Société
Par Agnès Boussuge, Elise Thiébaut
Jeudi 18 octobre 2007
article publié dans la lettre 564
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Nous sommes féministes. Nous venons d’écrire un livre intitulé “J’appelle pas ça de l’amour – La violence dans les relations amoureuses�, aux éditions Syros. Lorsque Marie Trintignant est morte des coups de son compagnon, nous avons, sous le choc, dit notre émotion dans une chronique intitulée “Crimes soporifiques�, soulignant l’aveuglement général face à la violence amoureuse, qui nous empêche trop souvent encore de l’identifier et de l’empêcher.
Le temps a passé. La justice aussi. Rien ne fera renaître Marie Trintignant, ni aucune des femmes qui meurent chaque année victimes de violences, dans le contexte d’une relation amoureuse ou conjugale.
Nous ne croyons pas approprié de contester la mise en liberté conditionnelle de Bertrand Cantat, qui n’a a aucun moment fait preuve de fanfaronnade, ni – pour autant que nous le sachions – tenté de tirer gloire de ce qu’il avait fait. Il ne s’agirait pourtant pas de faire de lui une victime, en lui refusant d’accéder comme tout condamné à une réinsertion prévue par la loi et trop souvent oubliée dans les faits.
La peine qui a été la sienne n’est en rien inférieure à celle de tout homicide involontaire en France. Huit ans d’emprisonnement, ce n’est pas rien. Quatre ans non plus. Et la rumeur selon laquelle Bertrand Cantat aurait bénéficié d’un jugement de faveur est injuste. Cette peine, c’est celle qu’encourt toute personne dans sa situation. Bertrand Cantat, par ailleurs, est un privilégié, puisqu’il dispose des moyens d’indemniser les parties civiles, de se réinsérer – toutes choses dont les prisonniers pauvres ne disposent pas. Il s’agit d’une injustice sociale, non d’une injustice liée aux violences envers les femmes. L’un des fondements de la République est que chacun a droit à une vie privée. Bertrand Cantat ne saurait en aucun cas être condamné “pour l’exemple�, pas plus que Marie Trintignant ne devrait voir sa personne réduite au statut exclusif de victime et symbole des violences envers les femmes. La peine de mort ne dissuade pas, on le sait, les délinquants de commettre des crimes. La libération de Bertrand Cantat, sur décision de justice, ne va pas davantage encourager les hommes à taper sur leur compagne sous prétexte qu’ils ne risquent – au mieux – « que » quatre ans de prison. Colporter une telle idée dessert tout simplement la lutte contre les violences envers les femmes, parce qu’elle repose sur une vision passionnelle et, surtout, sécuritaire des rapports sociaux.
La dénonciation et la sanction des violences dans le couple exige aujourd’hui de notre société autre chose que la personnalisation (voire la peopolisation) à outrance. Elle nécessite la mise en oeuvre d’une réelle politique de prévention, à l’instar d’autres pays européens. Cela nécessite des moyens supplémentaires pour former des professionnels et augmenter les lieux d’accueil et de ressources pour la prise en charge et l’accompagnement non seulement des victimes, mais aussi des agresseurs.
La violence est une spirale complexe, et nous devons éviter d’en faire une caricature, au risque de laisser croire que la tendresse, le dialogue, le respect et l’égalité ne peuvent pas exister entre les hommes et les femmes. Au contraire, la lutte contre les violences consiste à dénoncer les stéréotypes qui, trop souvent, encouragent la violence « de genre ». Acceptons cette décision dans le respect des vivants et des morts. Et continuons d’exiger, sans faire d’amalgame, la mise en place d’une politique résolue de lutte contre les violences dans le couple.
par Agnès Boussuge
Auteurs de “ j’appelle pas ça de l’amour, la violence dans les relations amoureuses�, Syros, Mai 2007 voir tous ses articles
Elise Thiébaut
Auteure avec Agnès Boussuge de "Si j'étais présidente", Syros Jeunesse. voir tous ses articles
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