Chronique d'Evariste
Par Évariste
Vendredi 4 avril 2008
article publié dans la lettre 584
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Le désir de mimétisme est une gangrène psychologique que l'on aurait tord de réserver à ceux qui s'adonnent à l'abrutisseur-généralisé (i.e. la télé) ou à l'achat compulsif engendré par une trop forte addiction à la publicité en tout genre (« Posséder pour devenir quelqu'un » ). Cette maladie de la conformité et de la ressemblance touche les plus hautes têtes de l'État... hélas... Notre président bling-bling et sa suite sont les premiers à afficher cette tare intellectuelle où il n'est plus question de réfléchir, mais seulement de copier, jusqu'au ridicule... Comme s'il n'y avait pas assez des dirigeants anglais pour lécher les bottes (et c'est poli ! ) des libéraux américains, le gouvernement français se lance dans cette pathétique course au suivisme qui aurait déclenché les foudres d'un De Gaulle.
Sur la question sensible de la stratégie militaire, le premier acte s'est déroulé en Janvier 2008, lorsque 5 généraux de l'OTAN rendent une étude expliquant que l'organisation du traité de l'Atlantique nord doit s'autoriser les frappes nucléaires « préventives ». On appréciera le léger euphémisme pour une affaire aussi grave que l'usage de l'arme nucléaire. Il faut savoir que les USA développent depuis des années une ligne qui vise l'emploi des armes nucléaires non pour le seul usage « stratégique » de la dissuasion (c'est à dire pour une réponse à une agression majeure), mais aussi pour un emploi dit « tactique » (i.e. assimilation de l'arme nucléaire à une arme ordinaire). On imagine Bagdad, l'Iran, l'Afghanistan, le Vietnam, la Corée, et tous ces autres points du globe où la politique expansionniste et phobocrate américaine a trouvé de quoi s'épancher. Combien de ruines ? combien de morts ? Le second acte s'est joué il y a quelques jours lorsque notre président bling-bling a annoncé aux parlementaires anglais l'envoi de forces françaises supplémentaires en Afghanistan. A quand l'invasion de l'Iran commandée par le président Bush, ou son successeur Mc Kain, renforcée immédiatement par des troupes françaises ? On notera juste au passage le mensonge de François Fillon affirmant qu'il n'y avait jamais eu de vote à l'assemblée nationale pour une telle décision militaire, alors que lui vota (favorablement) en tant que député l'envoi des troupes françaises lors de la première guerre du golfe. La pensée américaine est « va-t-en guerre ». Elle prend racine dans une paranoïa généralisée et une inculture crasse du monde. Cette vision à la fois victimaire et sécuritaire, maladive, est la ligne politique que Nicolas Sarkozy suit sans vergogne, avec admiration. L'alignement sur les USA est devenu la norme de la politique française.
En matière économique, cet objectif de similitude se traduit par la poursuite de la ponction des ressources des individus les plus faibles socialement en faveur des personnes les plus aisées et les plus puissantes. La politique de croissance de ces 15 dernières années n'est qu'un transfert d'argent des plus pauvres vers les plus riches. Ce transfert se fait au niveau de la répartition du budget de l'État (entre les services publics et les services pour les plus favorisés). Il se fait également par l'endettement vanté et pratiquement rendu obligatoire du fait de l'affaiblissement des ressources dont disposent les gens. Lorsque l'on retranche la part de l'endettement à la croissance économique, on se rend compte que celle-ci est quasi nulle depuis des années dans l'ensemble de la zone euro.
Et bientôt un autre verrou va sauter ! Il va consister à renflouer ces banques que des investisseurs privés auront pillées et coulées. Le renflouement se fera avec de l'argent public versé gracieusement par le pouvoir sarkozyste soucieux de suivre servilement la ligne d'outre-atlantique. Lever ainsi la différence entre l'argent public et l'argent privé devrait rester dans les idées de gauche pour l'avenir : car si on autorise la circulation de l'argent dans un sens, il n'y a pas de raison qu'un jour il ne circule pas dans l'autre. On pourra imaginer alors la ponction de dividendes et de ressources privées pour renflouer les services publics, bâtir des écoles et des habitations, investir dans les routes et les communications...
