Combat social
Par Nicolas Pomiès
Jeudi 26 juin 2008
article publié dans la lettre 593
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La Mutualité française avait mis en place en 2006 un « Parcours de Santé Mutualiste », un parcours où « l'objectif de la Mutualité française, était de proposer demain à ses adhérents une marche à suivre, un circuit balisé et expertisé depuis le médecin généraliste jusqu'au service de pointe, en incluant le dépistage et la prévention.»
Ce parcours risquait rapidement de s'apparenter à une filière de soins dans laquelle le patient sera obligé de s'inscrire pour bénéficier des conditions de remboursement de sa mutuelle : Médecin traitant conventionné, Spécialiste conventionné, Clinique conventionnée, etc.
L'égalité d'accès au soins des assurés sociaux théoriquement garantit par la loi s'en trouvait éliminé.
Sous couvert de qualité des soins, il se cachait une volonté de captation du patient dans un système économique pour le bénéfice comptable des seules mutuelles de la Mutualité Française. Avec ce "Parcours de Santé Mutualiste" il y avait fort à parier qu'il s'agirait de créer un réseau de soins spécifique au parcours "mutualiste" mieux remboursé qu'en dehors.
La Mutualité Française adoptait en fait la même logique financière que la compagnie AGF (Le Point 19/01/06 - N°1740) qui proposait une superbe assurance privée réservée à une élite bénéficiant des services de 200 médecins sélectionnés par la compagnie elle-même.
Déjà ce "Parcours de Santé Mutualité" était une attaque en règle du conventionnement des médecins, praticiens et établissements, piloté par l'UNCAM, et négocié dans une convention nationale. En bref, cette création de la Mutualité Française était un outil majeur de sa grande revanche contre la Sécurité Sociale de 1945 (il faut savoir que la plupart des dirigeants de la Mutualité Française trouvaient la Charte du Travail de Pétain comme une merveille et la Sécu comme une horreur).
Le Président de la Mutualité Française, M. Davant se disait d'ailleurs « prêt à engager des discussions avec les professions de santé, collectivement mais aussi individuellement » ?
La Mutualité Française vient donc de passer aux actes en transformant en mai 2008 son "Parcours de Santé Mutualiste" en "Priorité Santé Mutualiste" qui enfonce le clou.
Ainsi le praticien ou le centre de soins seront évalués sur des critères de performance (sic!) sur la résolution des pathologies.
L'adhérent d'une "mutuelle" de la Mutualité Française est donc convié à contacter une plate-forme téléphonique pour connaître l'établissement le mieux adapté car bien noté à la résolution de sa pathologie. Les critères d'évaluation étant conformes à ceux donnés par la haute autorité de santé (HAS) et suivis par un comité d'experts et éventuellement d'associations de malades reconnues.
Quelle garantie d'indépendance médicale un conventionnement de ce type offre-t-il pour le patient ? Et surtout jusque quand le remboursement de la "mutuelle" sera maintenue en dehors de "Priorité Santé Mutualiste" ? En effet, si l'on suit la feuille de route que consista le rapport Chadelat de 2003, la Sécu devrait bientôt définitivement ne gérer qu'une assurance minimale, la grosse part des soins devraient être laissées aux seules complémentaires santé. "Priorité Santé Mutualité" n'est que la copie des démarches de conventionnement en dehors de la Sécu déjà opérées par plusieurs opérateurs "réseau de santé". Les groupes financiers qui investissent en ce moment sur la santé préparent leurs réseaux de soins privés favorisés par toutes les mesures gouvernementales actuelles obéissant aux directives européennes (privatisation des hôpitaux, fin du remboursement de l'optique et du dentaire; déremboursement de nombreux médicaments, automédication et vente en supermarché et station-service etc.) dont la Ministre Bachelot a indiqué qu'elles devaient porter leur fruits pour 2010.
Le système qui consiste à mettre dans les mains d'actionnaires, la santé de la population est connu, il provoque des ravages aux Etats-Unis. La médiatisation du contenu de "Priorité Santé Mutualiste" prouve, une fois de plus, que les dirigeants de la Mutualité Française ont fait le deuil de la Sécurité Sociale Solidaire et préparent leur positionnement sur le marché qu'est devenu notre santé.
Bien évidemment, en tentant de jouer l'économie capitaliste, sans résister et défendre les spécificités de l'économie sociale et solidaire mais au contraire en oeuvrant à la privatisation totale de la santé, les mutuelles de la Mutualité Française creusent leurs tombes comme elles contribuent par leurs doubles discours solidaires un jour, assurantiels souvent, à désorienter les assurés sociaux.
Car en fin de compte, c'est l'état sanitaire de la population qui va pâtir des trahisons et autres "priorité Santé Mutualistes".
par Nicolas Pomiès
Directeur de L'Avenir Mutualiste (www.avenirmutualiste.fr), de l'Union de Gestion des Oeuvres Sociales et Sanitaires (UGOSS - www.ugoss.fr) et de la Mutuelle Solidaire d'Aide à la Personne (MSAP - www.msap.fr) voir tous ses articles
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