International
Par Jocelyne Clarke
Mercredi 9 janvier 2008
article publié dans la lettre 574
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Le peuple pakistanais est nu, les élections du 18 février seront une impasse de plus.
Le 18 octobre dernier, jour de son retour d’exil, Bénazir Buttho échappait à un attentat qui faisait plus d’une centaine de morts.
En novembre, le général Pervez Musharraf, chef du gouvernement en place, l’amnistiait des crimes de corruption.
Il instaurait dans le même temps l’état d’urgence, qu’il devait lever le 15 décembre.
Le 27 décembre, la leader du Parti du Peuple Pakistanais tombait sous les balles de ses opposants.
Le général Musharraf, au pouvoir depuis le coup d’état d’octobre 1999, voit ainsi se briser le processus électoral où le P.P.P., par la figure emblématique de Bénazir Buttho, serait redevenu un acteur majeur du pouvoir.
Attaque contre les balbutiements démocratiques ?
Volonté d’éliminer une opposante qui faisait campagne pour les prochaines élections législatives afin de devenir pour la troisième fois premier ministre ?
Après avoir diffusé un bulletin fantaisiste sur les raisons de la mort de Bénazir Buttho, le régime militaire a cru bon de renouveler les membres de la Cour suprême de Justice, pour ne pas avoir à diligenter une enquête.
Le régime militaire, ses services secrets et ses soutiens à l’étranger ont probablement autant de responsabilités que les fanatiques de l’islam politique dans cet assassinat organisé.
Exilée, emprisonnée, assignée à résidence, menacée dans sa personne, Bénazir Buttho refusait de se laisser intimider, y compris par les pressions des attentats ; son courage doit être salué. Les ennemis de la démocratie ont préféré la supprimer. La dynastie Buttho a toujours été une cible de choix. Le Pakistan a la triste habitude de régler les questions politiques par la force, par la violence, par le meurtre.
L’histoire personnelle de Bénazir Buttho a affermi sa détermination à lutter contre la dictature et pendant ses années d’exil, les plus pauvres ont longtemps constitué son principal soutien. A sa fondation par Ali Buttho, le P.P.P. était alors un véritable mouvement populaire, un parti de masse. Après l’assassinat du fondateur, les activistes du Parti ont été pourchassés. Lors des deux mandatures de Bénazir Buttho, la situation du peuple pakistanais ne devait toutefois pas s’améliorer.
En brisant l’élan de la campagne législative, en déstabilisant plus encore le pays, ceux qui ont armé le bras des terroristes ont brisé le mince espoir du peuple.
Mince espoir car sur quelles bases auraient pu se construire la paix et l’unité nationale ?
Bénazir Buttho a été deux fois aux commandes du pays, et la politique qu’elle a menée n’a pas soulagé son peuple :
Une fois premier ministre, elle a choisi de poursuivre avec l’appui de Washington, ce qui l’a conduite à négocier avec le despote Musharraf, prix à payer pour son retour sur sa terre natale après une dizaine d’années d’exil.
Ce fut une erreur, sa mort malheureusement, le prouve.
Aujourd’hui, le peuple pakistanais est las d’enrichir son armée et ses élites.
Le régime du général Musharraf n’a eu de cesse d’étouffer les oppositions et il doit aujourd’hui faire face au désordre. C’est cette menace de chaos qui permet à l’administration Bush de proposer ses services en renforçant l’influence de la CIA dans le pays, voire en intervenant militairement.
On peut douter que le peuple pakistanais se contente d’un ordre rétabli par l’alliance des forces armées du pays et le renfort militaire américain.
L’autre danger reste le mauvais contrôle politique sur les forces nucléaires.
En mai 1998, l'Inde et le Pakistan en effectuant des essais nucléaires, ont défié le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 1968, se soustrayant par la même occasion aux règles internationales de contrôle des armements.
Avec la confrontation de deux puissances nucléaires frontalières et le conflit du Cachemire, avec la présence de l’islam politique et de ses fanatiques, avec les pays qui revendiquent un régime islamique, avec la talibanisation du Pakistan, à la vulnérabilité extérieure du Pakistan, vient s’ajouter sa déstabilisation interne.
Le terrorisme n’aura fait qu’amenuiser le mince espoir du peuple pakistanais, ajoutant colère et peur.
Le P.P.P. saura t-il rassembler les différentes ethnies, défendre les droits sociaux et les droits de l’homme, l’égalité des femmes et se passer des fondamentalistes religieux ? Saura t-il s’affranchir de la tutelle des Etats-Unis ? Saura t-il ouvrir la voie de la démocratie ?
Quel poids et quelle crédibilité auront les élections du 18 février prochain ?
par Jocelyne Clarke
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jeudi 20 novembre 2008, 19:30
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