Articles

Société

Rapprochement familial : Messieurs les députés, comment s’appelle la nounou de vos enfants ?

Par Elise Thiébaut

article publié dans la lettre 564

Lien permanent vers cet article

Un homme qui fait venir sa femme et ses enfants : telle est la vision caricaturale qu’on a trop souvent du rapprochement familial. Or aujourd’hui, près d’un migrant sur deux dans le monde est une femme (49,6 %, d’après le Fonds des nations unies pour la population). Que font-elles quand elles quittent leur pays ? Sont-elles délinquantes ? Font-elles augmenter le chômage ? Portent-elles atteinte à la sécurité de l’Etat, à l’identité nationale ? Non. Comme le souligne une enquête de Femme actuelle réalisée en juin 2006[1] : “Un simple coup d’œil dans n’importe quel square à l’heure du goûter suffit pour s’en rendre compte : dans le bac à sable, des petites têtes blondes, et sur les bancs une brochette de nounous dignes d’une pub pour Benetton. Africaines, Maghrébines, voire parfois Colombiennes ou Polonaises, elles répondent à un secteur en pleine expansion.�

Les femmes migrantes sont si peu dangereuses que les familles européennes leur confient ce qu’elles ont de plus précieux : leurs enfants. Selon le dernier rapport du Fonds des nations unies pour la population[2] en effet, “partout où le coup de la vie est élevé, il est devenu nécessaire pour les ménages de disposer d’un double revenu. L’augmentation du nombre de familles aisées, la baisse des prestations sociales (due à la réforme et à la privatisation de la protection sociale), ainsi que l’allongement de l’espérance de vie et l’accroissement du nombre de personnes âgées ajoutent également à la demande.(...) Car, malgré la rapide entrée des femmes dans la population active, on n’a pas assisté à l’évolution correspondante qui aurait vu davantage d’hommes assumer une part égale des responsabilités domestiques.� A titre indicatif, en Espagne, la moitié des quotas annuels d’immigration sont réservés... aux employées de maison.

Le débat sur l’immigration, pollué par l’ADN et une vision paranoïaque de notre société, passe sous silence les bénéfices importants pour le développement des migrations féminines, non seulement dans les pays d’accueil, mais aussi dans les pays d’origine. Le FNUAP a ainsi jugé que les femmes migrantes contribuaient à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement : “Eliminer l’extrême pauvreté et la faim� (OMD 1), “Assurer l’éducation primaire pour tous� (OMD2), et “Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes� (OMD3). Car “les femmes migrantes communiquent plus volontiers à leur familles et communautés, dans leurs pays d’origine, ce qu’elle ont appris sur la valeur de l’éducation et les bonnes pratiques en matière de soins et de santé�. Ainsi contribuent-elles aussi aux OMD 4, 5 et 6 relatifs à la santé.

Le FNUAP va jusqu’à parler aujourd’hui d’une “chaîne mondiale des soins� : “Beaucoup d’employées de maison et de soignantes qui abandonnent leur demeure pour s’occuper d’autrui à l’étranger ont aussi à prendre en charge leurs propres enfants et parents âgés. D’ordinaire, les femmes migrantes délèguent cette responsabilité à d’autres femmes de la famille – ou, avec leurs gains plus élevés à l’étranger, louent les services d’employées de maison à revenu plus faible pour gérer leur propre foyer. (...) Il n’est pas nécessaire de préciser que le fait de quitter sa famille afin de subvenir à ses besoins prélève un énorme tribut psychologique et affectif. Ces femmes offrent amour et affection aux enfants de leur employeur en échange d’une rémunération qui peut améliorer la qualité de vie de leurs propres enfants – mais elles ne les voient parfois jamais pendant de longues années...�

Sans aller jusqu’à connaître leur ADN, pourriez-vous nous dire, Messieurs les députés, comment s’appelle la nounou de vos enfants ?

Notes

[1] “Femmes d’ailleurs : ce qu’elles ont trouvé en Franceâ€?, de Cécile Cazenave et Maria Malagardis.

[2] Etat de la population 2006 – Vers l’espoir, les femmes et la migration internationale

par Elise Thiébaut
Auteure avec Agnès Boussuge de "Si j'étais présidente", Syros Jeunesse. voir tous ses articles

Lettre d'information

Agenda

Voir toutes les dates



Dossiers

Nous mettons à votre disposition des "dossiers" regroupant les différents articles parus sur plusieurs numéros sur un même sujet. Déjà en ligne:


L'affaire du voile dans le gîte des vosges,

ou l'affaire dite "Fanny Truchelut" du nom de sa propriétaire, dernier article paru: Une virtuosité imprécatrice, confuse et contradictoire, réponse à Anne Zelensky, Par Marie Perret, Catherine Kintzler, Jean-Marie Kintzler Voir le dossier...

Soutien à Robert Redeker

La collection d'articles parus dans ReSPUBLICA autour du soutien à Robert Redeker Voir le dossier...

L'urgence énergétique

Série d'articles sur la question énergétique
Voir le dossier...

Voir tous les dossiers