Débats politiques
Par Irwin Davidson
Jeudi 26 juin 2008
article publié dans la lettre 593
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Lire l'article critiqué :
Précisions sur l’origine du prix élevé du pétrole par F. William Engdahl
Suite à l’article de William Engdahl, je voudrais élargir le débat concernant l’avenir du pétrole. Il est vrai qu'une partie importante de la hausse du prix du pétrole est liée à la spéculation. Mais il est difficile de spéculer sur quelque chose qui est abondant et dont l'offre est largement supérieur à la demande. C'est la même chose avec les denrées alimentaires.
Si vous suivez l'histoire de la production pétrolière mondiale depuis les dernières dix années, vous pouvez en gros divisez les avis en deux camps. Les optimistes qui soutiennent que la production mondiale de pétrole va continuer à augmenter encore pendant au moins 20 ans (bonjour le CO2). Pas de Pic en vue. Qui sont-ils? Dirigeants des compagnies pétrolières privées et d'état, et économistes. De l'autre coté, les 'pessimistes' pour qui le pic est imminent. Qui sont-ils? En majorité des géologues, des anciens de l'industrie pétrolière (si vous avez un problème d'agent, allez-vous consulter un géologue? Si vous avez des problèmes de production pétrolière allez-vous voir un banquier, un économiste?).
Qui a raison? Que nous disent les chiffres de production des dernières années par rapport aux prédictions des uns et des autres?. Ci-dessous 3 graphiques de la production des dernières années, 1 liquides totaux (y compris biocarburants etc), 2 production pétrolière (production de brut) et 3 production de l'Arabie Saoudite. Ils montrent une stagnation importante depuis 2004-2005. Depuis le début de cette année, la production a de nouveau augmenté légèrement, mais il faut toujours attendre presqu'une année pour que des chiffres plus fiables soient disponibles.



La cruelle réalité est que c'est plutot les pessimistes qui ont raison, nous sommes sur un plateau ondulant de production qui peut encore durer des années ou se mettre à décliner dans un proche avenir. Plusieurs articles ont repris les prédictions des optimistes (les plus influents sont Daniel Yergin du CERA, Cambridge Energy Research Associates) des années 2005, 2006 et 2007 en ce qui concerne la production et le prix et les ont comparé à la réalité. Ils sont loin du compte! Même les prévisions du très officiel IEA (International energy agency) se trouvent de plus en plus déconnectées de la réalité. Une réevaluation à la baisse de leurs chiffres est prévue pour la fin de l’année. En revanche, les prédictions des pessimistes sont toujours plus proche de la réalité constatée. C'est pour cette raison qu'il est très facile de spéculer et provoquer un envol du prix.
Méfions nous du mythe que relaie Endghal: Le plus important producteur de pétrole du monde, l'Arabie Saoudite, est en train de finaliser des plans pour renforcer l'activité de forage d'un tiers et accroître les investissements de 40 %. Le plan de Saudi Aramco, couvrant la période de 2009 à 2013, devrait être approuvé ce mois-ci par le conseil d'administration et le Ministère du pétrole. Le Royaume est au beau milieu d'un plan d'élargissement de la production pétrolière de 50 milliard de dollars pour répondre à la demande croissante de l'Asie et des autres marchés émergents. Le Royaume prévoit d'accroître sa capacité totale de pompage jusqu'à 12, 5 millions de barils par jour d'ici à l'an prochain, une hausse d'environ 11 % de sa capacité actuelle de 11, 3 millions de barils par jour.
C'est la propagande de Saudi Aramco. La réalité des chiffres est bien plus inquiétante, car la production des dernières années du Royame était plutot constante voire en baisse (voir graphique 3). Chaque fois que vous entendez un commentateur vous dire que l'Arabie Saoudite est capable d’augmenter sérieusement sa production, demandez des preuves et des chiffres établis de façon indépendente. Vous n'en aurez pas, car au Royaume de la lapidation, ces informations là sont secret d'état. Sachez qu’on décortique les images satéllite de Google Earth afin de traquer l’activité au dessus des champs pétroliers et qu’on tente même d’utiliser des techniques de laser afin de mesurer l’affaissement des sols, une indication du degré d’exploitation des réservoirs situés en dessous de la surface. Il ne faut pas simplement répéter ce que les Saudis proclamment, sans avoir aucune vérification de la réalité des chiffres. Pour les autres mégaprojets les chiffres annoncées par les compagnies sont largement contestées et cette nouvelle production sera nécessaire simplement pour compenser les baisses constatées au niveau d'autres producteurs, mer du nord, Mexique, Kuwait etc. Il faut savoir que les réserves des pays de l’OPEP ont été augmentées de façon artificielle dans les années 80 avec l’instauration du système des quotas, et que malgré les millions de barils produits chaque année, les réserves officielles restent constantes. Seul le Kuwait a été récement obligé de reconnaître la vérité avec la baisse de la production de leur plus grand exploitation de Burgan.
Il est surtout très important de ne pas confondre réserves et production. Les sables bitumeux d'Alberta au Canada sont quasiment inépuisables, mais la production sera très lente. C'est comme si vous aviez 1 millions d'euros à la banque mais que vous ne pouvez rétirer que 2000 euros par mois. Le pic de production ne signifie nullement la fin du pétrole. Simplement le début de son long déclin, mais avec des répercussions économiques importantes.
Il n’y a pas que la question de la production, il faut également tenir compte des exportations du pétrole. Il y a des pays producteurs, comme l'Arabie Saoudite et surtout la Féderation Russe, qui exportent moins car ils consomment plus chez eux. L'équation est bien plus compliquée qu'on imagine généralement. Regardons les Etats-Unis, la production mexicaine (un de leurs plus importants fournisseurs) est en forte baisse. Il faut donc s’apprivisioner ailleurs, chez des pays moins bienviellants à leur égard, comme le Vénezuela. Résultat de cette situation, les réserves de l’OCDE ont baissé de 8.1 millions de barils en avril, un moment de l’année où habituellement les réserves augmentent de 30 millions barils. Cette année nous sommes en train de bruler nos réserves, au lieu de les réstituer après les mois d’hiver.
Il est toujours facile et très confortable d'imaginer que notre mode de vie continuera inchangé pendant des décénies, et que tous cela n'est que vaste conspiration des spéculateurs (qui existent bien sur). Mais regardons la situation avec du recul et nous verrons que l'age du pétrole aura duré grosso modo un siècle 1920-2020.
Oui, il y une bulle spéculative, non il n'y pas un avenir rose pour la production pétrolière.
par Irwin Davidson
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samedi 6 décembre 2008, 10:00
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