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Film : D’un Mur à l’autre, de Berlin à Ceuta

Par Hakim Arabdiou

article publié dans la lettre 599

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D’un Mur à l’autre, de Berlin à Ceuta est un documentaire de 90 minutes, réalisé par le belge, Patric Jean, et coproduit par la chaîne télévision française, France 2.

Le film nous fait voyager à travers quatre pays d’Europe, où l’on voit et où l’on entend, loin des clichés, des migrants, anciens ou récents, femmes et hommes, se raconter, certains avec humour, mais tous étreints par la nostalgie, qui leur fait essuyer quelques larmes.

Il nous transporte d’abord, en Allemagne, à la rencontre d’un petit commerçant pakistanais vivant seul dans ce pays, depuis 1981. L’échoppe qu’il possède est située en pleine rue et est presque adossée aux vestiges du Mur de Berlin. Il montre les photos de ses parents et de sa famille, et avec une particulière émotion une vidéo que sa fille cadette venait de lui envoyer sur son téléphone cellulaire. On l’a voit chanter une chanson pour son papa et rire aux éclats.

En Belgique, on fait la connaissance d’un humoriste congolais, trentenaire, beau et élégant. Il était le seul Noir du village, où il a atterri comme une « OVNI ». « Du jour au lendemain, vous n’êtes rien, sans histoire, sans passé, et isolé. », raconte-il. Il s’était toutefois dit que si les habitants du village ne venaient pas vers lui, eh bien ! c’était à lui d’aller vers eux. Il en fit également le sujet de l’un de ses sketches.

Puis d’un couple ayant deux enfants de 8 ans et 12 ans. Elle est cubaine et ingénieur du pétrole de formation, et lui, Afghan et ingénieur chimiste de formation. Ils se sont retrouvés bloqués en Belgique sur le trajet de Moscou, où ils avaient projeté de vivre. Mais ils ne regrettent pas d’être là où ils se sont fait beaucoup d’amis.

On fait aussi la connaissance d’un retraité italien qui était venu de sa Sardaigne natale pour travailler dans la mine. L’enfer ! Il n’a pas moins eu le temps de donner « huit bons sujets au Roi », précise-t-il avec malice, et qui lui ont donné à lui autant de belles-filles et de beaux-fils, ainsi que de nombreux petits-enfants. Le réalisateur nous le montre entouré d’eux qui lui fêtaient son anniversaire.

Il nous emmène ensuite en France à la rencontre de Hammou Bouakkaz, marié et père de deux enfants, cadre bancaire et adjoint au Maire socialiste de Paris, chargé de la démocratie locale et de la vie associative. Son père avait laissé tombé son métier de fleuriste à Alger, pour émigrer en France, dans l’espoir de le guérir de sa cécité congénitale. L’élu parisien, fils de ce père devenu ouvrier, a eu de la chance d’avoir « émergé » du lot de la cité de banlieue où il résidait avec ses parents, « grâce » au fait qu’il ait été considéré comme un aveugle, et non pas comme un Arabe.

Le réalisateur interview aussi une jeune femme Rome, de 19 ans, vivant avec sa famille dans ce mini-village de caravanes-bidonvilles, situé près d’un périphérique parisien et sous des voies du métro et du RER au bruit infernal. Elle glisse son doigt sur une carte de l’Europe pour indiquer les nombreux pays où sa famille avait tenté de vivre, avant de revenir s’installer définitivement dans l’Hexagone. Ses deux jeunes frères ont été inscrits à cet effet à l’école. Si sa famille a pris une telle décision, c’est parce que « la France est un pays de liberté » dit-elle simplement, pas comme en Roumanie, où il n’y a pas de travail et pas de liberté, où on leur jette des pierres et où on les traite de Roms. Son rêve, à elle, est d’« avoir une maison comme tout le monde ».

Ultime destination : l’Espagne qui accueille un grand nombre d’immigrés sud-américains, mais aussi d’Africains Noirs et de Nord-africains. On fit la rencontre d’une bolivienne travaillant comme baby-sitter et femme de ménage chez une famille. Elle avait une entreprise de meubles en Bolivie qui a fait faillite et s’est retrouvée fortement endettée. Elle a donc été obligée de laisser sur place sa famille et d’émigrer. Mais elle est tout le temps inquiète de mauvaises fréquentations que pourraient faire ses enfants ou qu’une mauvaise nouvelle lui parviennent de son pays.

Patric Jean, 40 ans, est sensible aux questions sociale et raciale. Il a produit de nombreux documentaires, dont la Raison du plus fort, en 2003, un film de 86 minutes qui lui a valu de nombreux prix. Le réalisateur y dénonce le combat contre les pauvres, dont les populations immigrées, au lieu que ce soit le combat contre la pauvreté.

par Hakim Arabdiou
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