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Politique française

Le souhaitable et le possible

Par Jean-Paul Beauquier

article publié dans la lettre 571

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L’inexcusable et l’inexplicable

Sarkozy a de la chance et en politique, c’est utile. Alors qu’il devait parler de pouvoir d’achat, les événements de Villiers–le-Bel lui ont permis de ressouder son électorat, et pas seulement le sien sans doute, sur les thèmes de l’ordre et du travail, sans grandes précautions stylistiques et avec une assurance de bonimenteur, le jour même où un sondage ne trouvait plus que 49% de français, satisfaits du président.

Non pas que le sujet soit sans intérêt, et on doit trouver tout à fait naturel que le chef de l’Etat se préoccupe de la relation entre une partie de la population et les fonctionnaires de police, surtout lorsque quelques-uns des premiers ont tendance à prendre les seconds pour des perdreaux à tirer.

Ce qui est plus gênant, cependant,  c’est que son analyse des causes soit si légère ; ainsi seul le laxisme des équipes gouvernementales précédentes expliquerait ces explosions périodiques, avec ses corollaires que sont les phénomènes de gang, bien réels et l’immigration non intégrée !

Or cet homme que le communautarisme dans sa version libéralo-anglo-saxonne a conduit à remettre en cause dans l’esprit public la loi de 1905, a fait pression sur une majorité godillotesque et a capté une opposition vallsifiée pour multiplier les alourdissements et l’automaticité des condamnations pénales. C’est à la fois tromper son électorat sur l’efficacité des mesures prises à son initiative et mépriser les fonctions réelles de l’Etat de maintien de la paix publique dans le respect des droits de l’homme.

Quant aux restrictions des crédits d’équipement, à la déchéance forcée des services publics, à l’absence d’un développement urbain cohérent ou à la carence d’une politique économique dont la préoccupation soit réellement la création d’emplois, il n’en fut pas question. Les complaisances de courtisans des faire-valoir de la soirée excluaient de vraies questions à partir de vraies enquêtes de journalistes.

Sur le pouvoir d’achat, un tour de passe-passe

On a cependant parlé de pouvoir d’achat, mais vraiment peu et en se gardant de rappeler au président que le pouvoir d’achat d’un salarié, c’est d’abord le pouvoir d’achat de son salaire. En effet travailler plus, faire des heures supplémentaires permet de gagner plus ; mais la part de plus-value transférée de la rémunération du travail à celle du capital dans le quart de siècle écoulé, ne sera pas inversée et parler, dans ces conditions, de revalorisation du travail est très inapproprié.

Ce n’est qu’une hausse générale des salaires et, pour la FT, une augmentation de la valeur du point d’indice sur lequel est assise la grille hiérarchique des traitements, qui marquerait une volonté politique de revalorisation, y compris financière des agents concernés.

L’idéal eut donc été, qu’après avoir annoncé et mis en œuvre les éléments du bouclier fiscal, M.Sarkozy, affichant un équilibre plus « respectueux » des citoyens dans leur diversité, annonçât que l’équivalent du cadeau fiscal en cause, serait consacré au pouvoir d’achat des salaires et des retraites, l’Etat employeur donnant l’exemple pour ses personnels puisque le patronat préfère rémunérer l’actionnariat par l’ajustement du coût du travail, aussi bien en termes de rémunération que d’emploi.

La brutale pleureuse de Matignon ayant proclamé que la France était en faillite et chacun répétant qu’il n’y a pas d’argent, la moindre des choses serait d’expliquer aux Français la nature de la dette publique : quels sont les intérêts payés, voire surpayés, quels sont les créanciers , quels sont les délais…Si d’aventure certains de ces créanciers étaient des personnes physiques ou morales de nationalité française et domiciliées en France (précision utile quand sur les 300 plus grosses fortunes en Suisse, 29 appartiennent à des patriotes français !), il conviendrait de comptabiliser ces créances dans le PIB et non pas dans les dettes quand on établit le rapport de l’endettement par rapport au PIB. Serait-ce exiger trop de transparence ?

Même des actes symboliques, comme la réduction du train de vie de l’Etat ne sont pas esquissés : est-on certain que tous nos ministères soient utiles ? que les retraites des parlementaires soient un modèle d’équité ? que la multiplication du personnel à l’Elysée ou le salaire du président soient des urgences ? que l’accompagnement du président dans ses déplacements soit à ce point pléthorique ? Encore n’avons nous pas connaissance de projets d’architecture de prestige chez l’actuel locataire du 55 Fbg St Honoré… Les seules amputations de dépenses portent, hélas, sur des fonctions sociales de l’Etat : enseignement, hôpitaux, protection de la jeunesse, politique d’aménagement du territoire, ou sur des transferts de compétences insuffisamment financés en direction des collectivités territoriales, qui en tout état de cause sont des rouages de l’Etat !

Le président de la République parle de réformes mais son engagement politique ne lui permet assurément pas d’être le président de tous les Français et la réforme n’est pas un concept univoque. Il est certain en revanche que le projet de société à proposer aux Français pour leur redonner l’enthousiasme nécessaire à un avenir de progrès partagé tarde à se dessiner. La politique de communication unilatérale, le contrôle éhonté des medias, le bourrage de crâne ne facilitent pas le réveil des consciences mais un enfant se lèvera un jour pour dire, « Le roi est nu ».

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