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Non, l’Otan n’est pas l’ONU de l’Occident

Par Jean-Paul Beauquier

article publié dans la lettre 585

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Dans le monde daté du 2 avril, mais daté du 1er, sinistre farce, deux idéologues connus, MM. A. Glucksmann et B.-H. Lévy, croient devoir s’efforcer de convaincre l’opinion, la France et l’Allemagne, en fait la chancelière d’Allemagne et le président de la république française, que l’Ukraine et la Géorgie ont leur place dans l’alliance atlantique.

De Gaulle est bien mort

Passons sur le fait que l’Otan aurait dû, à tout le moins changer de nom, passons aussi sur le fait qu’il faut une bien grande imagination, ne dit-on pas aussi la folle du logis, pour penser que ces deux états sont réellement des démocraties et leurs leaders les dignes héritiers, si cela a un sens, de Vaclav Havel et de Lech Walesa, passons encore sur le fait que l’Otan dont la France réintègre sans débat démocratique le commandement militaire intégré au moment où l’on parle de politique étrangère et de défense européennes, est devenue un vecteur d’actions militaires tous azimuts, comme en Afghanistan.

La seule motivation de nos auteurs paraît être à travers la contestation de toute l’histoire de la Russie, la volonté de l’isoler. Anti soviétiques à l’époque du communisme aujourd’hui défunt, anti russes désormais puisque le « national-capitalisme » est désormais, pour eux, le nom du régime de ce pays.

Comme nos deux auteurs ne méconnaissent pas le sens des mots qu’ils utilisent, chaque lecteur en lisant « national-capitalisme » aura spontanément fait les odieux rapprochements sémantiques qui s’imposent. Et pour en rajouter sur le signifié, il est question des nouveaux tsars du Kremlin. Vous avez dit, philosophes ?

Il faut donc considérer que la Russie n’est pas en Europe, les mêmes nous disant que la Turquie, elle, y serait, que le peuple russe ne mérite pas les faveurs de l’Occident, alors que quarante pour cent de la population de l’Ukraine est russe et russophone, que cette marche-frontière serait un glacis utile, et que la sanctuarisation de territoires est la dernière invention de la géopolitique. Quant à la Géorgie, Saakachvili démocrate, il faut déjà un certain toupet, pour le soutenir ; accordons qu’il l’est autant que ses voisins du Nord.

Il y aurait donc des alliés « naturels » de l’Europe et des Etats-Unis, curieusement les mêmes, comme si l’histoire de tous les pays d’Europe était identique, et un ennemi désigné, la Russie ? Qui peut ajouter foi à cette fable ?

Au moment où certains s’intéressent au Tibet, faut-il rappeler qu ‘en ce qui concerne les langues parlées et écrites, il y a beaucoup moins de différences entre l’ukrainien et le russe qu’entre le tibétain et le chinois, cantonais ou mandarin, voire qu’entre le français et l’occitan ? Faut-il rappeler qu’à l’exception des états baltes, l’indépendance des constituants de l’ex-URSS, fut non pas portée par une explosion libératrice et enthousiaste des peuples mais par la volonté d’apparatchiks reconvertis dans le nationalisme, le « national-affairisme », pour parler comme nos deux intellectuels, bien plus que convertis à la démocratie, à l’exemple d’un Boris Eltsine dont l’évident moteur fut l’appétit du pouvoir ?

Il est vrai que si on reconnaît l’indépendance du Kossovo et la nécessité historique de deux états albanais, on peut dans la foulée nier que l’Ukraine culturellement, historiquement, ethniquement soit plus proche de la Russie que des Etats-Unis. Contradiction dans le fait qu’ici on crée un état sur une base ethnique et que là on passe allègrement sur d’aussi proches cousinages ? Qu’en pensent les extrémistes flamands ?

L’empire universel ?

L’Otan n’est plus désormais que le faux –nez d’un outil militaire dont les opérations les plus précises doivent à peu près tout à la technologie américaine, awacs et satellites inclus. Le traité de Lisbonne fait de l’Otan le cadre de la politique étrangère européenne, son principe même.

L’indépendance de l’Europe qui pourrait avoir un sens dès que cette « expérience de gouvernement sans état », comme dit Anthony Giddens, croira collectivement à un destin commun, n’intéresse visiblement pas ceux qui, avec l’Otan, ont accepté la guerre en Irak et y ont quelque temps envoyé des contingents.

L’ennui, c’est que le gouvernement américain, lui, pense d’abord aux intérêts américains ou à des intérêts américains ; rien ne dit que la politique étrangère de l’Europe vue de Washington, ait un autre objectif que de « fixer », par exemple, la Russie. Quand Bush senior déclara que la Turquie avait sa place dans l’Union européenne, il ne dit pas autre chose, moyennant l’utilité d’une forte armée alliée à proximité des réserves pétrolières, aussi longtemps qu’on en aurait besoin.

Pour des raisons budgétaires, pour éviter aussi une prise d’indépendance difficile à maîtriser, le gouvernement américain a essayé de faire de l’Otan un outil d’intervention élargi la planète, chasses gardées au sud du Rio Grande et circum-pacifiques exclues. « Caniche de Bush », ce n’était pas si mal vu et après Blair, d’autres en ont pris la peau. Mais quel rapport cela a-t-il avec la démocratie ?

« Les signataires de cette lettre n’ont ni fonction, ni mandat. » . Hélas, si : ils servent fidèlement un maître, si l’on peut ainsi désigner un modèle politique et social et de même que certains pensent le capitalisme indépassable, crise financière et saccages écologiques compris, d’autres pensent que l’intégration de peuples souverains « à notre famille politico- militaire » est un progrès décisif pour l’histoire du monde et de la démocratie. La démonstration serait plus convaincante si la notion même de « peuple souverain » n’était pas systématiquement niée par la pratique des dirigeants politiques de nos démocraties occidentales ; l’Europe sans les peuples n’est pas une invention des anti-européens et quand on ose dire que certains sujets sont trop complexes pour les soumettre aux aléas d’un référendum, on ôte au citoyen sa propre identité. Quelle est la légitimité d’un élu dans ces conditions ?

La fin de l’histoire n’est cependant pas si évidente ; dans une économie mondialisée (et c’est bien pour cela que national-capitalisme n’est pas un mot de hasard) qui se passerait volontiers des nations et donc aujourd’hui, « les choses étant ce qu’elles sont », des citoyens pour n’avoir à faire qu’à des consommateurs universels, il semble ici ou là que la nécessité de règles acceptées par tous impose que la question de la légitimité politique continue encore de se poser assez longtemps.

par Jean-Paul Beauquier
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vendredi 21 novembre 2008, 19:00

« 1968-2008 : QUE RESTE-T-IL DES CONQUÊTES POUR LA LIBERTÉ D’EXPRESSION ? »

PARIS XIVe
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22 rue, Deparcieux (Métro Gaité ou Denfert-Rochereau ; Bus 68 ou 38)
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samedi 22 novembre 2008, 17:30

QUICK MONEY - photographies d'Elisabeth Cosimi

Confluences
190 Bd de Charonne 75020 Paris
M° Alexandre Dumas
Entrée: 3 euros
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samedi 29 novembre 2008, 15:00

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mardi 9 décembre 2008, 20:00

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