Politique française
Par Catherine Kintzler
Lundi 25 juin 2007
article publié dans la lettre 548
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Depuis sa nomination hier à un poste de secrétaire d'Etat dans le "gouvernement Fillon 2", Fadela Amara, présidente de Ni putes ni soumises, est l'objet de violentes critiques bien-pensantes.
"Trahison !"... comme si l'appartenance à une famille ou à une tribu politique importait plus que l'action politique elle-même ; les critiques vont parfois jusqu'à la calomnie : "carriérisme"... J'ai même entendu que NPNS aurait inventé en grande partie les affaires de violences faites aux femmes dans les cités afin de se "faire mousser".
Les mêmes (je parle des tribus progressistes bien pensantes pour lesquelles l'appartenance tient lieu de politique) n'ont soufflé mot naguère lorsque telle leader de mouvement étudiant ou tel dirigeant de mouvement antiraciste ont été non pas nommés secrétaires d'Etat, mais planqués à des postes infiniment moins exposés, bien plus durables et avantageux... Ah mais j'oubliais un détail : les auteurs de ces manoeuvres de haute politique étaient des "potes"....
Il faudrait peut-être que les thèmes de l'intégration restent, en demeurant perpétuellement utopiques, la propriété des discours qui surfent sur la revendication en se gardant bien de toute prise de risque ? Chose intéressante : ce sont des jeunes femmes qui portent ici le courage politique "d'y aller", d'effectuer une sortie comme un ailier de rugby va à l'essai. Mais c'est toute la différence avec une équipe de rugby : il leur faut non pas percer les lignes adverses mais celles qui devraient en principe les soutenir. Elles "y vont" malgré les secondes et troisièmes lignes, malgré les piliers grandes gueules, tous ceux qui voudraient bien les retenir en leur faisant une leçon de décence : comment, vous allez vous montrer ailleurs, ailleurs que dans "notre" monde ? Des filles qui sortent de la bienséance politique, et brillantes en plus ? Voilez-moi cette audace que je ne saurais souffrir! Et puisqu'on ne peut pas les voiler, les retenir "chez nous", alors on les salit. Jamais le slogan NPNS n'aura été si vrai : car il souligne un comportement hélas très répandu bien au-delà d'une "culture" particulière... et auquel le ressentiment n'est pas étranger.
Je n'en doute pas une seconde : si Fadela Amara a le courage d'accepter l'occasion d'agir qui se présente à elle, elle aura aussi, si la politique qu'elle est venue défendre rencontre trop d'obstacles, celui d'en tirer les conclusions. Les responsables se jugent à leur politique, à leurs actes, à leurs engagements et aux leçons qu'ils en tirent.
Pour lire une réaction critique qui analyse les choses sans complaisance mais sans crise d'hystérie, voir le texte de Caroline Fourest sur le blog de Prochoix. Elle soulève à mon avis le point difficile de cette affaire, à savoir la collaboration oxymorique avec Christine Boutin. Souhaitons que la force de conviction et l'exemplarité de l'action de Fadela Amara puissent détourner son ministre de tutelle de certaines complaisances envers l'UOIF et l'intégrisme religieux en général !
par Catherine Kintzler
www.mezetulle.net
Auteur de "Qu’est-ce que la laïcité ?", publié chez Vrin, 2007. voir tous ses articles
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