Combat laïque
Par Alain Callès
Mardi 12 juin 2007
article publié dans la lettre 544
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Sombre est l’avenir de ce mouvement dont le grand timonier, seul maître à bord à l’ombre de dieu, gouverne un navire sans équipage sur les flots de la démagogie et vers les rivages où reposent ses ambitions politiques personnelles.
Alors qu’il a été canonné à 10 voix contre une par les électeurs du parti communiste d’Aubervilliers pour le choix de leur candidat, Mouloud Aounit, ce nouveau canonisé de la diversité, persiste et maintient sa candidature aux élections législatives. Il est sans soutien local notable, sans programme, et il ne s’appuie donc que sur sa volonté de provoquer un vote communautariste en sa faveur. 3,2% de électeurs l’ont suivi dans cette démarche au 1er tour des législatives, ce qui ne dénote pas une forte conviction d’un électorat qui aurait pu être sensible au thème de la diversité. Beaucoup ont certainement remarqué l’opportunisme qui débordait de l’habit « diversité ».
Comportement extrêmement trouble de la part du président d’une association qui a longtemps combattu pour une réelle citoyenneté s’appuyant sur les fondamentaux républicains de laïcité et d’égalité de tous les citoyens, quelle que soit leur origine. Foin de ces principes, le but du grand dirigeant est d’acquérir localement une notoriété et une crédibilité qu’il n’a toujours pas réussi à installer, quitte à user du clientélisme communautaire en se posant comme victime. Ceux qui ne le choisissent pas seraient motivés dans leur refus par le rejet de ses origines. Ensuite, il pourra postuler à la magistrature suprême de la ville. Tel est le programme dans lequel, à travers la mise en scène de sa personne, Mouloud Aounit a englué le MRAP.
Sans soutien d’organisation ni de personnalités, il ne reste à Aounit que les bras pour mouliner des incantations, en s’appuyant sur sa fonction de président du Mrap pour apparaître et paraître, bref avoir une identité visible en égrenant les poncifs comme d’autres des chapelets.
Il se veut représentant de la diversité, ce qui signifie pour lui qu’il revendique un vote communautariste contre le vote blanc. C’est ce qui ressort d’un reportage récent de France Inter où, dans ses propos, Mouloud AOUNIT montre une connivence de « fraternité communautaire » avec HAMZA, le candidat UMP d’Aubervilliers, et dénie toute représentativité à son concurrent communiste Gilles POUX qualifié de « pas représentatif », au nom de la diversité. Gilles POUX est ainsi renvoyé dans une « identité blanche » opposée à la « diversité ». Attaquer une personne sur ses origines, n’est-ce pas faire allégeance à une conception raciste de la société menant à l’Apartheid ? Apartheid qu’a combattu le MRAP, dès ses origines en 1949 alors que si peu de monde s’intéressait à la situation en Afrique du Sud.
Tout aussi grave est le nouveau positionnement du MRAP qui, sous l’impulsion de Mouloud Aounit et d’un quarteron de godillots, s’enfonce dans une lutte antiraciste discriminatoire. Discriminatoire à plusieurs titres :
Ni à gauche, ni à droite, ni dans les milieux scientifiques ou intellectuels. Lorsque les lois Sarkosy sont mises en place et portent atteinte à bien des égards aux Droits de l’Homme, le Mrap est invité à s’exprimer sur les plateaux télévisés… pour discourir du blasphème et des caricatures aux côtés des religieux !
Au fil du temps, avec son escorte de magnétophones sur pattes sans expression autre que celle de son grand timonier, le président du Mrap a dévoyé l’organisation qu’il dirige. Cette organisation est devenue une coquille vide, sans analyse, en perte continuelle de militants au fil des « gaffes » du Président. Ces gaffes qui lui servent à flatter un électorat potentiel tout comme les « phrases » de Le Pen servaient à renforcer auprès de ce dernier l’adhésion de ses partisans les plus extrêmes. Coquille vide ne produisant plus aucune analyse sur l’état de la société française au regard des Droits de l’Homme.
Est-ce ce mouvement laïque issu de la Résistance, ou sa parodie, qui apporte son soutien aux défenseurs du voile à l’école. Est-ce le mouvement créé par ceux qui ont protégé les enfants juifs durant l’occupation nazie qui se félicite maintenant de la délibération du collège de la HALDE qui considère que le refus d’interdire à des mères voilées d’accompagner les enfants lors des sorties scolaires serait contraire aux dispositions interdisant les discriminations fondées sur la religion.
Est-ce ce Mouvement qui a été ardent défenseur de la citoyenneté et des l’égalité des droits qui considère maintenant que le fait de refuser à nos petites filles (et nos petits garçons !) d’avoir pour modèles des femmes qui portent sur elles le symbole de leur oppression et de la sous-citoyenneté dans laquelle les confinent leurs mâles et leur religion, serait contraire aux droits de l’homme qui figurent en préambule de notre constitution.
Est-ce ce Mouvement qui, dès sa création, s’est ancré sur les fondamentaux laïques de la République et qui maintenant, sous couvert de chasse à l’islamophobie, s’aligne sur une HALDE qui « considère que l’intervention des Congrégations religieuses ne contrevient ni au principe de laïcité ni à celui de neutralité du service public » ?
Est-ce ce Mrap historique, fondé dans la Résistance à TOUS les totalitarismes, qui cautionnerait maintenant une approche communautariste et proreligieuse digne des Indigènes ?
Est-ce ce Mouvement de 60 ans, né dans la continuité des valeurs émancipatrices du programme du Conseil National de la Résistance, qui glisse d’une conception universaliste du vivre ensemble à une organisation de la société qui, au nom de la diversité, a des votes noirs opposés à des votes blancs, a des revanches des « fils de victimes » à prendre sur les « enfants des sociétés colonisatrices ». A remonter ainsi dans les temps, de culpabilisation en culpabilisation intergénérationnelle, il ne surgira que de la haine du tréfonds des rancoeurs. Est-ce ce que souhaite ce Mouvement né « Pour la Paix » et prolongé ensuite « pour l’Amitié entre les Peuples » ? N’est-ce pas tout simplement nier le libre arbitre de tout citoyen, responsable de ses actes seuls ?
Au nom des profits individuels éphémères de son Président, la société a progressivement perdu une organisation historique. Le Mrap n’existe plus sur la scène politique nationale, sa crédibilité est totalement corrodée, et sa représentativité émiettée. Quelques comités locaux survivent, se tenant à distance des remous médiatiques, le nez plongé dans l’action et la solidarité de proximité.
Le Mrap n’existe encore vis-à-vis des médias que comme un « truc » à agiter lorsqu’il est question de religion. On invite son président comme bouffon amuseur de foules, comme autrefois on appelait Georges Marchais à la télévision, certain de faire du spectacle et de l’audimat.
Le Mrap conserve toutefois son utilité pour son Président : un porte-voix au service de ses ambitions et un moyen de passer les fins de mois en attendant que le jeu politicien paie peut-être un jour.
Le Mrap se meurt. La question du devenir de Mouloud Aounit est devenue sans importance. Gageons qu’il sera vite oublié, malgré les coups qu’il porte à la citoyenneté et au camp progressiste.
Il restera à la société française de reconstruire un mouvement antiraciste laïque et universaliste en veillant à ce que ses structures interdisent toute dérive au service d’un quelconque mégalomaniaque.
par Alain Callès
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