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La main tendue par le SPD allemand à Die Linke divise la gauche française

Par Jean-Michel Normand

article publié dans la lettre 583

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La montée en puissance en Allemagne du parti Die Linke (« La Gauche »), coprésidé par Oskar Lafontaine, ancien leader du SPD, ressemble à une pierre lancée dans le jardin de toute la social-démocratie européenne. En acceptant de négocier une alliance dans le Land de Hesse avec le parti de la gauche radicale, dont les performances électorales sont en progression, le SPD - lui-même divisé sur le sujet - conforte ceux qui critiquent les orientations, d'inspiration sociale-libérale, en faveur desquelles le parti a opté sous le gouvernement Schröder. Cette évolution est suivie de près au sein de la gauche française.

« Ce qui se passe en Allemagne apporte un formidable démenti à l'idée selon laquelle la gauche est condamnée à décroître sans cesse parce que la société se droitiserait irrémédiablement », applaudit le sénateur Jean-Luc Mélenchon, figure de la gauche du PS et fervent supporter de Die Linke. A l'extrême gauche, on observe avec une évidente satisfaction le « coup de barre à gauche » impulsé par le plus emblématique des partis sociaux-démocrates européens. Pour autant, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui appelle de ses vœux un « nouveau parti anticapitaliste », n'est pas tentée par l'idée de s'engager dans une stratégie comparable à celle de Die Linke. « Nous n'avons pas le même rapport aux institutions ; pour nous, il n'est pas question de participer à des coalitions gouvernementales ou parlementaires avec les socialistes », insiste François Sabado, membre de la direction nationale de la LCR.

Dans les rangs du Parti communiste - qui a toujours été très proche de l'ex-PDS, la composante est-allemande de Die Linke -, l'émergence de la nouvelle gauche allemande suscite nettement plus d'enthousiasme. « Un nouvel espace s'est libéré que Die Linke vient occuper en apportant la démonstration qu'une gauche très sociale peut exister », affirme Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. « Les oeillades appuyées, adressées par certains socialistes au MoDem, suggèrent que la question de la nécessité de combler un tel vide à gauche peut aussi se poser en France », glisse-t-il.

Place du Colonel-Fabien, on considère que l'échec de Ségolène Royal au second tour de l'élection présidentielle tenait largement à l'affaiblissement des autres composantes de la gauche au premier tour. Pour autant, les communistes ne sont pas à la veille de sacrifier leur parti sur l'autel de la création d'une formation susceptible d'aiguillonner des socialistes timorés. Refusant de « formuler dès maintenant une réponse organisationnelle », M. Dartigolles se dit néanmoins favorable à la mise en place de « fronts électoraux ». Il évoque la constitution d'une liste pour les élections européennes de 2009 rassemblant le PCF, mais aussi « les amis de Jean-Luc Mélenchon et, pourquoi pas, une partie de la LCR ».

Fondateur de PRS (Pour une République sociale), une structure dont l'objectif est de favoriser le dialogue entre les socialistes et « l'autre gauche », M. Mélenchon refuse de se prononcer sur cette éventualité. Ce qui ne l'empêche pas de critiquer sévèrement la direction du PS « en retard d'une guerre » qui s'est, selon lui, convertie « à des formules de centre gauche qui se sont avérées catastrophiques en Allemagne mais aussi en Italie ou en Grande-Bretagne ». Selon le sénateur socialiste de l'Essonne, il faudra que « le PS noue le dialogue avec cette autre gauche qui va du PCF à la LCR et à LO ». Ou qu'à défaut, une fédération - un Die Linke à la française ? - se constitue à sa gauche.

Pierre Moscovici, député socialiste et « réformiste assumé », ne partage pas ces analyses. « Penser en priorité l'avenir des socialistes en terme d'alliances serait un aveu de faiblesse : je crois plutôt en une stratégie identitaire, consistant à redéfinir la matrice sociale-démocrate », insiste-t-il. L'ancien ministre des affaires européennes, candidat à la succession de François Hollande, défend l'idée d'un « parti de toute la gauche ». Un grand PS capable de rassembler un tiers de l'électorat et n'éprouvant pas un besoin vital de conclure des alliances sur sa gauche. « Pour redevenir le parti de l'alternance, il faut apporter des réponses nouvelles, voire radicales, en matière de lutte contre la pauvreté, de réforme de l'Etat-providence ou d'environnement », plaide M. Moscovici. « Et peut-être convient-il aussi de prendre acte de ce renouvellement nécessaire en inventant un autre terme que celui de social-démocratie », estime-t-il.

(dans le monde 27/02/08)

par Jean-Michel Normand
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