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Face à l’insécurité, de Didier Peyrat

Par Rudy Reichstadt

article publié dans la lettre 543

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Dans un essai à la fois pédagogique et profond, Didier Peyrat dresse un tableau sans complaisance des errements d’une sociologie absolutrice, prompte à noyer le problème de l’insécurité dans la violence de la société.

Magistrat au Tribunal de grande instance de Pontoise, Didier Peyrat intervient régulièrement dans les pages « opinions » du Monde ou de Libération. Il a consacré plusieurs publications à la question de l’insécurité. Face à l’insécurité : refaire la cité (Buchet Chastel, 2007, 210 pages) est la dernière en date.

La réflexion engagée par l’auteur, qui nous invite rien moins qu’à méditer sur la morale et la liberté humaine, est à la mesure de la gravité du problème. Car « au-delà de ses victimes immédiates, qu’elle abîme, l’insécurité excessive s’attaque à la sociabilité, qu’elle déchire ». L’insécurité trouve ainsi sa source dans la crise majeure de la civilité dans laquelle la société française est empêtrée et qui pèse lourdement sur les rapports sociaux au quotidien. Ce « vivre-ensemble » dont tout le monde se gargarise, à gauche comme à droite, est en réalité le nœud du problème.

Ne sacrifiant ni au catastrophisme ni à l’angélisme, Didier Peyrat dresse sereinement le diagnostic : tout d’abord, nous assistons à une augmentation, un durcissement et un rajeunissement inquiétant de la délinquance juvénile ; ensuite, une banalisation des modus operandi violents est à l’œuvre depuis quelques années ; enfin, une jonction commence à s’opérer entre des actes de délinquance classique (vols, dégradations, etc.) et certains comportements découlant d’alignements identitaires, voire carrément racistes. Se tenant à égale distance de ces deux simplismes qui voudraient, d’une part, que la délinquance « explose », d’autre part, que l’insécurité n’est qu’une hallucination collective, l’auteur, ancien membre du Syndicat de la magistrature – ancré à gauche –, montre, chiffres à l’appui, que le phénomène enfle lentement depuis les années soixante. Mais sur les dix dernières années, ce sont les violences graves contre les personnes (c’est-à-dire celles qui entraînent une incapacité totale de travail supérieure à huit jours) qui ont sensiblement augmenté. Si les vols et recels se stabilisent à plus de deux millions par an depuis le milieu des années 80, les vols avec violence (sans arme à feu) ont cru de 120 % en quinze ans. Le tableau ne serait pas complet si l’on ne tenait compte de la baisse de la propension des citoyens à porter plainte.

Bien sûr, d’aucuns ont pu soutenir qu’il ne s’agissait là que d’un effet d’optique, que ces hausses ne reflétaient que l’intensification du système de police. Mais pour Didier Peyrat, « cette thèse ne résiste pas à l’examen » dans la mesure où moins de 8 % du total des infractions comptabilisées relèvent d’une initiative de la police. En réalité, la grande masse des délits est portée à la connaissance des services de l’Etat, après coup, par les plaignants.

Ainsi, l’insécurité n’est ni un « sentiment » construit de toutes pièces par les médias, ni l’expression d’une révolte. D’ailleurs, ce n’est que de manière marginale qu’elle se dirige contre les institutions.

Sceptique vis-à-vis du bilan de Nicolas Sarkozy au Ministère de l’Intérieur et des effets positifs de la démagogie sécuritaire, Didier Peyrat n’en flétrit pas moins l’inanité d’un discours antiautoritaire de gauche selon lequel « l’insécurité n’est qu’un leurre agité pour détourner l’attention des questions sociales ». Ferraillant contre une idéologie antisécuritaire d’inspiration néomarxiste – dont Loïc Wacquant, à la suite de Pierre Bourdieu, est sans doute le plus auguste représentant –, Peyrat réfute ce serpent de mer des sciences sociales politiquement correctes : la « montée du punitif ». Il ne manque pas, au passage, de contester la rigueur des travaux du très controversé Laurent Mucchielli, ce chercheur en sciences sociales qui explique à qui veut l’entendre que l’inscription du problème de l’insécurité sur l’agenda politique est le signe d’une lepénisation des esprits. Au contraire, Peyrat relève avec pertinence que « la montée en puissance électorale et l’installation du Front national dans le paysage politique français ont coïncidé avec la montée de la victimation de masse ». On doute alors que ce soit en niant le problème de l’insécurité qu’on combattra avec succès les idées frontistes.

S’érigeant en faux contre l’approche sociodéterministe actuellement hégémonique à l’Université, Peyrat réhabilite un auteur aujourd’hui tombé dans l’oubli : Georges Gurvitch. Le sociologue avait tenté de penser les relations entre le déterminisme social et la liberté individuelle. « Pour lui, les facteurs sociaux ne détruisent aucunement la liberté humaine. Simplement, ils en font "une liberté située, liberté encadrée dans le réel, liberté sous condition, liberté relative". Une sociologie criminelle n’éludant ni l’existence des conditionnements ni celle de la liberté, mais essayant de penser leur tête à tête, leur confrontation, leurs enchevêtrements, est parfaitement possible ».

Espérons que l’appel sera entendu.

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190 Bd de Charonne 75020 Paris
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Entrée: 3 euros
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Amphithéâtre DONZELOT,
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