Débats politiques
Par Jean-Paul Beauquier
Mercredi 14 mai 2008
article publié dans la lettre 589
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Réformisme : système politique selon lequel la transformation de la société, en vue d’une plus grande justice sociale, peut s’effectuer dans le cadre des institutions existantes, au moyen de réformes législatives successives, et sans recours à la révolution.
(Dictionnaire Larousse)
La messe est dite : à en croire les commentateurs de l’actualité politique, les acteurs de la majorité et malheureusement aussi la plupart des rhéteurs de l’opposition, en élisant Sarkozy, les Français auraient non seulement élu un président mais validé ad libitum un programme.
Cette coquecigrue politique est, évidemment, complaisamment reprise par les media du monde audio-visuel et par les experts, brevetés conformistes, qui ont envahi les plateaux des spectacles auxquels se résument les émissions de débat. Il est certes regrettable, pour le respect de l’esprit humain, que certains d’entre eux, universitaires par ailleurs, éditorialistes et idéologues de service, ne trouvent rien de mieux que de dénigrer à longueur de tirades la fonction publique statutaire, l’exception française, le préambule de la Constitution, le Code du travail et d’encenser le libéralisme, la flexibilité, la précarité et la rémunération du mérite illustrée, sans doute, par les stock-options. Le tout sans prendre le risque pour eux-mêmes de travailler sans filet !
Si une élection politique dans ce pays avait jamais eu pour objet de faire adopter la totalité du programme d’un candidat, y compris les éléments précisés après l’élection, ce serait à la fois su et connu de tout le monde mais surtout historiquement prouvé ; or il n’en est rien et sans remonter à une époque où le suffrage universel n’existait pas, l’approbation massive, un peu aidée ici ou là, d’un homme et de ce qu’il incarnait, pas nécessairement de ce qu’il portait, ne s’est rencontrée que deux fois dans l’histoire de notre pays, sous Louis-Napoléon Bonaparte, devenu après coup et dans le même "enthousiasme" Napoléon III, et sous Charles De Gaulle, que le Canard Enchaîné un peu injustement, a quelquefois caricaturé sous la défroque du précédent. Nous ne comparerons pas les deux personnages, l’Histoire a su leur donner la place qui revient à chacun. Mais dans les deux cas cependant, il est utile de rappeler qu’il s’agissait de mettre fin à une crise de régime et de compenser l’incapacité d’une " classe politique " à répondre aux défis du temps, à satisfaire les intérêts des possédants ou à donner une réponse appropriée et collectivement acceptable à un blocage institutionnel et politique.
Rien de tout cela en 2007, sauf peut-être le caractère non crédible d’un autre choix. Réussir à se faire désigner comme candidat à une fonction, ne signifie pas nécessairement qu’on peut l’exercer et tenir le rôle qui, par une espèce de schizophrénie politique, l’accompagne.
Mais c’est bien une incarnation, et non un programme, qui a été élue, cette fois encore ; les deux candidats ont d’ailleurs à peu près tout joué dans cette épiphanie du sauveur, et leur campagne à tous deux, au second tour, a parfaitement illustré le césarisme médiatique qui caractérise la dérive de la vie politique avec une élection d’un chef de l’exécutif au suffrage universel, sans équilibre des pouvoirs constitués.
Dans un tel contexte, à quoi rime un discours qui attribuant au président élu une légitimité indéniable, 53 % des suffrages exprimés avec un taux de participation de 84 %, ne pose pas la question pourtant fondamentale de la nature de cette légitimité ? C’est pourtant ce que fit encore, Pierre Moscovici, qui n’est peut-être pas le meilleur possible des premiers secrétaires du PS possibles, mais assurément pas le pire envisageable, au Grand Jury-RTL/LCI/Le Figaro le dimanche 20 avril 2008, S’il s’agit de ne pas toucher aux institutions, on comprend mieux, mais on est assez loin de la perspective d’un renforcement des pouvoirs du Parlement en France ou d’un approfondissement de la démocratie, participative ou non.
Par un curieux retournement, la droite, en France, s’est faite héraut de la réforme, oubliant la phrase de Niklas Luhmann : les conservateurs commencent par la déception
; à moins que la rigidité de père Fouettard de François Fillon, ne soit que le courage d’assumer cette formule ! Depuis que le Medef a théorisé la refondation sociale par la remise en cause de la totalité du compromis véritablement organique de 1945, ce que certains d’ailleurs continuent d’appeler le compromis gaullo-communiste, les partis politiques de droite, mais hélas, pas seulement eux, se sont ralliés en termes pratiques à son postulat de départ : la France est bloquée, pas dans le siècle, empêchée d’agir au mieux de ses intérêts dans la compétition mondialisée ; il faut donc déconstruire les bases de son fonctionnement actuel comme système social.
Il va de soi que les intérêts en question ne sont pas précisés, et il faut disposer effectivement de tous les moyens des techniques modernes de communication pour arriver à faire croire que les intérêts d’une minorité de privilégiés sans grand talent, encore moins de génie, puissent être, par une espèce de transsubstantiation, forcément mystérieuse, ceux du plus grand nombre. La formule la plus célèbre en est : " Travailler plus pour gagner plus " alors que chacun sait, au moins depuis Guizot de manière certaine, que ce n’est pas par le travail et par l’épargne qu’on peut espérer devenir véritablement riche.
Il va de soi également que la dimension historique de la construction du système social français est mise de côté, le peuple n’étant, par définition, pas un acteur de son histoire, pour un conservateur digne de ce nom, a fortiori pour un idéologue zélé au service des dirigeants de l’économie…
Il va de soi, enfin, que la difficulté de la tâche, ce foutu peuple étant capable de réveils, sera grandement atténuée si la gauche est divisée ou ralliée à l’idée que rien d’autre n’est possible dans une fin de l’histoire désirée, au moins par ceux qui préfèrent, et pour cause, raconter des histoires que la faire ou la subir.
Il faut avouer qu’entre une extrême-gauche qui n’a tiré aucune leçon du renvoi dans l’utopie du communisme, en tant que société en acte, sinon comme processus pratique de libération humaine, et un parti socialiste qui pense pouvoir proposer une alternance sans alternative et convaincre sans un corps de doctrine, la droite en France, ou en Italie, ne pouvait rêver mieux.
par Jean-Paul Beauquier
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190 Bd de Charonne 75020 Paris
M° Alexandre Dumas
Entrée: 3 euros
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Amphithéâtre DONZELOT,
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mercredi 17 décembre 2008, 20:00
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