La grande crise dont l'origine est cette ligne libérale s'annonce. D'ors et déjà on sait que les déficits sont supérieurs à ceux de 1929. Les inquiétudes dans les instances mêmes de la Banque Fédérale Américaine montrent que le crash est imminent. D'une manière générale, le système libéral vit et pense sur la négation du réel. L'éthique et la culture libérale anglo-saxonne repose sur la croyance, non sur le savoir. La preuve : Robert Reich, secrétaire d'Etat de Clinton, « découvre » et témoigne dans un livre que le libéralisme est dangereux pour la démocratie. On croit rêver ! Dans quel monde une telle personne peut-elle bien vivre ? Quel mépris pour le savoir faut-il avoir pour être si haut dans l'échelle décisionnelle et cultiver depuis des années une telle ignorance de la réalité. La démocratie, et a fortiori le Pacte Républicain, suppose chez les citoyens le sens de l'égalité, la conscience d'un avenir commun de l'humanité, la distinction entre la croyance (donc personnelle) et le savoir (donc universalisable). Une République puissante se sont avant tout des individus puissants, conscients d'être des citoyens et oeuvrant dans ce sens. Pour sa part, l'éthique libérale anglo-saxonne supposent des puissants, détenteurs de tout, et des faibles, promis à un esclavage que l'on appellera « moderne » parce que doté du mirage d'un salaire que l'on rend misérable. Faut-il être niais pour réaliser qu'un tel système ne peut qu'engendre le pire pour l'humanité.
De fait, il ne forme et n'éduque, aux moyens de ses média, que dans le but de façonner des consommateurs asservis, humbles et dociles. L'éthique libérale prend fin lorsque je peux lui dire non. Lorsque je refuse de laisser cette porte ouverte dans le domaine le plus intime que je possède : ma vie, mon intimité. De fait, pour les libéraux, notre culture est une « contre-culture », notre éthique est une « contre-éthique ». Là où l'éthique libérale invite à la négation du monde, à la négation du réel, notre éthique est une éthique de vie, du concret, de la réalité. Nous aimons les savoirs, la liberté et la possibilité d'en jouir. Nous cultivons la création, le loisir et ne considérons le travail que comme le moyen d'obtenir de quoi vivre. En rien, il n'est une finalité, en rien la possession et l'achat compulsif ne sont des marques d'identité personnelle. La vie est faite pour être vécue, non pour être dirigée. Celui qui refuse le libéralisme est capable de lui opposer son refus : je ne suis pas un consommateur ; je ne suis pas une machine à produire ; je ne suis pas une machine à gober des publicités dont l'objectif est de me convaincre d'acheter ce dont je n'ai pas besoin pour vivre. La majeure partie de la presse et des média sont détenus par un milliardaire du béton et des vendeurs d'armes. En quoi ces média me concernent-ils ? Pourquoi devrais-je accepter les modèles de vie qu'ils me proposent à travers leurs publicités et leurs séries. Leurs valeurs libérales ne sont pas les miennes. Je respire. je mange. J'use de mon temps libre pour exister, créer à ma façon. Je veux vivre en paix avec mes semblables et je veux plus de temps libre pour pouvoir profiter de mon existence. Le libéralisme veut l'humilité, la docilité, l'ignorance et l'égoïsme. Je veux être droit, refuser lorsque l'on me pressure, cultiver mon savoir et je choisis d'être un individualité pactisant avec les autres citoyens. Le courage n'est pas un héroïsme, il est seulement la décision prise à un instant de refuser d'aller plus avant. Il est simplement l'acte qui consiste à dire stop, à déclarer que l'on ne collaborera plus avec ce système, qu'on le refuse et que l'on ne lui donne plus de droit sur la vie intime, sur la vie privée, sur l'existence. Il faut du courage pour être citoyen, voilà pourquoi le courage doit se réveiller dans le coeur des républicains. Car lutter contre la culture du libéralisme, contre son emprise, passe par le refus de ces valeurs.
Nous devons refuser de vivre ainsi...
Il ne sert à rien de pester contre l'alignement du sarkozysme sur la politique des USA ou de s'insurger contre les transferts de capitaux à coût de délocalisations sauvages, si dans sa vie personnelle, dans cette intimité quotidienne, on se plie aux manières de vivre qui rendent ce libéralisme possible. Le libéralisme cédera parce qu'il aura face à lui des citoyens, non des consommateurs serviles, correctement éduqués.
« Penser, c'est dire non », Alain
par Évariste
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