Débats politiques
Par René Fredon
Jeudi 1 mai 2008
article publié dans la lettre 589
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Les commentateurs frétillent depuis mardi : le PS français qui passait pour le mouton noir trop à gauche parmi les partis socialistes d’Europe, ferait sa " révolution " : diable ! C’en serait fini avec la lutte des classes et l’abolition du capitalisme, le PS se contenterait d’être le promoteur d’une économie sociale et écologique de marché. Sous le regard bienveillant du CAC 40 et des gouverneurs indépendants des banques centrales et du FMI réunis.
Quelle découverte ? Ces " observateurs " ne manquent pas d’humour, ils trouvent que le PS est encore trop ancré à gauche et ils ne souhaitent pas que leurs nuits soient hantées par le spectre d’une transformation sociale qui limerait les ailes au capitalisme triomphant ou plutôt agonisant, selon le point de vue (de classe) où l’on se place.
Ces mêmes " observateurs " de l’Express au Nouvel Obs, en passant par le Figaro et quelques autres trouvent tellement archaïque le vocabulaire hérité du 19è siècle. Alors la chose, pensez donc… Libéral, à la rigueur, la racine du mot sonne bien mais capitalisme ça sent le rétro et plus, l’insupportable présomption de prétendre le supplanter. Et puis les expériences du siècle passé ont été tellement décevantes, au point de condamner toute velléité de s’affranchir d’un système voué à l’éternité. Alors, de grâce, soyons raisonnable, ne demandons pas l’impossible ! On n’est plus en 68, revenons sur terre et acceptons l’ordre économique comme le meilleur des régimes politiques, le plus efficace, ajoute-t-on au PS qui, décidément, n’est pas le dernier pour vanter les mérites de l’économie de marché.
Rappelez-vous, au lendemain de la défaite de Ségolène Royal, les mêmes commentateurs invitaient le PS à devenir franchement social-démocrate, à faire son congrès de Bad Godesberg (celui où le SPD allemand, en 1959, renonçait à toute référence avec le marxisme et la lutte des classes pour renouer avec l’éthique chrétienne et surtout se prononcer pour la libre concurrence, la libre entreprise, l’économie de marché, c’est-à-dire contre les nationalisations, pour les privatisations…) et se tourner sans complexe vers le centre, autrement dit la droite.
Mais que faisait d’autre madame Royal entre les deux tours en allant proposer à Bayrou de devenir son premier ministre et que disait d’autre François Hollande en 2003, quand il qualifiait le programme du PS de " gestionnaire et social-libéral ", c’était pour promouvoir quelles valeurs sinon celles du libéralisme ? Et le tournant de la rigueur en 1983, c’était quoi d’autre ? Et les privatisations sous la gauche, était-ce pour améliorer nos services publics, préserver notre modèle social ou pour répondre aux critères de Maastricht exactement inverses que le PS avait approuvés ? Et Jospin, premier ministre, qui voulait rassurer les Français en avouant qu’il n’appliquait pas un programme socialiste ! Et, et… on pourrait poursuivre.
Si viser les responsabilités politiques les plus hautes - la présidence de la République, le gouvernement - consiste pour le PS, à séduire l’électorat de gauche par un discours de gauche et, ensuite gouverner à droite, pour éviter de faire des vagues et de se mettre à dos les puissances d’argent qu’il n’ose même plus qualifier de capitalistes, comment peut-on prétendre changer la vie des gens, car c’est bien la vie des gens les plus modestes qu’on veut améliorer, réduire les inégalités et résoudre l’ensemble des problèmes économiques et sociaux à partir de ce critère fondamental, du moins pour la gauche qui se respecte ?
Toute la quatrième République n’a été qu’une valse de gouvernements impuissants de centre-gauche gouvernant à droite, et pour cause et tout se passe comme si, avec la cinquième République, le bipartisme nous ait enfermé dans ce même faux choix où l’opposition et la majorité se confondent lorsqu’elles alternent au gouvernement et ne se contestent que pour y parvenir.
On serait tenté de déclarer le PS hors jeu à gauche. Cela serait sans tenir compte des réactions qui montent de ses propres rangs tout en restant minoritaires et des aspirations d’une partie de ses électeurs qui ont le cœur à gauche mais préfèrent encore voter pour un parti qui a des chances de gouverner que pour un qui n’en a aucune ! C’est l’effet pervers de cette bipolarisation qui conduit non plus à choisir positivement celui ou celle dont vous vous sentez le plus proche, dont vous partagez les convictions, la vision du monde mais celui qui a le plus de chances de battre votre ennemi principal, que vous ne voulez à aucun prix.
C’est le vote négatif, celui auquel vous êtes conduit par le système électoral, en désespoir de cause parfois, car vous auriez bien voulu voter pour untel mais il n’a aucune chance, donc votre voix est perdue : c’est la négation de la citoyenneté, de la démocratie. Ce n’est pas la moindre des révolutions à opérer. Encore qu’il n’est pas fatal d’aller là où on veut nous conduire. N’est-on pas libre dans l’isoloir ?
Il y a ce morcellement à la gauche (réelle) du PS où la surenchère verbale n’a d’égale que l’impuissance à rassembler toutes les sensibilités idéologiques, sociales, écologiques, plus radicales les unes que les autres ou plus hésitantes sur l’attitude à avoir vis-à-vis du PS qui se veut " la gauche " à lui tout seul et surfe sur sa crédibilité électorale qui lui vaut de diriger toutes les régions, sauf une et une majorité de départements et de grandes villes.
On sent bien que c’est par là que l’on pourrait peser lors des prochaines échéances et donner un prolongement aux luttes et aux exigences sociales qui montent sous l’effet des contre-réformes sarkoziennes de plus en plus mal vécues qui n’arrêtent pas de faire chuter sa cote de popularité qui s’est accentuée après l’échec de sa majorité aux municipales.
Je ne crois pas que cela puisse se faire dans la précipitation ou dans l’incantation d’une nouvelle formation structurée comme il s’en prépare, mais dans la mise en commun d’objectifs politiques, sociaux, sociétaux… portés par des citoyens, des partis et des militants riches de leurs propres sensibilités. Le pluralisme reconnu et assumé est une vraie richesse qui n’exclut nullement, bien au contraire, de grandes initiatives unitaires pour porter des projets transformateurs et des majorités pour les concrétiser.
Le printemps nous y invite.
par René Fredon
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jeudi 20 novembre 2008, 19:30
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22 rue, Deparcieux (Métro Gaité ou Denfert-Rochereau ; Bus 68 ou 38)
entrée libre
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samedi 22 novembre 2008, 17:30
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190 Bd de Charonne 75020 Paris
M° Alexandre Dumas
Entrée: 3 euros
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samedi 29 novembre 2008, 15:00
À L’ILE-SAINT-DENIS
Centre sportif Ile-des-Vannes
(métro mairie de Saint-Ouen)
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mardi 9 décembre 2008, 20:00
Amphithéâtre DONZELOT,
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Besançon
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mercredi 17 décembre 2008, 20:00
Centre Culturel Jacques Franck
Chaussée de Waterloo 94
1060 Saint-Gilles
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