Politique française
Par Yves Durrieu
Jeudi 18 septembre 2008
article publié dans la lettre 598
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C’est courageux de continuer à lutter contre la privatisation de GDF, d’autant plus que celles de la Poste et d’EDF se profilent pour le proche avenir. Mais, pour lutter utilement contre ces « ouvertures de capital », qui aboutissent à une privatisation réelle, il ne suffit pas, comme on le fait souvent d’évoquer l’augmentation des tarifs qui en résulte. Il faut également riposter aux arguments qui ont été avancés par les auteurs de ces opérations.
Pour la fusion Suez/GDF, l’argumentation développée repose essentiellement sur deux points :
1, Des économie d’échelle sont certes indispensables, d’autant plus qu’en matière énergétique, les investissements doivent être massifs. Mais pour mobiliser le capital indispensable, on a pu pratiquer d’autres solutions bien meilleures:
2, Y a-t-il de meilleures solutions que cette fusion ? D’abord pourquoi cette solution est mauvaise ? Le marché de l’énergie est très particulier : l’énergie est indispensable à toute vie moderne ; nombre de ses utilisations sont totalement captives (en électricité, tous les usages sauf le chauffage) ; c’est donc « un bien public », qui, de plus, tend à devenir rare (la demande croissant plus vite que l’offre) ; Suez/GDF majoritairement privatisée (65 % de capital privé), dont le Président désigné est d’ailleurs Mr. Mestrallet (président de Suez) sera mis, par l’Etat impécunieux, à la merci des actionnaires qui, tout naturellement, seront tentés par des investissements à rendement rapide, alors que dans le domaine énergétique, le rendement du capital est faible et à long terme… sauf si l’on augmente fortement les tarifs, ce qui est déjà le cas. De plus, l’évolution inexorable en faveur des privatisations partielles, sous la pression des actionnaires privés, est d’accroître continuellement la part du privé sur le public (exemples : France-télécom, Air-France, etc…). D’ailleurs Sarkozy, après avoir juré solennellement en 2006 que GDF (comme EDF) ne passerait pas sous la barre des 50 % de capital public, a fait le contraire un an plus tard : le contrôle de la puissance publique n’est donc que très provisoire.
Pouvait-on faire autrement ? On pouvait accepter une fusion entre Suez et l’Enel italienne, dans le cadre de l’Union Européenne, ce qui aurait assuré une vraie concurrence face à la fusion souhaitable EDF/GDF, évitant ainsi une « domination monopolistique ; les traités communautaires proclamant par ailleurs la neutralité de l’UE en matière de statut patrimonial[2], l’affaire était parfaitement jouable. D’ailleurs nos gouvernants ont–ils « osé » présenter un tel projet à la CE ? Certainement non, alors qu’on a déjà constaté que la CE sait plier face à des adversaires résolus (voir exemples ci-dessus) De plus dans le monde, l’énergie est à nouveau confiée à des entreprises publiques, étant donné la nécessité vitale d’obtenir la sécurité d’approvisionnement de l’énergie et de faire face aux « fonds souverains'' » des pays producteurs et des pays émergents qui eux aussi sont publics
Il est certain que connaître et réfuter les arguments avancés lors des privatisations précédentes, qui se ressemblent toutes, peut servir pour l’avenir concernant, en particulier, la Poste et EDF. Le contexte extérieur devrait être favorable à cette contestation puisque les excès du néo-libéralisme et les crises en résultant tendent à justifier un retour de la présence des pouvoirs publics dans l’économie, surtout quand il s’agit de services publics. Il faut cependant attirer l’attention des syndicats sur l’enjeu de ces nouvelles batailles à livrer, la Poste n’étant pas comme certains le pensent un combat d’arrière –garde, perdu d’avance
[1] L’unbundling est le fait de séparer les diverses activités d’une entreprise qui, par souci d’efficacité, avait effectué une intégration verticale des dites activités (pour l’électricité et le gaz : les fonctions de production, de transport et de distribution); devant l’hostilité des gouvernements français et allemands, il semble que la CE, pourtant soutenue par le Parlement européen, hésite à imposer cet éclatement
[2] J’ai entendu en 2004 le Directeur général de la DG Energie, Mr.Lamoureux, affirmer, en réponse à une question sur le projet de fusion EDF/GDF : « La CE jugera le projet d’une telle fusion uniquement en fonction de son caractère de monopole dominant , et non pas de son caractère patrimonial »
par Yves Durrieu
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