, s’il avait été élu président de la République en 2002 (ce qu’il a cru possible un moment) n’aurait pas fait mieux. Nicolas Sarkozy est resté dans l’esprit de sa rencontre avec Henri Guaino, et de la républicanisation de son discours.
Hommage à Georges Clemenceau, à de Gaulle, et surtout aux trente-cinq jeunes fusillés, à la cascade du Bois de Boulogne, le 16 août 1944 avec un texte remarquable de Max Gallo.
Une jeune collégienne fit ensuite lecture de la lettre du jeune communiste Guy Mocquet à famille, avant d’être fusillé à dix-sept ans, le 22 octobre 1941.
Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime
Dernières pensées : Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !
Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il allait demander au prochain ministre de l’Education nationale de faire lire cette lettre à la rentrée scolaire, dans toutes les écoles de la République. Il a ensuite lu un texte, sans doute écrit par Henri Guaino, sur la Résistance. Je ne cache pas que ces cérémonies m’ont beaucoup ému, et que, malgré mon peu de sympathie pour Sarkozy, j’ai trouvé cela bien qu’il mette en avant de tels symboles.
Je me souviens des oppositions que Jean-Pierre Chevènement avait rencontrées, en tant que ministre de l’Education nationale, pour faire apprendre les paroles de « La Marseillaise », et en expliquer le sens. Après des décennies de discours de repentance et de haine de soi, on ne peut que se réjouir que la mémoire et l’amour de la Nation et de la République soient enfin remis à l’ordre du jour. Il faut espérer que la gauche saura remettre cela dans ses fondamentaux, même si cela déplaît à ses élites anti-laïques et aux gauchistes.
Reste qu’il convient de ne pas baisser la garde, même si Sarkozy a réussi une belle cérémonie l’après-midi.
Le fait de faire référence à la mémoire et la Résistance lui permet, d’autre part, d’apparaître aujourd’hui comme celui qui sait unifier la Nation, au-dessus des clivages partisans. Il peut jouer au grand rassembleur qui fera son premier gouvernement Fillon avec Morin et Leroy, numéros deux et trois de Bayrou, Kouchner et quelques socialistes, et peut-être d’autres surprises au dernier moment. Il réussit parfaitement à déstabiliser une gauche déboussolée, illustrée par un Baylet, président du PRG, annonçant qu’il était prêt à se rapprocher des radicaux de Borloo, alors que le PS lui avait mis trente circonscriptions au chaud. A quelques semaines des législatives, la copie devient de plus en plus délicate pour une gauche minée par les conflits internes du PS, des Verts qui vont à l’abattoir, un PCF qui cherche à survivre et une extrême gauche qui va payer cher le réflexe du vote utile et son éparpillement ridicule lors des présidentielles.
Le soir de sa nomination, Sarkozy a été voir Angela Merkel, qui dirige l’Union européenne jusqu’au 30 juin, pour relancer l’Europe, soi-disant paralysée après le non français et hollandais, ce qui ne l’a pas empêchée d’intégrer deux nouveaux pays. Là, on va rentrer dans le vif du sujet. En 2002, Jacques Chirac avait promis aux restaurateurs le passage de la TVA à 5,5 %. On sait que les technocrates de Bruxelles se sont toujours opposés à cela, et je ne comprends toujours pas pourquoi ils ont ce pouvoir.
Pendant la campagne, Sarkozy a expliqué aux électeurs que le TCE était fini, et qu’un mini-traité suffirait. Comme Chirac en 2002, soit il se moquait de nous, soit il prenait ses rêves pour des réalités. Le président de la commission constitutionnelle du parlement européen a martelé qu’un mini-traité ne serait pas acceptable pour les eurodéputés.
Pendant la campagne, Sarkozy a expliqué qu’il ferait pression sur la BCE pour éviter un euro fort qui pénalise les exportations. Crime de lèse-majesté ! Certains députés et commissaires européens parlent de menaces insupportables contre le président Trichet !
Pendant la campagne, Sarkozy a parlé de mesures protectionnistes et de préférence européenne. C’est totalement incompatible avec le traité de Maastricht, avec le dogme du libre-échange et avec l’esprit de la concurrence libre et non faussée.
Pour les partisans de l’Europe libérale, l’heure de la revanche a sonné. Ils n’ont pas digéré le vote du 29 mai 2005, suivi du « non » des Hollandais. Ils sont convaincus qu’avec Sarkozy, la France va revenir dans l’Europe, à leurs conditions, et qu’ils vont pouvoir passer le traité en douce, par un vote au Parlement.
En 1997, Lionel Jospin avait mis à peine dix jours pour se coucher devant l’Union européenne, et signer le pacte d’Amsterdam, au détriment de son discours de campagne. En 2002, Chirac avait mis à peine six mois à renier tous ses propos de campagne.
Quand le nouveau président dit qu’il ne décevra, ni ne trahira, le vrai test sera bien sûr celui de l’Union européenne. Lors de sa dernière sortie européenne, Chirac, lamentablement, avait présenté ses excuses aux autres chefs d’Etat, à cause du vote des Français, montrant son absence de considération pour la souveraineté populaire.
Sarkozy a nommé Henri Guaino conseiller spécial auprès du Président. Ce dernier était contre le traité de Maastricht, et pour le non au TCE.
Pour ne pas décevoir les Français, le nouveau président de la République devra écouter son nouveau conseiller spécial, et donc respecter scrupuleusement le vote des électeurs, le 29 mai 2005.
Sinon cela s’appellerait une trahison.
par Évariste
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