Courrier des lecteurs
Par
, Nicole Delattre
Vendredi 28 mars 2008
article publié dans la lettre 583
Lien permanent vers cet article
Nous publions ci-dessous deux réactions de lecteurs sur l'euthanasie évoquée dans notre dernier numéro.
La Rédaction
La liberté absolue de conscience, l’égalité comme moyen, la fraternité comme but, la solidarité sociale et internationale, le respect des autres et de soi même, la tolérance mutuelle et l’a-dogmatisme.
A-dogmatisme : c’est être en dehors des dogmes, au-dessus des dogmes. En régime laïque, on a le droit de croire ou de ne pas croire, le droit de changer de foi, de dogme. La Laïcité est tolérante et ne choisit pas parmi les dogmes. Alors, mourir dans la dignité, quand on sait que la maladie est irréversible, quand cela est attesté, certifié par le corps médical, est une revendication légitime du point de vue de la Laïcité.
Que cela devienne un « droit » ne veut pas dire un « devoir ». Garantir la liberté de choix serait l’honneur de notre République laïque, serait la mise en adéquation des principes laïques et des réalités.
La République a su, en-dehors des clivages droite/gauche, permettre le choix de la conception. Après le choix pour la naissance, le choix pour la mort.
Le droit de choisir sa mort, pour mourir dans la dignité, c’est aussi cela la Laïcité.
Yves PRAS
Cher Evariste,
Jeudi 21 mars sur France 3 à 19h 30, le Pr Axel Kahn à qui la journaliste demandait s’il voterait l’exception à la loi Léonetti s’il était parlementaire, a coquettement répondu qu’il ne l’était pas mais qu’il était un citoyen ; « la loi dit qu’il ne faut pas tuer ; mais si la majorité des parlementaires votait l’exception, je m’inclinerais ». Pourtant, nul citoyen n’est censé ignorer la loi, et il n’y a pas d’exception pour ceux qui sont bardés de diplômes et d’honneurs. Or la loi française ne dit nulle par qu’il ne faut pas tuer. Dans le code pénal aucune loi n’est formulée de façon aussi impécise ; l’écriture des lois, qui n’a jamais été une petite affaire, ne doit prêter à aucune interpréation personnelle et surtout pas sur le sens des mots ; d’où la technicité du langage juridique : un problème pour les citoyens de base mais il existe des traducteurs qui ne sont pas des interprètes. Donc,non seulement la loi ne dit pas qu’il ne faut pas tuer, mais si elle le disait, la guerre serait ipso facto interdite, ce qui n’est pas le cas. Quant à la peine de mort, elle n’a pas été abolie parce qu’il ne faut pas tuer mais pour d’autres raisons (essentiellement à cause de l’irréversibilité de la peine en cas d’erreur judiciaire)
Je parle évidemment des lois civiles ; car si on considère les lois religieuses, il en va tout autrement. C’est dans le Décalogue que « tu ne tueras pas » est explicitement écrit à la 6° place :
Et si quelqu’un veut me tuer ou tuer mes enfants ?
Tu ne tueras pas.
Et si le roi m’en donne l’ordre en face des ennemis de la patrie ?
Tu ne tueras pas.
Et mon chien, s’il a la rage ? Ou moi-même si je ne peux plus supporter la vie ?
Tu ne tueras pas
Inutile de continuer : comme les 9 autres, cette loi ne souffre ni exceptions, ni circonstances, ni raisons, ni justifications : il n’est écrit nulle part la raison pour laquelle on ne doit pas tuer. Depuis le jour mémorable de la promulgation par Dieu soi-même en personne de la loi sacrée, la suite de l’histoire consistera bien évidemment à confronter chaque situation de fait à la rigueur abstraite de la loi et donc à l'interpréter.
Le Pr Axel Kahn (qui vient d’écrire un livre sur le bien et le mal) fait donc passer à l’antenne publique sans le moindre scrupule et avec le sourire, une loi religieuse pour une loi civile. Qu’il se trompe est son affaire ; mais qu’il trompe le public est la nôtre en tant que nous sommes le public des médias et de simples citoyens.
Mais il existe une autre confusion de lois, que bien sûr le Pr Kahn n’a pas relevée ; elle concerne plus directement la question, non pas du suicide, mais de l’euthanasie médicalement assistée. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une loi mais du code déontologique de la profession médicale formulée pour la première et unique fois par Hippocrate il y a 2500 ans (la date et la réalité du fait sont davantage attestés que dans le cas précédent!). Chaque médecin prête serment sur ce vieux texte à peine modifié. Or ce texte ne comporte pas davantage l’interdiction de donner la mort pour le médecin;: il prescrit trois conduites : premièrement, ne pas nuire ; deuxièmement, toujours soulager ; troisièmement, guérir quand c’est possible. Extraordinaire actualité du vieux serment…..Or, (on l’a dit au cours de cette journée du 21 mars), si les équipes médicales ne connaissent pas la loi Léonetti, certains médecins ou professeurs de médecine qui se croient autorisés à faire la morale au peuple, ne connaissent pas non plus les termes du serment qu’ils ont prêté ; celui-ci ne leur fait pas obligation de ne pas donner la mort et encore moins de « respecter la vie ». La raison en est simple et plus que jamais d’actualité : d’abord parce la connaissance de « la vie » est susceptible de progrès scientifiques, mais surtout parce « ''respecter la vie» est une formule totalement opaque et même énigmatique qui se prête à des centaines d’interprétations. Un exemple : dans le christianisme, est-ce la vie éternelle de l’âme humaine qu’il s’agit de respecter et de sauver à tout prix, ou la vie terrestre de son enveloppe charnelle ? Pendant des siècles, on est monté sur le bûcher par cohortes pour avoir défendu la 2° interprétation (liée à une des nombreuses hérésies condamnées par le Vatican).
Conclusion : on veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes :
Nicole Delattre, Profeseur de philosophie
par
Président du CAEDEL- Mouvement Europe et Laïcité,
Directeur des publications.
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Nicole Delattre
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