Europe
Par Philippe Cohen
Dimanche 15 juin 2008
article publié dans la lettre 592
Voir cet article sur son site d'origine : Http://www.marianne2.fr/Le-dernier-referendum-en-Europe-_a88171.html
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Avant même le non irlandais, Nicolas Sarkozy avait été chaudement félicité par Jean-Claude Juncker et la technocratie européenne pour avoir évité la voie référendaire.
Il suffit de lire : le Premier Ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker l'avait déclaré dans la Revue civique[1]: «En France, Nicolas Sarkozy avait dit, avec beaucoup de courage, avant les deux tours de scrutin de l'élection présidentielle, qu'il ne soumettrait pas le nouveau texte à référendum. Cette décision lève une sérieuse hypothèque en France, et aussi dans d'autres pays. Plusieurs Etats membres auraient pu se lancer dans l'aventure référendaire si la France y avait eu de nouveau recours. J'emploie le mot "aventure" à dessein car, même si le référendum est démocratique, il entre dans cette catégorie imprévisible.»
Vous avez bien lu : pour l'eurocrate Juncker, président de l'Eurogroupe, un scrutin démocratique permettant à des peuples d'adopter les règles qui vont régir le fonctionnement de la démocratie constitue une aventure. Pour les dirigeants de la Chine, pour Kagame le Président du Rwanda, pour Pinochet autrefois, son imprésibilité constitue le principal défaut du vote. C'est pourquoi tous, peu ou prou, s'en sont toujours passé...
D'où l'ambivalence du Non irlandais :
Le satisfecit accordé à Nicolas Sarkozy ne trompe pas : la technocratie européenne lui est reconnaissante d'avoir choisi la voie parlementaire pour l'adoption du Traité. Lui-même a d'ailleurs déclaré qu'en cas de référendum, la plupart des peuples d'Europe voteraient non. Dans l'eurolangue, éviter le suffrage universel est considéré comme un acte de courage politique.
Hier, François Bayrou rappelait qu'il s'était prononcé, durant la campagne présidentielle française, en faveur de nouveaux référendums à l'échelle européenne pour ratifier le Traité. La plupart des dirigeants socialistes s'étaient également prononcés pour un nouveau référendum, comme nous l'avions déploré dans ces colonnes. Mais, rappelons-le, ils ont bien vite oublié leurs engagements et ne se sont pas opposés à l'adoption parlementaire du Traité simplifié, permettant au président français de valoriser la voie censitaire pour l'adoption des traités européens. Les européistes rétorquent que les députés qui adoptent les textes européens sont des élus du peuple. Certes, mais ces élus n'ont pas mandat pour gérer les affaires euroépennes, sauf à modifier profondément la Constitution. Le Président est d'ailleurs en train d'en faire adopter une nouvelle ... par la voie parlementaire, devenue en fait une nouvelle voie censitaire, la nation ayant vocation à être dirigée par un groupe de «professionnels de la démocratie». Peut-être que, sans le savoir, Nicolas Sarkozy aura posé la première pierre d'une nouvelle Europe, persuadée qu'elle doit agir pour le peuple mais sans lui. Exactement comme les dirigeants de l'ancienne Union soviétique.
[1] N°2, printemps 2008, etat-desprit.org
par Philippe Cohen
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